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Full text of "Reptiles, batraciens, avec 55 figures dans le texte"

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FOR THE PEOPLE. 
FOR EDVCATION. 
FOR SCIENCE 


LIBRARY 
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THE AMERICAN MUSEUM 


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NATURAL HISTORY 


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HISTOIRE NATURELLE 


DE LA 


FRANCE 


4° PARTIE 


REPTILES, PATRACIENS 


AVEC 55 FIGURES DANS LE TEXTE 


PAR 


Albert GRANGER 


Membre de la Société Linnéenne de Bordeaux 


LES FILS D'ÉMILE DEYROLLE, ÉbITEURS 


46, RUE DU BAC 


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HISTOIRE NATURELLE 


FRANCE 


4° PARTIE 


REPTILES, BATRACIENS 


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MUSÉE SCOLAIRE DEYROLLE 


HISTOIRE NATURELLE 


FRANCE 
4: PARTIE 


REPTILES, BATRACIENS 


avec 85 figures dans le texte 


PAR 


Albert GRANGER 


MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ LINNÉENNE DE BORDEAUX 


PARIS 
ÉMILE DEYROLLE, NATURALISTE 


46, RUE DU BAC, 46 


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INTRODUCTION 


De toutes les classes d'animaux, la plus négligée est 
incontestablement celle des Reptiles, et les amateurs 
d'histoire naturelle n'ont, en général, aucun penchant 


pour cette étude cependant si intéressante. D'une part, 


les légendes dues à l'imagination populaire, les pré- 
jugés encore si nombreux sur ces êtres le plus souvent 


_inoffensifs, et, d'autre part, la répulsion naturelle que 


l’homme ressent à la vue des Reptiles sont les causes 
de l'abandon d’une étude qui rencontre si peu d’adeptes 
parmi les naturalistes. 

Nous avons cherché dans ce volume à faire mieux 
connaitre les mœurs de cette classe d'animaux, à les 
réhabiliter dans l’opinion publique et, en indiquant les 
services qu'ils rendent souvent à l’agriculture, à sauver 


- ces pauvres deshérités de l’exécration générale à laquelle 


ils sont voués depuis trop longtemps. 

* Si nous réussissons à inspirer aux débutants le goût 

de l'étude des Reptiles en divulguant leurs mœurs si 
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nous aurons COMT 


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FHNENÉELLES 


L'étude des Reptiles ou Æerpetologie embrasse une 
classe particulière d’animaux vertébrés établissant 
une transition naturelle entre les Oiseaux et les Poissons 
et dont les débris que renferment toutes les couches du 
globe attestent l'antique origine. 

Les Reptiles et les Batraciens, confondus sous le nom 
général de Reptiles, sont des vertébrés à sang froid, à 
circulation plus ou moins incomplète, et pourvus géné- 
ralement de poumons chez l'adulte. Des caractères 
essentiels séparent cependant ces animaux: les Reptiles 
sont enveloppés d’écailles, en totalité ou en partie, et 
ont une respiration pulmonaire, tandis que les Batra- 
ciens sont recouverts d'une peau nue et sont munis de 
branchies durant le premier âge. Enfin les Batraciens 
diffèrent des Reptiles par les métamorphoses qu’ils 
_ subissent et ont, à leur naissance, une forme bien 
différente de celle qu'ils devront revêtir dans l’âge 
adulte. 

Locomotion. — Certains Reptiles, les Serpents, se 
meuvent en rampant et en s’aidant de leurs écailles 


k HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
ventrales qui adhèrent au sol. Les Tortues terrestres 
semblent ramper sur leurs pattes relativement courtes 
qui maintiennent le corps dans une position peu élevée 
au-dessus du sol et ne servent qu'à le pousser en avant. 
Les Lézards ont des doigts déliés et garnis d'ongles 
acérés qui leur permettent de grimper avec agilité et 
de s'accrocher aux moindres aspérités des murs, des 
rochers et des arbres. Enfin, chez les Batraciens, la 
locomotion se fait principalement par sauts sur la terre 
ferme ; lorsqu'ils sont dans l’eau ils nagent par l’exten- 
sion brusque de leurs pattes de derrière souvent large- 
ment palmées. 

Reproduction. — Le mode de développement des 
Reptiles offre une grande ressemblance avec celui des 
Oiseaux: tous les Reptiles sont ovipares, c’est-à-dire 
émanent d'œufs. Chez les Tortues ces œufs sont protégés 
par une coquille calcaire; ils sont enveloppés dans une 
membrane parcheminée et coriace chez les Sauriens et 
les Serpents. Les œufs des Batraciens sont petits, géla- 
tineux et englobés dans une épaisse mucosité. Enfin 
l'œuf des Vipères et de quelques Lézards subit son 
développement complet dans l'oviducte maternel, et, 
dans ce cas, le petit naït vivant: on donne à ces animaux 
le nom d’ovovivipares. 

En général les Reptiles ne couvent pas et abandon- 
nent au hasard l'éclosion de leurs œufs. 


Mue. — Presque tous les Reptiles et les Batraciens 


sont sujets à la mue, Tous les ans ils quittent leur peau 
pour revêlir.une nouvelle livrée. Les Opludiens ou ser- 
perts sortent de leur peau comme d’un fourreau; les 
Batraciens se débarrassent de leurs vieilles dépouilles 


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GÉNÉRALITÉS 5 
au moyen de mouvements rapides et saccadés. 
Habitat. — Nous avons dit que les Reptiles étaient 
des vertébrés à sang froid ou plutôt à température 
variable. La basse température de leur corps les oblige 
à rechercher les climats chauds et humides ; c'est ce 
qui explique leur rareté en Europe et leur grande 
. abondance dansles régions tropicales et intertropicales. 
. Les serpents les plus grands et les plus venimeux se 
rencontrent dans les grandes forêts du Brésil et des 
Guyanes, sous les chaudes latitudes de lAsie, de 
l'Afrique et de la Malaisie. 

Hibernation. — Les Reptiles et les Batraciens, en rai- 
son de la basse température de leur corps, subissent 
pendant l'hiver un engourdissement, sorte de léthargie 
semblable au sommeil hibernal de certains mammifères 

_ (les Marmottes, les Loirs, etc.). Les uns se retirent sous 
des amas de feuilles, sous les pierres, dans des trous, 
dans des fentes de rochers, les autres dans la vase, 
d’autres enfin au fond des eaux. Mais cette léthargie 
n’est pas toujours complète et, lorqu’on les expose à une 
chaleur un peu vive, ils reprennent leur agilité. Certains 
Reptiles peuvent être congelés au point de devenir 
rigides et revenir ensuite à la vie. 

Utilité des Reptiles. — «Les Reptiles, a dit Auguste 
Duméril, sont les animaux qui inspirent d'ordinaire le 
plus de répulsion, je dirai même le plus d’effroi. Il faut 
bien reconnaître aussi que la sensation de froid éprou- 
vée par la main qui touche les animaux de ce groupe 
ajoute à cette sorte d'horreur instinctive née du con- 
taet des Crapauds, des Grenouilles, des Lézards ou des 
Couleuvres. » Si cependant on prend la peine d'étudier 


6 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
les mœurs et les habitudes des Reptiles, on reconnait 
facilement que beaucoup d'entre eux sont des auxi- 
liaires précieux pour l’homme, qui, au lieu de les tuer 
sans pitié et sans discernement, devrait utiliser leurs 
instincts Carnassiers pour la destruction des animaux 
nuisibles qui ravagent nos cultures :les mulots, les 
limaces, les vers blancs, les chenilles, les courtil- 
lières, etc. 

Les Reptiles sont, comme le Hérisson parmi les Mam- 
mifères, les protecteurs naturels de nos champs et nous 
ne les récompensons que par notre ingratitude. 


CLASSIFICATION 


La classification rationnelle des Reptiles ne date que 
du siècle dernier. Ces animaux n'étaient pas encore 
bien connus du temps de Linné, qui les avait placés 
dans son ordre des Amphibies en confondant avec eux 
quelques genres de Poissons. 

Il suffira, en effet, de jeter un coup d'œil sur les 
figures des divers ordres de ces vertébrés pour remar- 
quer combien les formes des Reptiles sont variables 
et quelles difficultés présentait une classification natu- 
relle. 

«On peut bien ramener les Reptiles, a dit M. La- 
taste (4), à trois principaux types et les diviser en : 

1° Quadrupèdes à corps ramassé (Tortues, Gre- 
nouilles). 

2° Quadrupèdes à corps allongé età queue eflilée 
(Lézards, Salamandres). 


J) LATASTE, Essai d’une Faune herpetologique de la Gironde. 
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3° Serpents, à corps cylindrique, allongé, flexible et 
sans membres. » 

Alex. Brongniart est le premier naturaliste qui 
publia en 1799 et 1805 un essai de classification natu- 
relle des Reptiles qu'il divisa en : 


Chéloniens. — Ayant des membres, des paupières, une 
carapace. 
Sauriens. — Ayant des membres, des paupières, le 


corps couvert d'écailles. 

Ophidiens. — Pas de membres, pas de paupières, le 
corps couvert d’écailles. 

Batraciens. — Ayant des membres, des paupières, et 
la peau nue. 

Duméril et Bibron (1) ont suivi cette classification qui 
est encore adoptée aujourd’hui. 

Divers auteurs, tenant compte des métamorphoses 
auxquelles sont soumis les Batraciens, ont fait de ces 
animaux une nouvelle classe. Nous avons cru, en rai- 
son des nombreux rapports qui existent entre ces 
groupes d'animaux, devoir adopter dans cet ouvrage la 
classification de Fatio (2) : 


Chéloniens (Tortues). 
REPTILES PROPREMENT DITS { Sauriens (Lézards). 
Ophidiens (Serpents). 


Anoures (Crapauds, Grenouilles). 
MATRACIENS.....,,... 0.04 Urodèles (Salamandres, Tritons), 
Péromèles, 


L'ordre des Péromèles ne comprend que des espèces 
exotiques. 
(1) Dumériz et BiBkON, Herpétologie générale ou Histoire natu- 


relle complète des Reptiles. 
(2) FarTio, Faune des Vertébrés de l1 Suisse. 


8 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Principaux ouvrages d'Herpétologie utiles à consulter 


L'Herpétologie étant la branche de l’histoire natu- 
relle la plus négligée, il résulte de cet abandon que les 
ouvrages spéciaux sont plus rares dans cette branche 
que dans les autres. Les naturalistes débutants qui ont 
à leur disposition des bibliothèques publiques ou 
privées y trouvent rarement des ouvrages pouvant 
faciliter leurs études sur les Reptiles. 

Nous donnons ici la liste des meilleurs ouvrages sur 
l'Herpétologie, ainsi que l'indication des Faunes locales, 
malheureusement trop rares et qui sont si utiles à 
consulter (1) : 


Brehm. Merveilles de la nature : Les Reptiles et les Batraciens, 
par E. Sauvage. 

Chenu. Encyclopédie d’histoire naturelle : Reptiles et Poissons. 

Cuvier. Le Règne animal. 

Daubenton. Les Animaux quadrupèdes ovipares et les Serpents. 

Daudin. Histoire naturelle des Raïnettes, des Grenouilles et des 
Crapauds. 

Daudin. Histoire naturelle générale et particulière des Reptiles. 

Duméril et Bibron. Herpétologie générale ou histoire naturelle com- 
plète des Reptiles. 

Fatio. Faune des Vertébrés de la Suisse. Tome III. Reptiles ct 
Batraciens. 

Gervais (P.). Reptiles vivants et fossiles. 

Lacépède. Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares, Serpents, 
Poissons et Cétacés. 

Latreille et Sonnini. Histoire naturelle des Reptiles. (Petite édition 
du Buffon de Déterville.) 


(1) La maison Deyrolle, naturaliste, rue du Bac, 46, à Paris, se 
charge de procurer tous ceux de ces ouvrages qui ne sont pas 
épuisés. : 


* 


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52 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 9 


Faunes locales 


Beltrémieux. Faune du département de la Charente-[nférieure. 

Bert (Paul). Catalogue méthodique des animaux vertébrés qui 
vivent à l’état sauvage dans le département de l'Yonne. 

Colin de Plancy. Catalogue des Reptiles et Batraciens du départc- 
ment de l'Aube. 

Lataste (1). Essai d’une Faune herpétologique de la Gironde. 

Lesson. Catalogue d'une faune du département de la Charente- 
Inférieure. 

Mauduyt. Herpétologie de la Vienne. 

Millet. Faune de Maine-et-Loire. 

Trémeau de Rochebrune. Catalogue d’une partie des animaux vivant 
dans le département de la Charente. 

Ogérien. Histoire naturelle du Jura et des départements voisins. 
Tome III. Zoologie vivante. 

Viaud-Grand-Marais. Etude sur les Serpents de la Vendée et de 
la Loire-Inférieure. 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 


Les naturalistes qui veulent se livrer à l’étude de 
l'Herpétologie rencontrent plus de difficultés pour se 
procurer des sujets d'étude que ceux qui s'occupent de 
toute autre branche de l'histoire naturelle. Il est tou- 
jours facile, en effet, d'acheter à vil prix des Mollusques 
aux pêcheurs de notre littoral ou d’obtenir des chas- 
seurs les Oiseaux rares qu'ils tuent accidentellement, 
mais il est bien difficile de demander, même à un ami, 


(1) Nous avons puisé dans cet ouvrage un grand nombre de 
renseignements persuadé que notre excellent ami M. Lataste nous 
pardonnera ces emprunts. Connaissant son expérience en Herpé- 
tologie, nous ne pouvions choisir un meilleur guide. 


10 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
de surmonter ses répugnances pour vous procurer des 
Reptiles. 

L'Herpétologue ne peut donc compter que sur ses ré- 
cherches personnelles, et c'est dans le but de faciliter 
ces recherches que nous avons réuni dans ce chapitre 
tous les renseignements qui permettront à chacun 
d'utiliser les ressources de la région qu'il habite. 

Reptiles. — La recherche de ces animaux exige 
des procédés différents selon l’ordre auquel ils appar- 
tiennent. 

Chéloniens (Tortues). — Les Tortues sont terrestres, 
aquatiques ou marines. Elles sont rares en France, où 
on peut toutefois se procurer une espèce aquatique : la 
Cistude d'Europe. Elle habite le Midi et le Sud-Ouest de 
la France et remonte jusqu'à la Charente-Inférieure et 
dans l'Allier. 

C'estdans les marais peu profonds et dans les étangs, 
où elle se tient enfoncée dans la vase, qu'il faut la re- 
chercher. Engourdie pendant l'hiver, elle reparait vers 
le milieu du mois d'avril. On peut alors la prendre 
au moyen du troubleau. Mais on la rencontre plus 
souvent à terre, toujours à peu de distance des fossés 
et des mares. Il est intéressant de recueillir ses œufs 
qui sont allongés et à coquille calcaire. 

Cette Tortue peut être facilement conservée vivante, 
n'étant pas difficile sur le choix des aliments ; on pourra 
ainsi étudier ses mœurs. 

Sauriens. — Les lieux habités par ces animaux sont 
très variables: ils vivent dans l’eau, dans les terrains 
arides, dans les prairies herbeuses, au milieu des 
rochers ou même sur les arbres. 


> 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 11 

Les Lacertiens (Lézards) sont nombreux en France, 
surtout dans le Midi. Très vifs et très agiles, ils échap- 
pent facilement au chasseur, mais lorsque le terrain 
sur lequel on les poursuit n'offre aucun abri, ils sont 
vite forcés et se laissent capturer. On peut employer 
pour les recouvrir un petit troubleau ou un filet à 
papillons garni d’une gaze résistante ; on les saisit alors 
avec une pince pour les placer dans la boîte de chasse. 
Ils mordent vigoureusement et ne lâchent pas prise, 
mais comme ils ne sont pas venimeux, on ne doit pas 
s'inquiéter de ces morsures. La queue des Lézards 
étant très fragile, il faut les prendre avec soin pour ne 
pas les briser en les capturant. 

C'est principalement sur les vieux murs, dans les ter- 
rains secs et au bord des chemins que l’on rencontrera 
le Lézard gris ou Lézard des murailles. « On trouve fré- 
quemment ses œufs que l’on peut faire développer en 
les plaçant dans un pot de fleur, sur la terre, les recou- 
vrant de quelques pierres et les arrosant quand la 
terre est desséchée par le soleil. » (Lataste.; 

Les ZLézards verts et Ocellés se rencontrent surtout 
dans le Midi de la France. Leurs dents acérées pouvant 
faire une blessure désagréable, il est préférable, pour 
s’en emparer, de se servir d’un pistolet Flobert chargé 
à petit plomb; en ne les visant pas de trop près on les 
tue sans les endommager. 

Dans nos départements méridionaux on trouve égale- 
ment le Seps chalcide que l’on peut capturer au moyen 
d’un troubleau comme les petits Lézards. Il est inoffen- 
sif et recherche les prairies herbeuses à une exposition 
chaude. 


12 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

L'Orvet, qui cause une certaine répugnance par 
sa forme semblable à celle des serpents, est très 
commun en France et peut être manié sans danger. On 
le rencontre partout : sous les pierres, dans les prai- 
ries ou sur les coteaux. Mais sa capture exige de 
grandes précautions, sa queue se rompt facilement et 
cette fragilité a fait donner à ce reptile le nom vulgaire 
de Serpent de verre. 

Les Geckotiens, peu communs en France, n’habitent 
que la région littorale de la Méditerranée. Le Platydac- 
tile des murailles et l’Hémydactyle verruculeux vivent dans 
les rochers, dans les pierres éboulées et même dans les 
habitations. On peut les prendre sans danger; ce sont 
des animaux complètement inoffensifs. 

Ophidiens (Serpents). Si la recherche des Chéloniens 
et des Sauriens est sans danger pour le naturaliste, il 
n’en est pas de même pour la recherche des Ophidiens, 
et la chasse de ces reptiles exige la plus grande circons- 
pection. Avant de saisir un Serpent, il est prudent de 
reconnaître d’abord l'espèce à laquelle il appartient; 
car une méprise peut avoir des conséquences funestes. 
Nous n’en citerons qu’un exemple : un herpétologisie 
expérimenté, Duméril, qui avait consacré toute sa vie 
à l’étude des Reptiles, commit une erreur dans une 
excursion dans la forêt de Sénart et saisit avec la main 
une Vipère Péliade croyant avoir affaire à une Couleuvre 
Vipérine ; il reçut une morsure qui mit sa vie en danger 
pendant plusieurs jours. 

Il est reconnu que les caractères distinctifs extérieurs 
entre les serpents non venimeux et ceux qui le sont ne 
sont pas toujours très nets, et que les naturalistes les 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 13 


plus expérimentés peuvent s’y tromper. Généralement 
les epèces dangereuses ont le corps court, la queue 
courte, un cou très court, une tête triangulaire très 
large en arrière; celte dernière partie du corps est 
celle qui offre des différences vraiment sensibles avec 
les espèces non venimeuses. Mais les serpents ne se 
présentent pas toujours au chasseur de façon à être 
bien examinés. Dissimulés dans les broussailles ou 
sous les pierres, ils ne peuvent être reconnus qu'im- 
parfaitement, et c’est dans ce cas qu'il importe d’opé- 
rer avec circonspection et ne pas s’exposer à une erreur 
qui pourrait avoir des conséquences graves. On doit, 
avant tout, se bien persuader que saisir un serpent 
sans avoir pu établir son identité n’est pas une preuve 
de courage, mais un acte d’imprudence et de témérité. 

Les Serpents subissent pendant l'hiver une léthargie 
dont ils ne sortent qu'au printemps, aux premières 
ardeurs du soleil. Les uns vivent dans les endroits 
humides et dans le voisinage des eaux, les autres dans 
les localités arides ou sèches, dans les landes, dans les 
clairières des bois. Les Vipères se tapissent au pied des 
broussailles, au milieu des touffes d'herbes desséchées 
et recherchent les terrains recouverts de bruyère et de 
genêts. Les Couleuvres se plaisent dans les prairies 
herbeuses. Elles sont presque toutes diurnes; par 
contre, presque tous les serpents venimeux sont essen- 
tiellement nocturnes. 

« C’est au printemps, vers dix heures du matin, sur 
les coteaux rocailleux et boisés exposés au Sud-Est que 
l’on pourra chasser ces animaux avec le plus de succès; 
ils viennent s'imprégner de la chaleur solaire à l'entrée 


14 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

des trous où ils ont passé l'hiver. Jamais aucun des 
nombreux serpents dont je me suis emparé n’a essayé 
de me tenir tête, si ce n'est quand, les ayant rencon- 
trés dans une plaine, je me suis amusé à leur barrer le 
chemin. Alors, dès qu’ils voient que la retraite leur est 
impossible, ils s'enroulent en spirales, ayant toujours 
les yeux fixés sur vous, font entendre leur sifflement 
plus ou moins aigu, mais toujours assez faible, et s’é- 
lancent sur les objets que vous leur présentez. Le 
Zaménis vert-jaune mord énergiquement et à plusieurs 
reprises ; le 7ropidonote à collier se contente de donner 
des coups de museau sans ouvrir la geule. Le 7ropido- 
note Vipérin élargit parfois sa tête en arrière, ce qui le 
fait prendre pour une Vipère, mais il n'essaie même 
pas de mordre la main qui le saisit. » (Lataste.) 

Les Tropidonotes (Couleuvres), très communs en 
France, recherchent le voisinage des eaux, les bords 
des fossés, les bois humides. Le 7ropidonote à collier 
est le plus connu de tous nos Ophidiens; les pêcheurs 
le trouvent quelquefois dans leurs verveux. Il faut le 
rechercher au commencement du printemps sur les 
pentes bien exposées au soleil, au bord des mares et 
dans les prairies souvent inondées. On peut le prendre 
avec la main sans danger. Il se retire l'hiver dans les 
étables. Ses œufs, qu’il dépose dans les fumiers et dont 
l'enveloppe est molle et parcheminée, sont intéressants 
à recueillir. 

Le Tropidonote Vipérin, redouté à tort, à cause de sa 
ressemblance avec la Vipère, est cependant inoffensif. 
On peut le distinguer facilement de la Vipère à ses 
formes plus sveltes, aux grandes plaques qui revêtent 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 15 
sa tête, aux taches en forme de damier qui ornent le 
ventre. Tandis que la Vipère Aspic recherche les endroits 
secs et arides, le Tropidonote Vipérin habite toujours les 
endroits humides et marécageux, les mares remplies 
de nénuphars et de plantes aquatiques. Il est assez dif- 
ficile à trouver puisqu'il est essentiellement aquatique 
et qu’on ne le rencontre qu’accidentellement dans les 
champs, au bord des fossés. 

« On pourra le chasser au fusil avec du petit plomb, 
mais outre le risque de lui briser la tête, on en perdra 
beaucoup de blessés ou même de morts que l'on ne 
pourra retrouver au fond de l’eau. Il sera préférable 
d'installer dans la mare, par une chaude journée, une 
ligne de fond amorcée avec des vers. La Vipérine s'y 
prend très bien. Des pêcheurs en ont même pris à la 
ligne volante. » (Lataste.\ 

La Coronelle Bordelaise ne se rencontre que dans le 
Midi de la France ; elle ne remonte guère plus haut que 
la Charente-[nférieure. Peu commune, elle recherche 
les endroits secs et rocailleux et même les vieilles 
murailles. Elle est complètement inoffensive. 

L'Ælaphis où Couleuvre d’'Esculape se tient de préférence 
dans les endroits rocheux et couverts de broussailles. 
On peut la trouver à Fontainebleau, au milieu des 
buissons, dans les terrains les plus pierreux, et les plus 
arides. Elle recherche les troncs d'arbres et les branches 
autour desquelles elle peut s’enrouler. 

Le Zaménis vert-jaune est une belle couleuvre qui 
habite presque exclusivement le Midi de la France. Il 
recherche les lieux secs et rocailleux et grimpe sur les 
buissons et même sur les arbres. Sa grande taille (120 à 


16 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

140 centimètres), sa vigueur et son naturel irascible le 
rendent difficile à capturer, « À moins qu’il ne soit très 
jeune, dit Lataste, je ne m'en empare jamais qu'après 
lui avoir désarticulé les reins à l’aide d’un coup de 
badine, car il se défend énergiquement et mort avec 
rage. Sa morsure, il est vrai, n'est pas dangereuse. » 

Les Vipères sont les seuls reptiles dangereux qui 
vivent en France. La Vipère aspic et la Vipère Péliude, 
espèce très. voisine et dont la coloration est très 
variable, ne sont malheureusement que trop communes 
en France. Certains départements ont le triste privilège 
d'en posséder un grand nombre, principalement ceux 
de la Côte-d'Or, des Deux-Sèvres, de la Vendée et de 
Seine-et-Marne, où on les trouve dans la forètde Fontai- 
nebleau, principalement dans les gorges d’Apremont. 

Les Vipères commencent à sortir dans le courant du 
mois de mars; elles recherchent les endroits chauds, 
rocailleux et couverts de broussailles. Quoique noc= 
turnes, elles aiment à se réchauffer au soleil et demeu-! 
rent enroulées et immobiles sur les pierres ou sous les 
buissons. 

« Quand on désirera s'en procurer, il faudra s'in-| 
former auprès des gens de la campagne des localités 
qui passent pour en être infectées, et s'y rendre, la 
jambe et le pied protégés par une bonne paire de bottes 
ou de guêtres qui empêcheront les crochets à venin 
d'atteindre la chair, ou du moins arrêteront le venin 
au passage. On s’armera d'une canne, d'un flacon 
d'alcali et d'une lancette en cas d'accident et l’on 
emportera un sac en cuir ou tout autre ustensile destiné 
à recevoir le produit de la chasse. Quand on apercevra 


x : 
A} 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 17 


une Vipère, on mettra le pied dessus et on la saisira 
par l'extrémité de la queue, ou bien, appuyant la canne 
sur son corps, on la fera rouler jusque sur la nuque et 
l’on pourra prendre sans danger le reptile par le cou, 
près de la tête. Cette dernière méthode est préférable, 
car, quoique la Vipère suspendue par la queue ne puisse 
remonter jusqu'à la main qui la supporte, un faux 
mouvement pourrait la rapprocher du corps. On pourra 
aussi saisir l'animal avec de grandes pinces plutôt 


_ qu'avec les doigts. Il sera plus facile avec elles de le 
faire entrer dans le sac ou dans le vase qui devra le 
contenir. » (Lataste.) 


Si, malgré toutes les précautions prises, on vient à 
être mordu par une Vipère, voici comment on doit 
procéder : 

« La première chose à faire, c’est de rechercher les 
deux petits points rouges par lesquels se sont intro- 
duits les crochets, de débrider ces petites plaies avec 
un canif et de les sucer, à moins que l’on n’ait quelque 
blessure aux lèvres ou à la bouche. On pourra aussi les 
laver avec soin si l’on a une mare ou un ruisseau à 
portée. Enfin la cautérisation à l’aide de la pierre 
infernale, d’un alcali, d’un charbon ardent, ou même 
d'une pincée de poudre enflammée termineront le 
traitement. Une ligature au-dessus du point blessé, 
pour interrompre ou, du moins, ralentir la circulation 
et la diffusion du poison dans l’économie, pourra n'être 


inutile. | re prendre à l’intérieur un 
_pas inutile. On pourra encore prend l’intérie 


verre d'une boisson alcoolique pour combattre les 


_ défaillances et stimuler la circulation. Je crois que par 


* 
Lo 


un traitement immédiat et rationnel, comme celui que 
9 


_ 


18 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

je viens d'indiquer, on peut annuler, ou à peu près, 
tout résultat fàcheux. Quant aux procédés plus ou 
moins absurdes qui ont été préconisés dans le même 
but, il me parait inutile de les rappeller ici. » (Lataste.) 

On a recommandé depuis quelques années un traite- 
ment contre la morsure des serpents par le permançanate 
de potasse. M. de Lacerda a obtenu de nombreuses cures 
par l'emploi de ce remède; mais il est encore impar- 
faitement connu, peut-être dangereux et a besoin 
d’être soumis à plusieurs expériences. 

Batraciens. — Les Batraciens ne sont nulle- 
ment dangereux et nous devons prémunir les débutants 
contre les préjugés relalifs au prétendu vexin de ces 
animaux. Nous donnons dans la partie de ce volume 
qui traite des Batraciens tous les renseignements né- 
cessaires à établir leur complète innocuité. Le natura- 
liste n’a rien à redouter de leur venin dont l'action n’est 
dangereuuse que pour les petits animaux. La seule 
précaution que doit prendre le chasseur consiste à évi- 
ter, lorsqu'on capture des Batraciens, de porter ensuite 
les doigts aux paupières; il est toujours prudent, au 
retour d’une excursion, de se laver les mains dans de 
l’eau vinaigrée ou phéniquée. 

La chasse des Batraciens peut se faire par divers | 
procédés : on se sert d’un troubleau à mailles fines! 
pour les capturer dans l’eau ou dans les prés et autres | 
endroits humides qu'ils fréquentent; dans ce dernier 
cas on les recouvreavec le troubleauet on les saisit avec 
la main. Si on éprouve quelque répugnance, on peut: 
revêtir la main d’un gant de peau et employer des pin- 
ces pour saisir l'animal. On les prend aussi à la ligne, : 


RECHERCHE DES REPTILES ET DES BATRACIENS 19 


amorcée d'un objet quelconque : d’une mouche, d’une 
sauterelle, ou, de préférence, d'un morceau de drap 
rouge, afin qu'ils le voient de plus loin. La peau même 
d'une Grenouille est un excellent appât pour attirer les 
autres. Enfin on les chasse aussi à l’arbalète ou avec 
une lance dont on peut approcher la pointe à quelques 
centimètres de leurs corps, ces animaux étant peu mé- 
tiants. 

Quand on a capturé des Batraciens, on les emporte 
soit dans un flacon rempli d’eau, soit dans un sac, ou, 
de préférence, dans une boite de chasse où on les dépose 
dans de la mousse ou de l’herbe humide. 

La meilleure saison pour la chasse des Batraciens est 
le printemps. A partir du mois de mars et d'avril on 
les trouve dans les étangs, dans les mares, les fossés, 
les prés humides, les bois ombragés, les fentes des 
vieux murs, sur les arbustes, etc... Beaucoup d'espèces 
se cachent pendant le jour et ne sortent que le soir. 

Lorsqu'on chasse dans des eaux stagnantes, on peut 
capturer non seulement des sujets des deux sexes, 
mais en même temps les jeunes ou {#tards dans leurs 
différentes phases de développement. Les tétards des 
Batraciens sont très intéressants à observer et on peut 

se livrer, au moyen d'un aquarium, à cette étude qui 
présentera beaucoup plus d’attrait que celle de vul- 
gaires Poissons rouges. 

 Batraciens anoures. Ces Batraciens vivent dans des 
conditions très variables. Les ARainettes se tiennent pen- 
dant le jour sur les arbustes où elles demeurent immo- 
billes sur les feuilles; à la fin de l'automne elles rega- 


gnent l’eau. Elles sont faciles à capturer la nuit, à 


20 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

l’aide d’un petit troubleau, dans les murs où leur 

chant décèle leur présence. 
Les Grenouilles vertes sont aquatiques; elles se pren- 

nent ordinairement à la ligne. 4 
La Grenouille agile se trouve en abondance dans les 

prairies et les bois humides, en compagnie de la G Gre-4 


nouille rousse. | 


Les Pelodytes doivent être recherchés, pendant lesA 
belles nuits d'été, au pied des murs oulelongdes petilss 


ruiSSeAUX. j 
Les Alytes, très communs en France, vivent en colo-. 


nies dans les vieilles carrières, dansles talus ou le long 
des murailles qui bordent les chemins. On peut en 
recueillir un grand nombre en les cherchant le Soir” 
avec une lanterne dans les lieux où ils chantent. 

Les Pelobates habitent les dunes de notre littoral, où, 
ils restent enfouis tout le jour dans les sables pour ne. 
sortir qu'à la nuit. 

Le Sonneur igné fréquente les eaux stagnantes ou 
croupissantes de peu de profondeur. | 

Les Crapauds ne sortent guère que le soir ou quand 
le temps est doux et pluvieux. Ils se creusent des trous 
peu profonds, ou s'emparent de la galerie d'un mulot 
ou d’une taupe. On les trouve aussi sous les pierres, 
sous les tas d’immondices, dans le voisinage des fu 
miers. 

Le Crapaud calamite est presque exclusivement noc- 
turne. Dans le nord de la France, il est commun dans 
les dunes où il s’enfouit dans le sable. 

Bu:raciens urodèles. — Ces animaux sont aquatiques et 
terrestres. On les trouve dans les milieux les plus vas 


L 
0 
D 
} 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 21 
riés, mais le choix des sujets est important pour le na- 
turaliste : on sait que ces Batraciens subissent des 
mues fréquentes et qu'ils ont la faculté de refaire cer- 
taines parties de leur corps qu'ils ont perdues; il faut 
autant que possible ne choisir que des sujels ne pré- 
sentant aucun de ces cas accidentels. 

| Les Salamandres doivent être recherchées dans les 
vieilles carrières, sous les pierres, dansles bois où elles 
s'abritent pendant le jour entre les racines. 

Les Tritons mar brés se rencontrent surtout au mois de 
mars dans les fontaines, les fossés, les réservoirs d’eau 
| pluviale. Durant le reste de l’année on les trouve, en 
compagnie des Salamandres, dans les lieux humides 
etobscurs, dans les décombres, sous les pierres et les 

vieilles souches. 

Le Triton palmé, commun aux environs de Paris, 
habite les eaux courantes ou croupissantes. 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 
ET DES BATRACIENS 


Au retour d'une excursion, le premier soin du natura- 
liste doit être de tuer les animaux qu'il a capturés. 
Pour cette opération on emploie généralement de 
l'éther ou de l'alcool; l’éther est préférable parce qu’il 
agit d’une manière plus rapide. Pour augmenter son 
action délétère on y ajoute de l’arsenic. 

La préparation des Reptiles, de même que la chasse 
de ces animaux, diffère selon l’ordre auquel ils appar- 
tiennent. On emploie deux procédés pour leur prépara- 
tion : 


22 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


1° Conservation par voie humide. è 
2° Empaillage. 


Les Tortues et les grands serpents ne peuvent être | 
conservés que par ce dernier procédé. | 

Conservation par voie lyumide. — Les Reptiles se prétant | 
mal à l’empaillage, on préfère généralement les con- 
server par vole humide. | 

On commence par laver soigneusement les sujets" 
dans l’eau et par extraire les objets volumineux qu'ils 
peuvent avoir dans les intestins, ce qu'on reconnaît à 
un bourrelet plus ou moins gros formé par les corps 
étrangers qu’ils ont avalés. Les Serpents, principale- 
ment, grâce à l’élasticité de leurs mâchoires, avalent 
des animaux souvent très volumineux. Dans ce cas, on 
saisit le serpent par la queue et on le tient suspendu la 
tête en bas; avec la main gauche on presse au-dessus 
de la grosseur et on la fait descendre lentement vers la 
gueule où elle s'arrête le plus souvent. Alors on place. 
le serpent sur une table et à l’aide d’un crochet intro-. 
duit dans la gorge on extrait l’objet qu'il avait avalé. 
Pour les Batraciens, ilsuffit de distendre les mâchoires : 
et à l’aide du crochet on opère comme nous venons de 
l’indiquer. 

On place. ensuite les Reptiles dans des flacons rem- 
plis d'alcool réduit avec de l’eau distillée jusqu'à ce! 
qu'il ne pèse plus que 40 à 45 degrés centigrades. 

« Le liquide plus concentré, dit M. Lataste, les momi- 
fierait et les rendrait méconnaissables ; du reste, il agit 
rapidement à travers leur peau nue. Après un certain 
temps de séjour dans les flacons, un animal s’est par- 
faitement imprégné de la liqueur préservatrice et il 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 23 


peut se conserver indéfiniment sans altération. Mais, 
dans les débuts, il aura fallu plusieurs fois changer ou 
_ filtrer son bain. Pour les Reptiles écailleux j'emploie 
| de l'alcool de 80 à 90 degrés centigrades. Autant 
que possible je plonge l’animal vivant dans la liqueur, 
afin qu'il s’en imbibe mieux. S'il est trouvé ou m'est 


apporté déjà mort, j'ai soin de lui ouvrir propre- 
ment le ventre sur une certaine longueur, afin que 
l'alcool puisse assez vite imprégner ses chairs. Sans 
cette précaution, la corruption étant très rapide chez 
ces animaux et l’endosmose très difficile et très lente à 
travers leur peau chitineuse, les intestins se pourri- 
raient, l'épiderme se soulèverait par place et l’objet 
serait complètement détérioré. Pour les reptiles nus, 
comme pour les écailleux, il faut prendre des vases assez 
grands, afin que l’eau contenue dans le corps de l’ani- 
mal n'affaiblisse pas sensiblement la liqueur et avoir 
soin, au premier signe de fermentation, de renouveler 
le liquide, ou, du moins, de filtrer l’ancien et d’aug- 
menter son degré en ajoutant de l’alcool. Quelques 
personnes conservent les serpents dans des tubes. Si le 
tube est fermé à la lampe, l'évaporation est impossible; 
mais il faut briser le tube quand on veut prendre l’ani- 
mal en main pour l’élude, et des bouchons de liège 
seront bien vite altérés par le contact direct de l’alcool. 
, Il faut d’ailleurs observer que l’on ne peut mettre en 
tube que des objets déjà complètement saturés d’alcool, 
sans quoi la très petite quantité de liquide que peut 
contenir le tube serait vite modifiée et perdrait ses pro- 
priétés. » 

L'emploi des flacons pour la conservation des Rep- 


2% HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

tiles est donc le meilleur procédé à adopter ; mais le 
bouchage des flacons n’est pas sans présenter de grandes 
difficultés. Nous empruntons à M. Lataste les rensei- 
gnements si précis qu'il a donnés à ce sujet : 

« L'alcool dissout les cires, les corps gras, attaque le 
liège, le caoutchouc. Pour un musée ou une collection 
qu'on ne doit jamais remuer de place, on peut prendre 
des vases en forme d’éprouvette et les couvrir avec une 
rondelle de verre usée à l’émeri, ainsi que l'ouverture 
du flacon. On peut même se dispenser de cette dernière 
précaution et mastiquer avec de la cire à modeler, 
insoluble dans l'alcool, la très petite fissure qui sépare 
le flacon de son couvercle, ou même simplement enve- 
lopper la rondelle et le haut de l’éprouvette avec 
plusieurs doubles de feuilles minces d’étain, collées sur 
le joint avec une dissolution épaisse de gomme ara- 
bique et couvrir le tout d’un parchemin mouillé et 
tendu. Mais pour une petite collection, destinée à 
changer souvent de local, ce procédé ne vaut rien. Il 
faut forcément user de bouchons de liège qu'il sera 
convenable de couvrir d'une feuille métallique. On 
choisira alors des flacons dont le goulot soit aussi 
étroit que possible, afin de diminuer la surface d’éva-. 
poration, et l’on aura soin, de temps en temps, de 
réparer les pertes de chaque flacon par de nouvelles 


additions d'alcool. Les flacons à conserves, à bouchons : 


de verre, rendraient de grands services s’ils avaient 
une forme convenable, car, avec de la cire à modeler, 
on peut complèter le bouchage et le rendre à peu près 
hermétique. Quand on met un animal en flacon, il faut 
avoir soin de noter, avec la date et le lieu de la capture, 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 25 
les couleurs de l'iris et même de la robe, car l'alcool 
les altère très vite. On conservera cependant beaucoup 
de teintes et de nuances si l’on tient ses flacons dans 
un lieu obscur. » 

Empaillage des Reptiles et des Batraciens. — C'hélonens 
(Tortues). — Les Tortues ont le corps protégé par une 
cuirasse écailleuse formée de deux pièces : la partie 
supérieure ou carapace et la partie inférieure ou plas- 
tron. Avant de commencer la préparation d’une Tortue 
il faut s'assurer si la carapace est intimement unie au 
plastron et ne forme qu’un seul corps avec lui, ou si 
elle y est seulement réunie par un cartilage. Dans le 
premier cas, on sépare ces deux pièces au moyen d'une 
scie très fine, en ayant soin de ne pas entamer les bords 
de ces parties ; dans le second cas, on les sépare en 
coupant le cartilage avec un scalpel. Les extrémités de 
l'animal restent adhérentes à la carapace. 

Lorsque le plastron est enlevé on place la Tortue 
sur le dos et on extrait facilement les intestins et 
les viscères. On détache les pattes, le cou et la tête en 
coupant leurs articulations près de la carapace, mais 
en ayant soin de ne pas couper la peau. On dépouille 
les jambes de derrière que l’on refoule de dehors en 
dedans pour en détacher facilement la peau. Il n’est pas 
nécessaire de laisser une partie des os et on détache 
tout ce que l’on peut enlever sans léser la peau. On 
passe ensuile à la queue que l’on dépouille avec précau- 
tion ; si l’on craignait de la casser, on la fendrait par 
dessous, on l’écorcherait en rejetant la peau sur les 
côtés, puis on la passerait au préservatif (A) ; il suffirait 


(1) On emploie généralement comme préservatif le savon arsenical 


> 


26 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

de la recoudreensuite et de la bourrer. On dépouille les 
jambes de devant de la même manière que les autres 
puis le cou et la tête ; le crâne doit être vidé par le trou 
occipital sans l'agrandir ; les yeux enlevés sont rempla- 
cés par de l’étoupe hachée que lon place dans les 
orbites. 

Lorsque la tête est nettoyée de toutes ses chairs, on 
passe sur les os et sur tout l’intérieur de la peau une 
couche épaisse de préservatif, puis on bourre toutes les 
parties avec de l’étoupe hachée. On peut alors placer 
les fils de fer. Une carcasse entière n’est pas nécessaire, 
parce que l’animal étant toujours porté sur son plastron 
et non sur ses paltes, il suffit de faire dessécher celles- 
ci dans une bonne attitude pour qu’elles la conservent 
toujours ; mais il n’en est pas de même de la tête : on 
y passe toujours un fil de fer pour pouvoir la maintenir 
dans une direction quelconque. Le cou des Tortues, lors- 
qu'il n’est pas très tendu, offre des plis de la peau qui 
doivent être conservés. Si le préparateur ne se sentait 
pas assez habile pour cela, il représenterait l’animal le 
cou tendu, mais cette attitude est toujours disgra- 
cieuse. (Boitard.) 

Pour placer les fils de fer on les dispose comme pour 
les Mammifères ; on passe successivement des fils dans 
les pattes, la queue et le cou, on les réunit solidement 
ensemble et on achève de bourrer. 

Ine reste plus qu’à replacer le plastron que l’on unit à 


de Becœur ; on trouve cette préparation chez M. Deyrolle, natura- 
liste. Pour employer ce savon on le délaie avec un peu d’eau 
et, à l’aide d’un pinceau on l’étend sur la peau des sujets qu’on 
veut préparer. 


Lan Me tant CRE Ed Hs du de, 7, à) on 


DE, 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 27 


la carapace avec de la colle forte, ou mieux encore en 
perçant sur les bords du plastron et de la carapace des 
trous qui se correspondent et par lesquels on passe des 
fils de fer que l’on tord ensuite au moyen d'une pince. 
On donne à la tête et aux jambes une attitnde natu- 
relle ; on colle avec de la gomme les yeux artificiels 
dans les orbites, on place le sujet sur un socle en bois 
et on laisse sécher. 

Avant de le placer dans la collection, on peut passer 
sur toutes les parties une couche de vernis à l'alcool. 

Sauriens (Lézards). — Les Sauriens sont faciles à 
empailler ; mais la peau doit être tenue constamment 
humide pendant l'opération. On les dépouille à peu 
près comme les Mammifères ; on pratique une fente 
longitudinale sous le ventre et on la prolonge jusqu’à 
l'extrémité de la queue en ayant bien soin de ne pas 
faire tomber les écailles de la peau. Si néanmoins il y 
en a quelques-unes qui se détachent, on les recueille 
pour les recoller après l’empaillage. La peau de la tête 
ne doit pas être retournée ; on défonce la voûte du pa- 
lais pour extraire la cervelle et les yeux ; par une inci- 
sion sous la mächoire on arrache la langue. On passe 
sur tout l'intérieur du corps une couche de préservatif; 
on fait une carcasse artificielle en fil de fer, comme 
nous l'indiquons pour la préparation des Batraciens, 
puis on bourre le sujet et l’on recoud l’incision ven- 
trale ; on place les yeux artificiels et on fixe l’animal 
sur un socle en bois, après lui avoir donné une attitude 
naturelle, puis on le vernit à l’alcool et on laisse sécher. 

Certaines espèces ont une crête membraneuse sur 
la tête ou le dos, on comprime cette crête entre deux 


28 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

petites plaques de liège ou de carton que l’on main- 
lient jusqu'à dessiccation complète ; au moyen d'é- 
pingles, on écarte les doigts des pattes. 

Ophidiens (Serpents). — Les Serpents demandent 
beaucoup de précautions pour être préparés. Quand on 
manie le corps d’un serpent venimeux, on doit éviter 
d'être blessé par une de ses dents. Dans ce cas, il est 
prudent d’arracher provisoirement les crochets. Avec 
une pince on saisit les vésicules qui renferment le venin 
et on les coupe avec des ciseaux le plus près possible 
de la mâchoire. Lorsque l'animal sera préparé et suffi- 
samment desséché, on pourra toujours figurer ces vési- 
cules avec de la cire et y implanter les crochets après 
les avoir plongés dans l’alcali volatil. 

On peut empailler les Serpents par deux procédés: 

« On étend le Serpent sur une table, le ventre en haut 
et la tête en avant, puis appuyant de la main gauche 
sur le cou du reptile, afin de l’assujettir en position, 
on pratique avec un scalpel une incision longitudinale 
sur la peau du ventre. On donne à cette incision assez 
d'étendue pour que le dépouillement s'exécute sans 
peine. Ensuite on dégage le corps de chaque côté, en 
appuyant vers le dos. Arrivé à l’anus, on dépouille la 
queue, et, lorsque cette opération est terminée, on 
dépouille le cou et la tête en laissant la peau adhérente 
au bout du cräne. On coupe la tête à son articulation 
avec la colonne vertébrale; on enlève les parties 
charnues qui recouvrent les mächoires et les os du 
cräne. On arrache ensuite les yeux et le cerveau; on 
met de l’étoupe hachée et du préservatif partout à 
l’intérieur et on retourne la tête de la même manière 


Mia 
SR on Mont ge 4 ad ere 


ete. À 


PT CARS 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 29 


_ que pour les autres reptiles. Ensuite on retourne la 
peau du corps. 

On introduit par le sommet du crâne ou par la gueule 
du serpent un fil de fer un peu plus long que le corps 
de l’animal et on le pousse jusqu'à l'extrémité de la 
queue. On bourre ensuite le corps avec de l’étoupe ou 
bien de la sciure de bois et on fait les coutures de la 
peau en ayant bien soin de ne pas perdre les écailles 
qui se détachent assez facilement. On finit de bourrer 
la gueule et on place les yeux. » (Chapus.) 

Le second procédé consiste à écorcher les Serpents 
par la gueule: on ouvre fortement les mâchoires en 
profitant de leur extrême facilité de dilatalion qu'on 
favorise encore en coupant les muscles qui les réu- 
nissent; on pratique à la base du crâne une incision 
circulaire qui permet de détacher le cou à sa naissance. 
Lorsque le cou est bien détaché, on renverse la 
mâchoire inférieure d’un côté et le crâne de l’autre et 
on saisit avec des pinces le tronçon qui se présente 
à l'ouverture; on le tire à soi et on l’écorche en ren- 
versant la peau jusqu’à ce qu’on parvienne aux dernières 
vertèbres qu'il est prudent de ne pas chercher à 
dépouiller. 

Le corps étant complètement dégagé, on s'occupe de 
la tête; par un trou pratiqué à la partie inférieure du 
crâne on extrait la cervelle et les yeux, en ayant soin de 
ménager les plaques caractéristiques qui couvrent la 
tête et qu'on pourrait endommager en essayant de 
retourner la peau. 

On enduit tout l’intérieur de la peau d’une couche de 
préservatif, puis on prend un fil de fer d’une longueur 


30 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
proportionnée à celle du reptile, on l'entoure d’étoupe 
et on le place dans la peau qu’on fait remonter par- 
dessus jusqu'à ce qu'elle ait recouvré sa forme primi- 
tive; ce fil de fer doit atteindre jusqu'à l'extrémité de 
la queue sans la dépasser. On referme les mächoires et 
on les maintient en place au moyen d’une ligature. On 
pose les veux artificiels et on donne au sujet une 
attitude naturelle. On peut le monter sur des tiges de 
cuivre, ou le représenter enroulé comme dans la figure 
ci-contre. Dans ces deux cas, on le place sur un socle 
en bois. 

Pour les grandes espèces, il faut chercher surtout à 
leur donner une attitude qui n’exige pas une place trop 
grande dans la collection. 

Lorsque le Serpent est en position, on le lave avec 
soin, puis on l’éponge en passant à plusieurs reprises 
un linge bien sec sur ses écailles ; on enduit ensuite tout 
le corps d’une bonne couche d'essence de térébenthine 
qui a l’avantage de hâter la dessiccation tout en ravi- 
vant les couleurs ternies des écailles. Il ne reste plus 
qu'à le vernir à l'alcool et à le placer dans la collection. 

« Les yeux des Serpents sont recouverts, comme tout 
le reste du corps, d’un épiderme écailleux qui tombe et 
se renouvelle chaque année; c’est cette écaille qui, en 
ternissant un peu l'œil de ces animaux, leur donne ce 
regard terne et sinistre si effravant. On peut remplacer 
cette écaille par une goutte de vieux vernis un peu 
épais el mêlé à une parcelle de vermillon. C’est surtout 
dans les serpents à crochets que cette méthode produit 
un effet que l’on ne soupconnerait pas avant de l’avoir 
employée. » (Boitard.) 


Elaphis Œsculapii, p. 30, 


32 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

Batraciens. — Les Batraciens se prêtent mal à l’em- 
paillage et exigent une grande habileté chez le prépa- 
rateur; aussi emploie-t-on généralement le mode de 
conservation par voie humide, au moyen des procédés 
que nous avons indiqués au commencement de ce 
chapitre. Pour ceux qui préfèrent conserver les Batra- 
ciens par l’empaillage, nous indiquons les procédés que 
l’on emploie ordinairement. 

On pratique sous le ventre une fente longitudinale | 
depuis la gorge jusqu'à l’anus; avec le manche du scal- | 
pel, on dégage la peau des deux côtés et principalement | 
vers le dos, on fait sortir la partie supérieure des « 
cuisses et on sépare le fémur du tibia. Après avoir dé- 
pouillé l'abdomen, on refoule la peau vers la partie » 
supérieure du tronc et on coupe chaque humérus à son 
articulation avec l’omoplate. On sépare ensuite la tête 
du tronc et on nettoie les membres et les os. La peau 
ne doit être détachée de la tête que jusqu’à l'extrémité 
du museau. On enlève la langue, les yeux, et on rem- « 
plit les orbites de coton haché; le museau et les mä- 
choires sont garnis d’étoupe et, après avoir refoulé 
doucement le crâne de as en haut, tandis qu'on tire 
la peau en sens inverse, on retourne la tête. On étend 
à l’aide d’un pinceau une couche de préservatif dans | 
tout l’intérieur. On bourre le corps avec de l’étoupe « 
finement hàchée, sans trop la comprimer, de manière 
à conserver à l’animal ses formes naturelles. 

«On coupe cinq fils de fer d'une grosseur et d’une 
longueur proportionnées à la taille et au volume de 
l'échantillon. Deux de ces fils servent pour les pattes 
de devant, deux autres pour celles de derrière. Le cin- « 


PRÉPARATION ET CONSERVATION DES REPTILES 33 


quième fil est courbé en anneau à une de ses extré- 
mités, tandis que l’autre est introduite dans le sommet 
de la tête : on réunit les fils de fer des jambes et on les 
fait passer dans l’anneau de la traverse du milieu, 
on y réunit également les fils de fer des pattes anté- 
rieures et, à l’aide d’une pince, on assujettit ce sque- 
lette artificiel en tordant le tout ensemble; puis on 
achève de bourrer et on coud la peau. » (Chapus.) 

La couture doit être faile à points très rapprochés; 
on peut la dissimuler en collant dessus une bande de 
papier fin, sur laquelle on passe ensuite une couche de 
la couleur du ventre de l’animal. 

Quelques préparateursemploientune méthode plus ex- 
péditive qui consiste à dépouiller l'animal sans faire d’in- 
cision à la peau et à extraire par la bouche le corpsenun 
seul tronçon, comme nous l’avons indiqué pour les Ser- 
pents, mais cette méthode offre de grands inconvénients 
pour les Batraciens et n’est généralement pas employée. 

Si on prépare un Batracien Urodèle (Salamandre, 
Triton), on emploie le même procédé que nous avons 
indiqué pour les autres Batraciens; on ajoute simple- 
ment à la charpente artificielle un sixième fil de fer 
que l’on passera dans la queue pour la soutenir. 

Il ne reste plus qu’à fixer l’animal sur un socle en 
bois; on y pratique quatre trous suivant l’écartement 
des jambes et on y fait passer les quatre fils de fer que 
Von fixe sous le socle en les recourbant. On donne au 
| Batracien une attitude naturelle ; la bouche devra être 
bourrée légèrement avec du coton et maintenue fermée 
à l’aide de petites épingles; les yeux artificiels, que 
l’on devra toujours choisir de la couleur de ceux du 

3 


34 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
sujet, seront fixés dans les orbites au moyen de gomme, 
puis, après avoir laissé sécher l'animal, on passera sur 
tout son corps une couche de vernis à l'alcool. 

Mode d'emballage et d'erpédition des Reptiles et des Batru- 
ciens. — L’amateur ou l’Herpétologue qui veut expédier 
ces animaux, Soit à un correspondant pour faire des 
échanges, soit à un naturaliste pour les faire préparer, 
est souvent fort embarrassé pour trouver un mode 
d'expédition. Ces envois, en effet, peuvent être sou- 
vent refusés par tel ou tel bureau de poste, quoique 
n'étant pas de nature à détériorer les correspondances. 
On peut toujours commencer par les présenter à la 
poste et, en cas de refus, les expédier comme colis 
postal par chemin de fer. S'il s'agit d'envoi de reptiles 
morts, on doit emballer les animaux dans de la mousse 
ou dans des herbes fraiches. Lorsque les sujets ont été 
placés dans l'alcool avant d’être expédiés, il faut les 
éponger avec soin et au besoin les rouler dans une 
enveloppe souple et imperméable. 

Si les animaux sont vivants, il faut les placer dans 
une caisse en bois remplie de foin pour éviter le bal- 
lottement. Les pores du bois et les joints de la caisse 
laisseront filtrer assez d'air pour que ces animaux puis- 
sent y vivre longtemps. On peut encore ménager dans 
un coin de la caisse une petite ouverture recouverte en 
toile métallique. Mais on ne saurait prendre {rop de 
précautions pour les Serpents venimeux et il n'est pas 
prudent d’expédier ces animaux vivants. Quant aux 
Tortues, elles ne réclament aucun soin particulier et 
peuvent même supporter dans ces conditions ‘un 
voyage d'environ quinze jours. 


NS ET OT TE ee TP 


Dar ae 


FAUNE HERPÉTOLOGIQUE 


DE FRANCE 


REPTILES 


PREMIÈRE SOUS-CLASSE 


REPTILES PROPREMENT DITS 


Respiration pulmonaire dès la naissance. — Pas de métamor- 
phoses. — Corps protégé par une carapace ou des écailles ct 
revêtu d’un épiderme corné. 


__ Ces Reptiles se divisent en trois ordres, ainsi que nous 
 l’avons déjà dit : 

Ordre 1. — Chéloniens (Tortues". 

Ordre II. — Sauriens (Lézards). 

Ordre IT. — Op'udiens (Serpents). 


ORDRE I. — CHÉLONIENS 


Les Chéloniens, plus connus sous le nom de Tortues, 
sont caractérisés par la boîte osseuse nommée carapace 


36 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


qui protège leur corps et qui est presque toujours 
recouverte de plaques écailleuses ou d’écussons; ces 
plaques constituent ce qu'on appelle l’écaille. 

Ces Reptiles sont tous pourvus de quatre pattes; leur 
corps est court et leur forme généralement ovale, plus 
ou moins aplatie, mais toujours plus large que haute. 
Ils n’ont pas de dents, mais leur bouche est ordinaire- 
ment armée d’un bec corné, à bords tranchants. Leurs 
yeux sont toujours protégés par trois paupières. 

La carapace des Tortues est formée de deux par- 
ties : la partie supérieure que l’on désigne sous les 
noms de dossière où bouclier et la partie inférieure ou 
plastron. | 

«La jonction entre ces deux parties est constituée 
par une masse cartilagineuse qui tantôt reste molle 
pendant toute la vie, tantôt s’ossifie; il en résulte que 
le bouclier et le plastron forment par leur union une 
sorte de capsule, ouverte seulement à l'avant et à 
l’arrière pour donner passage à la tête, aux pattes et à 
la queue, et dans laquelle le corps est presque complè- 
tement renfermé. La longueur du cou et de la queue 
varie beaucoup suivant les Lypes examinés; il en est de 
même de la forme et de la longueur des membres qui 
peuvent avoir la forme de moignons tronqués ou être 
disposés en puissantes nageoires. » (Brehm.) 

On divise les Tortues en quatre familles; cette divi- 
sion est basée sur la conformation de leurs pattes : 


Famille 1. — Tortues terrestres ou Chersites (Pattes ter- 
minées en moignons). 
Famille II. — Tortues de mer où Thalassites (Pattes en 


forme de rames). 


CHÉLONIENS 


Tortue mauritanique, p. 39, * 


Chelonnée franche ou Chelonia 


midas, p. 40. 


38 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Famille TE. — Tortues fluviales où Potamites (Pattes 
largement palmées). 
Famille IV. — Tortues palustres où Elodites (Paites 


palmées, à doigts mobiles et armés de cinq ongles. 


FAMILLE 1! 


Tortues terrestres ou Chersites 


Ces Tortues ont la carapace généralement bombée et 
formée d’une seule pièce. Les pattes ont cinq doigts, les 
pattes postérieures ne sont armées que de quatre ongles. 

Une seule espèce peut être considérée comme appar- 
tenant à la faune française : 

Kortue grecque (Testudo Græca, Lin.) 

Cette Tortue a la carapace très bombée, assez variable 
de forme, généralement ovalaire, un peu plus large 
en arrière qu'en avant. Elle a été souvent confondue 
avec la Tortue Mauresque, dont elle diffère par le ster- 
num qui est immobile en arrière, par sa queue plus 
longue et dont l'extrémité est recouverte d'un revé- 
tement corné qui manque chez l’autre espèce. 

Sa tête est massive, plus épaisse que le cou, garnie 
en dessus de petits écussons et peut se retirer dans la 
carapace, dont la couleur est d’un jaune vert avec des 
taches d’un noir foncé. Sur le plastron, ces taches sont 
triangulaires. 

Ses pattes sont courtes et armées de cinq doigts, 
dont le cinquième est rudimentaire. 

Cette espèce atteint, en général, 30 centimètres de 
longueur; son poids ne dépasse guère 2 kilogrammes. 

La Tortue Grecque recherche les terrains sablonneux 


+7 


CHÉLONIENS 39 
et boisés et aime à se réchauffer aux rayons du soleil. 
« Nous nous rappelons, dit Bibron, qu’en Sicile où ces 
animaux sont très communs, c'était toujours au 
moment le plus chaud de la journée que, sur le bord 
des chemins, nous en rencontrions dont la carapace 
avait acquis un degré de chaleur telle qu'à peine 
pouvions-nous endurer la main sur le test. » 

Elle se nourrit principalement de végétaux, d'herbes, 
de racines et dévore aussi des Mollusques, des insectes 
et des vers. A l'approche de l'hiver elle se creuse un trou 
dans le sol à une certaine profondeur et s’y enfouit jus- 
qu’au retour du printemps; elle reparait généralement 
vers le mois d’avril. 

On peut la conserver facilement en captivité en la 
nourrissant de légumes et de feuilles de salade qu’elle 
coupe avec son bec comme avec des ciseaux. En la pro- 
tégeant contre le froid on peut la conserver très long- 
temps. 

Ses œufs sont plus ou moins sphériques, à coque cal- 
caire et solide. Elle les dépose dans un trou en terre. 
Les petits naissent avec une carapace hémisphérique 
unie et sans trace de carène. 

Cette Tortue, qui habite toute l'Europe méridionale, 
ne se rencontre que dans le Midi de la France, dans nos 
départements du littoral de la Méditerranée où elle a 
été importée du Sud de l'Italie. 

La Tortue mauresque (7estudo Mauritanica 
Dum. et Bibr.) qui a été souvent confondue avec la 
précédente, n'appartient pas à la faune francaise et si 
nous en parlons ici c’est parce qu’elle est très com- 
mune sur nos marchés où elle est fréquemment im- 


40 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

portée d'Algérie. Très facile à nourrir, elle s’acclimate 
fort bien, est recherchée comme objet de curiosité et 
élevée dans les appartements ou dans les jardins. 


FAMILLE II 


Tortues de mer ou Æhalassites 


Ces Tortues sont caractérisées par leurs pattes en 
forme de rames, qui sont dépourvues d’ongles et leur 
servent pour s’accrocher aux corps solides. 

Essentiellement marines, elles se nourrissent de 
plantes aquatiques, de Mollusques et de Crustacés. 

On les divise en deux genres : 

Les Chélonées, 

Les Sphargis, 
suivant que la carapace est protégée par des lames 
carrées ou recouverte d’une peau dure et coriace. 

Ces Tortues, qui sont recherchées pour l'alimentation, 
peuvent atteindre une taille colossale et on trouve des 
Sphargis pesant 800 kilogrammes et des Chélonées de 
400 à 500 kilogrammes, dont la carapace mesure plus 
de cinq mètres de circonférence et près de deux et 
demi de longueur. | 

Les Thalassites n’appartiennent pas à la faune fran- 
çaise, mais nous devons mentionner ici cette famille, 
ces Tortues étant fréquemment harponnées au large de 
nos côtes, ou capturées sur notre littoral où elles 
viennent s’échouer. 

Les espèces que l’on rencontre le plus souvent sur nos 
côtes sont le Luth (Sphargis coriacea),\es Chélonées 
franche et Caouanne et surtoui le Caret. 


CHÉLONIENS 


Tortue luth ou sphargis, p. 40, 


41 


12 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


+ * 
FAMILLE HI 
4h: RER 


Tortues fluviales ou Potamites 


Nous ne citons ici que pour mémoire celte famille 
composée d'espèces exotiques habitant les grands 
fleuves des régions chaudes. Ces Tortues peuvent al- 
teindre de grandes dimensions et peser jusqu’à 35 kilo- 


grammes. 


FAMILLE IV 


Fortues palustres ou Elodites 


Dans cette famille intermédiaire entre les Tortues 
terrestres et aquatiques, la carapace est peu élevée, de 
forme ovale et souvent séparée par une ligne médiane 
plus ou moins prononcée. Les pattes ont cinq doigts 
mobiles et armés d'ongles. 

Les Elodites sont d’une taille moyenne ou petite el 
vivent indifféremment sur le bord des rivières, dans les 
marais ou dans les prairies humides. 

Ces Tortues ont été divisées en deux tribus : 

Les Cryptodères, dont la tête peut rentrer entièrement 
dans la boîte osseuse, 

Les Pleurodères, dont la tête ne peut être retirée dans 
la carapace. 

Cette dernière tribu n’a pas de représentants en Eu- 
rope. 

La tribu des Cryptodères est représentée en France 
par un seul genre: 


CHÉLONIENS 


Cistudo Europæa, p. 


LE 


=, 


HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


LL 


Genre Cistudo (Flem.), Cistude 


« Pattes à cinq doigts, les postérieures à quatre 
ongles seulement; plastron large, ovale, attaché au 
bouclier par un cartilage, mobile devant et derrière 
sur une même charnière transversale et moyenne, gar- 
nie de douze plaques, vingt-cinq écailles au limbe de la 
carapace, » (Dum. et Bibr.) 

Cistude d'Europe (Cistudo Europ:a, Dum. et 
Bib.). 

Dans cette espèce la carapace est arrondie, déprimée 
et carénée dans sa partie médiane chez le mäle, de 
forme elliptique à peine carénée chez la femelle. Cette 
carapace est d’un noir rougeâtre, avec ou sans stries 
Jaunâtres, rayonnant du centre d’accroissement à la 
périphérie des écailles. Le plastron est marbré de brun 
rougeâtre sur fond jaune, ou de jaune sur fond brun. 

Les membres sont noirs en dessus, rougeâtres en 
dessous, avec des points et des taches jaunes. Les 
membres antérieurs sont palmés et ont cinq doigts 
munis d'ongles aigus et recourbés. Les membres posté- 
rieurs, un peu plus longs, ont quatre ongles. La queue 
est arrondie, pointue et couverte d’écailles aplaties. 

Cette Tortue, dont la longueur varie de 30 à 38 centi- 
mètres, recherche les étangs et les marais peu profonds, 
où elle aime à s’enfoncer dans la vase. C'est surtout au 
mois de mai qu’on peut capturer des Cistudes avec des 
filets, au troubleau et même à la ligne de fond. « On les 
voit parfois se reposer au-dessus de l’eau, sur des tas 
de broussuilles, d’où elles se iaissent choir à la moindre 
alerte. J'ai observé qu’elles pouvaient également se 


Loi 


SAURIENS 45 


tenir immobiles à la surface de l’eau en gonflant d'air 
leurs poumons ; elles expirent une partie de cet air 
quand elles veulent se rendre plus denses que l’eau et 
aller au fond. » (Lataste.) 

Pendant l'hiver, la Cistude s’enfouit au fond des 
marais pour ne reparaitre qu'au printemps ; elle est 
carnassière et se nourrit d'insectes, de vers, de mol- 
lusques. Elle nage avec rapidité et poursuit les petits 
poissons qu'elle commence par tuer à coups de bec et 
dévore ensuite. 

Ses œufs, qui ont une légère coque calcaire et résis- 
tante, sont très allongés, atténués vers un bout, blancs, 
légèrement marbrés de gris sale. Leur longueur est de 
30 millimètres et leur largeur de 20 millimètres. 

Cette espèce, que l’on désigne souvent sous les noms 
de Tortue jaune ou Tortue bourbeuse, habite principale- 
ment le Midi de la France. Dans la Charente-Inférieure, 
on la trouve dans les marais aux environs de Royan. 
Dans le département de la Gironde, elle n’est pas rare 
dans les pâturages entrecoupés de fossés du littoral, à 
Soulac, au Verdon, à Facture; dans cette dernière 
localité, elle abonde dans les mares et les fossés remplis 
d'herbes et de troncs d’arbres que côtoie la ligne du 
chemin de fer. 

On peut conserver les Cistudes en domesticité en leur 
donnant de la viande pour nourriture. 


ORDRE II. — SAURIENS 


Les Sauriens sont des reptiles à corps allongé, 
arrondi, écailleux ou chagriné et sans carapace. Ils 


46 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
ont le plus souvent quatre pattes, à doigts garnis 
d'ongles, une queue allongée, les veux recouverts de 
paupières, des mâchoires dentées à branches soudées, 
Ils pondent, pour la plupart, des œufs à coque résis- 
tante, coriace, crétacée, mais non solide, Duméril et 
Bibron ont divisé les Sauriens en huit familles, 

1° Crocodiliens. 

2° Caméléoniens. 

3° (reckotiens. 

4° Varaniens. 

d° Zquaniens. 

6° Lacertiens. 

1° Calcidiens. 

8’ Scincoidiens. 

Trois familles seulement, les Geckotiens, les Lacertiens 

et les Scincoïdiens ont des représentants en France. 


FAMILLE DES GECKOTIENS 


Les Geckos, que l’on désigne aussi sous les noms 
d’Ascalabotes et de Tarentes, sont des Sauriens de petite 
taille, dont le corps est déprimé, trapu, le cou très court 
la tête large, aplatie et enfoncée entre les épaules, la 
queue épaisse, mais fragile, les pattes courtes, garnies 
de doigts presque égaux en longueur et le plus 
souvent aplatis en dessous, où ils sont garnis de 
lamelles régulières et imbriquées. 

On peut dire des Geckotiens que ce sont les plus 
laids de nos Sauriens. Essentiellement nocturnes, ils 
ont des couleurs ternes et sombres, une bouche large, 
une langue courle et charnue, des yeux très grands, 


150 


| 
| 
| 
| 


| 
| 


| 


SAURIENS 47 
une peau garnie d'écailles granuleuses, souvent par- 
semée de tubercules. Cet ensemble peu flatteur justifie 
la répulsion naturelle que l’on éprouve pour ces ani- 
maux et a donné naissance à des légendes aussi ridi- 
cules qu'invraisemblables. 

Les Geckotiens sont des animaux absolument 
inoffensifs, qui cherchent tout au plus à mordre lors- 
qu'on veut les saisir, comme le font tous les autres 
Sauriens, du reste. Non seulement les Geckos ne sont 
pas des animaux nuisibles, mais ce sont des auxiliaires 
essentiellement utiles, car ils détruisent un grand 
nombre de moustiques et d’autres insectes bien autre- 
ment désagréables qu'eux. » (Brehm). 

Ils se servent de leurs pattes armées d’ongles et dont 
la face interne est garnie de lamelles pour s'appliquer 
sur les corps les plus lisses, sur les pierres, les rochers, 
les murs, où ils grimpent avec la plus grande agilité, et 
peuvent, grâce à leur corps aplati, se mouler et se dis- 
simuler dans les moindres creux. Ce sont les seuls Sau- 
riens ayant réellement une voix et leur cri, composé 
des deux syllabes gec-k0 leur a fait donner ce nom. 

Les Geckotiens sont très voraces et détruisent pour 
leur nourriture une grande quantité d'insectes, de che- 
nilles, de moucherons et d'araignées. 

Deux genres de cette famille habitent la France, où 
ils ne sont représentés chacun que par une seule es- 
pèce : 


Genre Platydactylus (Cuv.), Platydactyle 


Platydactyle des murailles (Put, ydacte ylus 
muralis, Dum. et Bibr.). 


Platydactyle des murailles, (p. #1) sa patte vue en dessous. 


SAURIENS 49 


Le Platydactyle est un Saurien de petite taille 
(0 m. 12 à Om.15). « Le dessus du corps présente 
des bandes transversales de tubercules ovalaires, 
relevés d’une carène saillante et entourés à la base 
de fortes écailles ou d’autres petits tubercules; les 
bords du trou de l'oreille sont dentelés, tous les doigts 
sont aplatis et il n’y a que le troisième et le quatrième 
doigt de chaque patte qui soient garnis d'ongles. Les 
mâles ont la base de la queue hérissée d’un rang d’é- 
pines de chaque côté; la queue, légèrement déprimée, 
présente en dessus des épines formant des demi-an- 
neaux. Le dessus de la tête est revêtu de petites 
plaques polygones, convexes, disposées en pavé. » 
(Brehm.) 

Le Platydactyle, que l’on désigne en Provence sous 
le nom vulgaire de Tarente, a une coloration terne assez 
variable et qui s’harmonise avec les lieux où il habite : 
le dessus du corps est d’un gris de poussière, ou quel- 
quefois d’un brun-noir avec des taches grises formant 
des bandes en {ravers du dos et de la queue ; le ventre 
est blanchätre. 

On lerencontre dans les rocherset dans les vieux murs. 
Il pénètre dans les habitations, principalement dans les 
caves, où il devient très familier quand il n’est pas in- 
quiété. Ses mouvements sont extrêmement vifs, mais 
ce n’est guère qu'à l'entrée de la nuit qu'il s'anime et 
qu'il se met en chasse à la poursuite des insectes dont 
il fait sa nourriture. Au lever du soleil il cherche un 
coin obscur, la fente d’un rocher ou l’abri d'une pierre 
el y reste immobile tout le jour. II dépose ses œufs 
entre des pierres où la chaleur solaire les fait éclore. 


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Hemidactyle verruculeux, p. 


SAURIENS 51 
Le Platydactyle grimpe avec agilité à l’aide des feuil- 
lets disposés sous ses doigts et au moyen desquels il 
fait le vide et peut ainsi se tenir dans toutes les posi- 
tions, et non pas en se collant aux corps à l’aide d’une 
matière visqueuse, comme on le croyait autrefois. 
Cette espèce ne se rencontre en France que dans 
nos départements du littoral méditerranéen, où elle a 
été importée, grâce à la facilité avec laquelle ce petit 
Saurien est transporté dans les marchandises à bord 
des navires. 


Genre Hemidactylus (Cuv.), Hémidactyle 


Iémidactyle verruculeux (//emydactylus 
verruculatus. Cux.). 

Ce Saurien a la tête courte, le museau très ob- 
tus, les doigts. médiocrement élargis, les pouces 
allongés, rétrécis à la pointe. Sa queue, qui est ronde, 
fait un peu plus de la moitié de la longueur totale 
du corps. Les écailles du dos sont entremêlées de 
tubercules nombreux ; le crane est couvert de petits tu- 
bercules arrondis. 

À peu près de la taille du Platydactyle (0 m. 12), il a 
_ le corps d'une coloration grisätre ou rougeàtre et mar- 
bré de brun. Chez quelques individus les teintes sont 
presque noires; le plus souvent les côtés du museau, 
entre l’œil et la narine, sont marqués d’une bande 
noire. 

Cette espèce a les mêmes mœurs que le Platydactyle ; 
elle est également nocturne et s'introduit fréquemment 
dans les habitations. On ne la trouve que dans le midi 


02 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
de la France, dans la région littorale de la Méditerra- 
née el principalement dans le Var. 


FAMILLE DES LACERTIENS 


Les Lacertiens sont caractérisés par des dents 
creuses et appliquées contre la paroi interne des mä- 
choires, par une tête conique plus ou moins pointue, 
par des doigts allongés et de forme variable selon les 
genres. La tête est recouverte de plaques qui ont reçu 
des dénominations différentes en raison de la position 
qu'elles occupent : rostrales, nasales, etc... Les veux 
sont grands, munis de deux ou trois paupières. Le 
tronc, ainsi que le cou, est couvert de petites écailles 
de forme variable. La longueur de la queue varie selon 
les espèces; on peut facilement distinguer les deux 
sexes à l'inspection de la base de la queue toujours 
plus renflée chez le mâle. 

Les Lacertiens vivent dans les terrains arides ou sa- 
blonneux, dans les murailles, dans les ronces, dans les 
bois ou dans les prairies humides ; ils se creusent des 
galeries où ils passent l'hiver en léthargie. Ils sont vifs, 
courent et grimpent avec agilité. [ls recherchent les 
expositions chaudes et se nourrissent d'insectes, d’a- 
raignées, de vers et de mollusques. Ces reptiles 
changent de peau plusieurs fois dans le courant de 
l'été ; lorsque leur vieille peau se détache partiellement, 
ils s’en débarrassent par le frottement contre les pierres 
ou les broussailles. 


SAURIEXS 53 
Genre Lacerta (Lin), Lézard, 


Dans ce genre le tronc est épais, le dos relevé ou 
convexe transversalement ; la tête, de dimensions varia- 
bles, présente un profil plus ou moins busqué. 

Les Lézards recherchent des lieux différents suivant 
les espèces; mais tous choisissent de préférence des 
terrains bien exposés au soleil. C’est, en effet, en plein 
soleil qu'ils ont la plus grande activité et poursuivent 
avec ardeur les mouches et les insectes dont ils font 
leur nourriture. 

« Ils se tiennent cachés dans leur trou pendant les 
journées froides et pluvieuses. C'est pourquoi les 
espèces de nos pays hivernent avant que l'hiver ne 
fasse ressentir ses rigueurs. Certaines espèces sont, du 
reste, plus frileuses les unes que les autres. Dans leurs 
résidences d'hiver qu'ils habitent généralement en 
commun, les lézards demeurent immobiles, les yeux 
fermés, la bouche ouverte, dans un état de mort appa- 
rente ; si on vient à les réchauffer artificiellement, ils 
reviennent à la vie, respirent, ouvrent les yeux et 
deviennent de plus en plus gais. » (Brehm.) 

C’est au moyen de leurs ongles acérés et avec l’aide 
de leur museau, qu'ils se creusent un terrier étroit, un 
peu tortueux et terminé en cul-de-sac. Ce terrier, chez 
les grandes espèces, n’a généralement guère plus de 
soixante centimètres de profondeur. 

Ils sont très carnassiers et dévorent une grande 
quantité d'insectes. Lorsqu'on veut les saisir, ils mor- 
dent vigoureusement sans lâcher prise, mais leur mor- 
sure n'est pas venimeuse. Mis dans l’imvossibilité de 


54 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
mordre, ils cherchent encore à se défendre avec les 
ongles. 

La femelle dépose ses œufs dans un trou creusé 
exprès dans le sol, souvent aussi sous des pierres ou 
des débris de végétaux, car ces œufs ont besoin d’une 
certaine humidité pour se développer. Ils sont oblongs 
et d’une teinte blanc sale. Le nombre varie de sept à 
treize, selon les espèces. 

La queue des Lézards est extrêmement fragile : « Ce 
membre se rompt au moindre choc ou à la moindre 
traction. L'animal, ainsi privé d’une partie plus ou 
moins longue de lui-même, fuit sans paraitre incom- 
modé par l’accident, tandis que le bout séparé du tronc 
s’agite sur le sol pendant longtemps encore. Ces rup- 
tures arrivent fréquemment dans la vie ordinaire des 
Lézards : la chute d’une pierre dans une rocaille ou la 
simple morsure d’un congénère jaloux suffisent sou- 
vent à briser ce membre fragile; à bien plus forte raï- 


PS sisi 


son se rompra-t-il si un chien s'amuse avec le petit 


Saurien,ou si quelque gamin le frappe sur cette partie. 
La plaie est promptement cicatrisée et la queue 
repousse assez vite, mais non sans laisser des traces 
de la fracture, soit dans un trouble de l’écaillure, soit 
dans un brusque changement de dimension ou de colo- 
ration. Il arrive quelquefois que, par suite de lésions 
secondaires ou de pressions faites par un corps étran- 
ger, La queue se divise, en repoussant, en deux ou plu- 
sieurs branches, et l’animal, ainsi pourvu de deux ou 
trois queues, devient pour beaucoup de gens un être 
fabuleux. Cette partie semble presque, chez le Lézard, 
un moyen de salut et comme un moyen de tromper qui 


SAURIENS 25 
le poursuit; il laisse volontiers, sinon son habit, du 
moins sa queue dans les mains de celui qui veut s’em- 
parer de sa personne. » (Fatio). 

Nous possédons en France plusieurs espèces de 
Lézards : 

Lézard ocellé (Zacerta ocellata. Daud.) 

Le Lézard ocellé est le plus grand de nos Lézards et 
en même temps le plus remarquable par la richesse 


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Lézard ocellé. 


de ses couleurs : sur un fond d’un brun verdâtre son 
corps est ondé de lignes d’un jaune citron; ses flancs 
sont ornés de taches ocellées d’un bleu cendré et 
entourées de brun; sa tête est verte et le dessous du 
corps d'un blanc jaunâtre. Lorsque cet animal est 
exposé au soleil, ses couleurs présentent un ensemble 
chatoyant de vert, de bleu et de brun. 

Dugès (1), qui a étudié spécialement les Lézards de 
France, a constaté que sa coloration varie à trois âges 


(1) Ducs, Mémoire sur les espèces indigènes du genre Lacerta. 


56 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
différents. Elle est d'abord tachetée, puis ocellée et enfin 
réliculée. Les écailles du dos sont granuleuses, arron- 
dies, convexes et juxtaposées, 

Ce Lézard, qui atteint fréquemment une longueur de 
près d’un demi-mèêtre, s'établit de préférence dans un 
sable dur, sur une pente rapide et abrupte, exposée au 
midi ou au sud-est, et recherche les racines des vieilles 
souches el les vieilles murailles. Agile et robuste, il 
poursuit incessamment les gros insectes dont il fait sa 
nourriture : Cigales, Sauterelles, Hannetons, etc... Il 
s'attaque aussi aux petits mammifères, aux jeunes 
oiseaux, et fait volontiers sa proie d’autres Lézards plus 
petits. On l’accuse même de dévorer Les œufs des petits 
oiseaux. 

« Lorsqu'il observe une proie, dit Schinz, il l'épie 
avec des yeux brillants fixement dirigés sur elle, puis 
se jette dessus avec une extrême rapidité; il la saisit 
entre ses mächoires, puis l’avale après l'avoir plusieurs 
fois secouée, » 

Plus paresseux que les autres Lézards, il est le der- 
nier à apparaitre au printemps et le premier à s’engour- 
dir à l’automne. Quand on veut le saisir, il mord avec 
acharnement et se défend à l’aide de ses ongles; nous 
avons déjà dit que sa morsure ne présente aucun dan- 
ger. 

Ses œufs, au nombre de 7 à 9,sont oblongs et de cou- 
leur blanchätre. 

Le Lézard ocellé habite le Midi de la France; il est 
très commun aux environs de Nice et de Montpellier, 
mais c’est à peine s’il dépasse au nord le département 
de la Charente-Inférieure. 


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SAURIENS 57 

Lézard vert (ZLacerta viridis. Daud.). 

Le Lézard vert est moins grand et moins vigoureux 
que le Lézard ocellé. Sa taille ne dépasse guère 
0 m. 35 de long. La tête est grosse chez le mâle, plus 
effilée chez la femelle. La queue est presque deux 
fois aussi longue que le corps. Les écailles du dos, dis- 
posées en verticilles et légèrement imbriquées, sont 
granuleuses, arrondies, convexes sur le cou, oblongues 
et relevées en dos d'âne sur les épaules. 


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Lézard vert. 


La coloration de ce Lézard est très variable; on ren- 
contre surtout trois variétés bien définies : 
Première variété : pointillée de jaune et de noir. 
« Le dessus du corps etles flancs sont semés d’écail- 
_ Les jaunes, noires et vertes, entremêlées sans ordre.Sur 
le fond jaunätre de la tête sont répandus des points 
jaunes, plus grands, plus clairs que ceux du corps. Chez 
quelques individus les points jaunes manquent sur le 


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58 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
corps, et alors la tête est d’un brun vert uniforme. » 
(Lataste.) 

2e variété : piquelée et à quatre raies. 

Cette variété présente la même coloration générale, 
mais de plus quatre raies blanchätres ou jaunâtres, 
deux sur chaque flanc, une en haut et l’autre en bas. 

3° variété : {achetée et à quatre raies. 

Le dessus de la tête est d’un brun vert avec taches 
noires et points jaunes. Deux lignes blanches ou jaunes 
assez larges et irrégulières, partant de l'orbite, s’éten- 
dent sur les côtés du dos et de la queue. 

Ce Lézard est svelte, souple, élancé. Au moindre 
bruit il disparait dans les broussailles. [l se plait dans 
les herbes touffues, au pied des genêts, dans les bruyè- 
res et dans les clairières des bois. Il vit d'insectes, 
d'araignées, de chenilles. Très sauvage, il mord avec 
rage quand on veut le saisir. Il est cependant très socia- 
ble et l’on voit souvent plusieurs de ces animaux vivant 
ensemble. Ils’habitue facilement à la captivitéet devient 
si familier qu’il vient prendre dans la main les insectes 
qu’on lui présente; il est surtout très friand des larves 
de ténébrion, plus connues sous le nom de vers de farine. 
Il boit fréquemment, surtout si on lui donne de l’eau 
bien pure. 

La femelle pond de 11 à 13 œufs, d’un blanc sale et 
de la grosseur d’un pois. 

Le Lézard vert, très commun dans certaines parties 
de la France, ne s’avance guère vers le nord; il n’est 
pas rare dans la forêt de Fontainebleau. 

Lézard des souches (Zacerta shrpium. Daud.). 

Ce Saurien est par sa taille intermédiaire entre le 


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SAURIENS 99 
Lézard vert et le Lézard des murailles; il n’atteint 
généralement guère plus de O0 m. 20. Souvent con- 
fondu avec le Lézard vert, il en diffère par son corps 
trapu, son museau court, ses formes peu sveltes., Sa 
coloration estégalement différente ; sur Le corps s’étend 
une large bande d’un brun rougeâtre, avec des taches 
brunes ou noires accompagnées de traits ou de points 
Jaunâtres ; les flancs sont verts, gris ou bruns, maculés 
de taches foncées et de points clairs. 


Lézard des souches. 


Ce Lézard recherche les plaines et les coteaux; il se 
tient de préférence dans les haïes, sur la lisière des 
bois, dans les grands jardins, dans les vignes et sur- 
tout au pied des buissons rabougris et dans les bruyè- 
res. « Sa demeure est un trou étroit, plus ou moins 
profond, creusé sous une touffe d'herbe ou entre les 
racines d'un arbre; il s’y tient caché pendant l'hiver, 
après en avoir bouché l'entrée avec un peu de terre 
ou quelques feuilles sèches. Il n’en sort que dans la 
belle saison ou lorsque le temps est favorable à Ja 


60 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

chasse des insectes dont il fait sa nourriture, tels que 
les mouches, de petits orthoptères et quelquefois des 
chenilles. La femelle pond 9 à 143 œufs qui sont cylin- 
driques et tronqués aux deux bouts. » (Duméril et 
Bibron., 

Moins vif que le Lézard vert, il peut néanmoins grim- 
per avec agilité sur les buissons peu élevés ; il se dé- 
fend courageusement quand on veut le saisir et s’habi- 
tue difficilement à la captivité. Il a de nombreux en- 
nemis et est fréquemment la victime des Couleuvres, 
des Belettes, des Oiseaux de proie et même des Pies et 
des Corbeaux. 

Il est répandu en France, mais rare dans la région 
méridionale ; il est commun dans les fossés des fortifi- 
cations de Paris. 

Lézard vivipare (Lacerla vivipara. Jacquin.). 

Cette espèce a la tête petite, courte, assez épaisse 
et busquée vers le museau. Sa queue à environ une 
fois et demie la longueur du corps. Sa coloration est 
très variable : le plus souvent sa gorge est bronzée 
avec des reflets verts-cuivrés et pointillée de noir. Le 
ventre est orange, ponctué de noir, chaque écaille 
étant marquée en son milieu d'une ou de deux taches 
noires. 

Ce Lézard se nourrit d'insectes, de mouches, de sau- 
terelles et d'araignées ; on le rencontre aussi bien dans 
les montagnes que dans le voisinage des eaux, dans 
les prairies herbeuses et humides. Sa ponte présente 
une particularité qui lui a fait donner le nom de Lézard 
vivipare : la femelle pond de 7 à 9 œufs oblongs, d’un 
blanc de porcelaine. «Quelques minutes après la ponte, 


SAURIENS. : GI 


les petits brisent leur enveloppe et s'échappent fort 
alertes. Ils mesurent alors environ cinquante milli- 
mètres de long; ils sont entièrement noirs, les faces 
supérieures à peine un peu plus claires que les infé- 
rieures. » (Lataste.) 

Ce Lézard habite une partie de la France; on le ren- 
contre dans le Nord, dans les Alpes et jusque dans les 
Pyrénées. Dans la Gironde, il est très commun aux en- 
rons de Bordeaux, dans les terrains marécageux connus 
sous le nom d’allées de Boutaut. 

Lézard gris ou lézard des murailles (Lacerta 
muralis. Dum. et Bibr.). 

Cette espèce est la plus commune et sa coloration, 
peu variable en France, est grise ou rousse; ses flancs 
sont marqués d'une bande noire bordée de blan- 
châtre. Sa taille moyenne est de 0 m. 20. C'est lé 
plus petit et le plus gracieux de tous nos Lézards, et il 
est si familier qu'on à dit avec raison qu’il était l’ami 
des enfants, qui ne l’épargnent guère, le mutilent sou- 
vent et lui font subir mille tortures. ; 

On le rencontre partout : sur les murs de clôture de 
nos Jardins, autour des habitations, le long des che- 
mins, dans les vignes, dans les landes et surtout sur 
les coteaux pierreux exposés au soleil. Il se nourrit de 
petits insectes et de mouches et est souvent la proie 
des couleuvres. Peu frileux, il disparait très tard en 
automne et sort de son trou dès le mois de février. 

La femelle pond de 9 à 14 œufs oblongs, ayant 
15 millimètres de long sur 11 de large; ces œufs sont 
élastiques et blancs, quelquefois légèrement mouchetés 
de gris. 


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Lézard des murailles, p. 61. 


SAURIENS 63 

Ce Lézard est répandu dans toute la France; il est 

très commun dans le département de la Gironde où on 
le désigne sous le nom de Sangogne. 


Genre Psammodromus (Fit), Psammodrome 


Les Psammodromes se distinguent des Lézards pro- 
prement dits par leurs doigts faiblement comprimés, 
carénés au-dessous, sans dentelures latérales et par 
l'absence d’un véritable repli de la peau en travers du 
dessous du cou; ils ont des paupières; la plaque dans 
laquelle est percée la narine n’est pas renflée (Brehm). 

Psammodrome d’Edwards où hispanique 
(Psammodromus Hispanicus, Fitz.). 

Ce petit reptile a le corps grêle et élancé, le museau 


Psammodrome hispanique. 


effilé, les membres allongés, la queue longue et sensi- 
blement aplatie. Sa coloration est d’un gris bleuâtre 
ou cendré; sa tête est pointillée de brun. Le dos 
porte, de chaque côté, trois raies longitudinales et 
parallèles de couleur jaunâtre, interrompues de dis- 
tance en distance par une petite tache blanche flanquée 
de deux gros points de même forme, d’un brun noir.Le 
dessous du corps est d’un blanc luisant avec des reflets 
irisés, 


64 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

« Le Psammodrome habite de préférence les dunes 
au bord de la mer; il se creuse au pied de quelque 
touffe de jonc un trou peu profond dans lequel, au 
moindre danger, il s’élance avec la rapidité d’une 
flèche, volant, pour ainsi dire, à la surface du sable 
élincelant. » (Brehm.) 

Il se nourrit de petits insectes et de mouches. On ne 
le rencontre en France que dans le Midi, dans la région 
littorale de la Méditerranée. 


Genre Acanthodactsglus (Fitz.), Acanthodactyle 


Ce genre comprend des Lézards dont les pattes sont 
terminées par cinq doigts faiblement comprimés, ca- 
rénés en dessous et dentelés latéralement; le cou est 
garni d’un collier d’écailles en travers. 

Une seule espèce habite en France : 

Acanthodactyle vulgaire (Acanthodactylus 
vulgaris, Dum. et Bib.). 

Ce Lézard est généralement d’un brun plus ou moins 


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Acanthodactyle vulgaire. 


foncé; quatre lignes blanches s’étendent de chaque 
côté de la tête et du cou; les pattes sont marbrées 


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SAURITENS 65 
de petites tâches blanches; la queue est rougeätre ; le 
dessous du corps est blanc. 

L’Acanthodactyle atteint environ O0 m. 20. 

« Cette espèce vit de préférence dans les endroits 
pierreux exposés en plein soleil; l'animal, très agile et 
fuyant au moindre bruit, va se cacher dans quelque 
crevasse du sol, sous une pierre, entre les racines des 
Cistes et des Chènes verts. Sa nourriture se compose 
de petits insectes. Gràce à leur agilité, à leur adresse, 
ces Lézards s'emparent facilement des moucherons qui 
se posent à leur portée; ils les attrapent pour ainsi 
dire au vol. » (Brehm.) 

L'Acanthodactyie n’habite que le Midi de la France, 
dans la zone circumméditerranéenne. 


FAMILLE DES SCINCOIDIENS 


Cette famille est caractérisée par les écailles du tronc 
qui sont disposées comme des tuiles et sont générale- 
ment élargies et arrondies à leur bord externe; par la 
tête qui est recouverte en dessus par des plaques cor- 
nées, minces et anguleuses, par la langue qui est libre, 
plate, sans fourreau et légèrement échancrée en avant. 

Quelques Scincoïdiens ont des pattes plus ou moins 


. développées comme les Lézards, d’autres sont dépourvus 


de membres ct allongés en forme de serpents. Cette 
famille établit une transition naturelle entre les Sau- 
riens et les Ophidiens. 


Genre Seps (Daud.), Seps 


« Narines latérales s’ouvrant entre deux plaques. — 


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Langue plate, squammeuse, en fer de flèche, échancrée 
à sa pointe. — Museau conique. — Quatre pattes avant 
chacune leur extrémité divisée en trois doigts inégaux, 
onguiculés, subeylindriques, sans dentelure. — Flancs 
arrondis. — Queue conique, pointue. — Ecailles lisses. » 
(Dum. et Bibr.) 

Ce genre ne comprend qu’une seule espèce : 

Seps chalcide (Seps Chalcis. Dum. et Bibr.). 

Le Seps est facile à reconnaitre gràce à sa forme 
particulière : ses quatre pattes sont très courtes et 
paraissent appliquées contre le corps; sa tête fait 
suite au corps sans en être séparée par un cou distinct; 
ses yeux sont petits, elliptiques ; sa queue est terminée 
par une pointe aiguë et flexible. 

«J'ai pu me convaincre, dit Lataste, que cet animal 
se sert de ses petites paltes pour la marche paisible, 
tandis qu'il progresse à l'aide des ondulations du tronc 
et de la queue quand une frayeur ou une émotion lui 
fait accélérer sa course. Il se sert également de ses 
pattes antérieures pour assurer son équilibre quand il 
s'arrête, la tête et le cou légèrement soulevés, un objet 
quelconque ayant attiré son attention. » 

Sa tête est d’un brun olivätre, lavé de bandes longi- 
tudinales grises effacées. Tout le dessus du dos et de la 
queue, et une partie des flancs, sont agréablement 
rayés de brun noir sur un fond jaune roux. Le dessous 
de la gorge, du ventre et de la queue est d’un blanc gri- 
sätre uniforme. 

C’est un des reptiles qui ont donné naissance aux 
fables et aux préjugés les plus invraisemblables : les 
paysans l’accusent de faire mourir les bœufs qui l’ava- 


68 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

lent en paissant; on a prétendu qu'il s’introduisait dans 
la bouche des dormeurs et causait dans leur intérieur 
des ravages effroyables. Sa queue très pointue a même 
été considérée comme un dard meurtrier. Il est inutile 
de dire que ces fables ne reposent sur aucun fonde- 
ment et que le Seps est un animal inoffensif. 

Il à environ O0 m. 40 de longueur et est vivipare. Le 
nombre des petits est de quinze environ. 

Le Seps Chalcide vit d'insectes, d'araignées, de vers, 
de petits mollusques; il recherche les prairies, les 
endroits chauds et herbeux. Les petits Mammifères, les 
Oiseaux de proie, les Corbeaux et même les Poules lui 
font une guerre acharnée. 

Il habite nos départements méridionaux où il est 
assez commun, mais il ne semble pas remonter au delà 
de la Charente-Inférieure, 


Genre Anguis (Lin), Orvet 


Le genre Anguis a pour caractères des narines laté- 
rales s’ouvrant chacune dans une seule plaque, un corps 
cylindrique, dépourvu de pattes et ayant la forme des 
Serpents, un museau conique, une queue cylindrique, 
des écailles lisses. Ce genre n'est composé que d'une 
seule espèce. 

Orvet fragile (Anguis fragilis. Dum. et Bibr.). 

On ne peut se faire une idée plus exacte de l'Orvet 
qu'en le comparant par la pensée au Seps Chalcide que 
nous venons de décrire en supprimant les pattes que 
l'Orvet ne possède pas. 

Ce Saurien ressemble beaucoup à un petit Serpent et 


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SAURIENS 69 
est, en résumé, un Lézard sans pattes. Sa tête est 
conique, arrondie en avant; sa queue, courte et obtuse, 
se termine en une pointe conique et d’une telle fragilité 
qu’elle a fait donner à cel animal les noms d'Orvet fragile 
et de Serpent de verre. Ses yeux sont petits, peu sail- 
lants; le cou est à peu près de la grosseur de la tête. Sa 
taille, toujours plus grande chez le màle que chez la 
femelle, varie de 0 m. 25 à O0 m. 50. Sa coloration est 
assez variable selon l’âge des individus : le dos est gris 


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Orvet fragile. 


blanchâtre ou roussàtre; sur le ventre qui est d’un 
blanc gris on aperçoit des rangées de points brun-noir 
ses flancs sont mouchetés de points d’un roux foncé. 
Lorsque les Orvets sont vieux, ils ont une coloration 
d’un gris-cendré à peu près uniforme. 

Ce reptile, très répandu dans toute la France, y est 
connu sous des dénominations nombreuses : Anwvin, 
Anvronais, Lanveau, Sourd, Borgne, Serpent aveugle, 
Mielle, etc. Ilest le sujet de fables et de préjugés ridi- 
cules; on le rend responsable d’une foule d'accidents : 
il cause l’enflure des bestiaux, mord cruellement avec 


70 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

ses dents et produit avec sa queue des piqûres dange- 
reuses, Hätons-nous de dire que c'est, au contraire, un 
animal inoffensif qu'on peut manier sans le moindre 
danger. 

IT fuit timidement lorsqu'on l'attaque. Toutefois, 
quand il est fortement irrilé, il se redresse et se donne 
un air de serpent dangereux, mais il cherche peu à se 
défendre de ses dents, elles sont trop faibles et sa 
bouche est trop petite pour qu'il puisse blesser. » 
(Viaud-Grandmarais.) 

L'Orvet recherche les localités sèches, herbeuses ou 
pierreuses ; on le rencontre aussi dans les bois sous la 
mousse et dans les prés où ii cherche sa nourriture qui 
se compose d'insectes, de vers et de limaçons; il boit 
souvent et de la même manière que les Lézards. 

« Quoique dépourvu de pattes, il se creuse des 
galeries soulerraines assez profondes, forant tantôt 
avec la tête, tantôt avec la queue, toutes deux égale- 
ment coniques. L’accouplement a lieu quelques jours 
après le réveil, et à une époque variable avec les con- 
ditions, de la fin de mars au commencement de mai. 
La femelle met au monde, sous terre, en août ou même 
seulement en septembre, de 8 à 14 petits qui déchirent 
leur enveloppe au moment même où ils viennent d’être 
pondus. » (Fatio.) 

L'Orvet est donc ovovivipare. Il est très sociable et, à 
l'entrée de l'hiver, il se renferme en compagnie de 
plusieurs de ses congénères dans des galeries qu'il 
ferme avec de la terre ou de la mousse. 

Dépourvu de pattes, il progresse difficilement sur un 
sol uni; il est obligé de ramper à la facon des Serpents, 


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mais il est moins agile qu'eux à cause du peu de relief 
de ses écailles et est forcé de s’accrocher aux moindres 
aspérités en y appuyant l'extrémité de sa queue pour 
se pousser en avant. 

Cet animal mue dans le courant de juillet et sa mue 
présente celte particularité que la peau se détache par 
lambeaux comme celle des Lézards, et non d’une seule 
pièce, comme cela a lieu chez les Serpents. 

L'orvet fragile habite toute l'Europe; il est très 
commun en France et on l’a rencontré dans les Alpes 
de la Suisse à une altitude de 2,000 mètres au-dessus 
de la mer! 


ORDRE HE — OPHIDIENS 


, Les Ophidiens ou Serpents ont le corps allongé, 
arrondi, étroit, sans pattes ni nageoires; la bouche est 
garnie de dents pointues, la mâchoire inférieure à des 
branches dilatables et plus longues que le crâne. La 
peau est coriace, extensible, recouverte d'un épiderme 
caduc, d’une seule pièce. 

Ces Reptiles sont répandus sur tout le globe et vivent 
dans les milieux les plus variés: dans les eaux ou sur 
la terre, nageant ou rampant, suivant leur nature. 

Plusieurs espèces sont extrêmement dangereuses et 
leur venin est mortel pour l’homme et les animaux: 
les Najas, les Trigonocéphales, les Crotales, etc. Fort 
heureusement aucune de ces espèces ne vit en France. 

Quelques Ophidiens sont ovovivipares, la plupart sont 


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72 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
ovipares ; leurs pelits ne subissent aucune méla- 
morphose. 

Les Serpents ont été, dès la plus haute antiquité, le 
sujet de fables qui n’ont d'autre origine que l'amour du 
merveilleux : 

« Dès les temps les plus reculés les Serpents ont joué 
un grand rôle dans les légendes de tous pays, et ce 
n'est pas sans luttes que la science a, petit à pelit, 
éliminé diverses croyances populaires aussi absurdes 
qu'invélérées. L'espèce de répugnance qu'éprouvent 
beaucoup de gens à la vue subite d’un Serpent a 
toujours fait de ce reptile un sujet de terreur irréfléchie. 
La peur à non seulement prêté à cet objet d’effroi les 
formes les plus extraordinaires, des couronnes, des 
cornes, des pattes, des ailes, elc., mais encore elle a 
étendu à toutes les espèces inoffensives la malédiction 
que ne mérilaient, jusqu'à un certain point, que les 
espèces venimeuses. Je ne prendrai pas la peine de 
relever ici toutes les fables qui ont été contées et 
accrédilées, en divers lieux, sur des Serpents qui 
s'introduisaient dans le corps de personnes endormies, 
télaient les Vaches et les Chèvres, asphyxiaient par leur 
simple regard, ou encore exécutaient mille autres 
manœuvres qui n’ont pas plus besoin de réfutation que 
ces premières. 

« L'influence, pour ainsi dire magnétique, que l’on 
attribue généralement à la musique sur les Serpents, 
ne parait pas plus confirmée que celle que le regard du 
reptile devrait exercer sur sa proie. Les concerts variés 
que Lenz a donnés aux diverses espèces qu'il étu- 
diait en captivité ne lui ont jamais permis de voir 


dé nues di à 


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chez ces animaux la moindre indication de percep- 
tion ou de sensation quelconque. La crédulité des 
gens à élé, sur ce point comme sur tant d’autres, 
largement exploitée par les Jongleurs et les charmeurs 
de tous pays, : 

«Je pourrais citer encore un grand nombre de fables 

toutes plus ou moins répandues et accréditées; mais 
je n'en finirais pas si Je voulais relever toutes les idées 

. erronées que des gens, plus remplis d'imagination que 
de courage, se plaisent à publier, le plus souvent pour 
s’excuser de leur couardise ou pour masquer leur 
ignorance. » (Fatio.) 

En résumé les Ophidiens ne sont pas aussi dangereux 
“quon veut bien le croire, et en France, à l’exceplion 
des Vipères, dont nous parlerons plus loin, nous 

n'avons rien à redouter de nos Serpents. 

Le mode de locomotion chez ces animaux est la 
reptation : le serpent rampe grâce à la conformation de 
ses nombreuses côtes qui ne sont articulées qu'avec 
- les vertèbres et qui sont libres à leur extrémité; ül 
progresse par des ondulations latérales, en contrac- 
- {ant certains muscles intercostaux, de manière à décrire 
-une courbe plus ou moins prononcée. Tout en main- 
- tenant sa tête élevée et horizontale, il s'aide des iné- 
- galités du terrain, des herbes, de toutes les aspérités 
“qu'il peut rencontrer; aussi avance-t-il difficilement 
- sur un sol uni. Lorsqu'on laisse filer un Serpent entre 

les mains, on sent parfaitement le redressement des 
écailles du ventre. Dans l'eau il nage de la même 
manière qu'il rampe sur la terre. 

La langue des Serpents est longue, mince, fendue en 


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Û 


14 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

avant en deux parties eflilées et recouvertes d’une 
substance cornée; elle est enveloppée d’un fourreau 
d'où elle peut être dardée au loin, lorsque la bouche est 


fermée, à travers un échancrure qui se trouve à l’extré- 


mité du museau. Cette langue est plutôt un organe de 
tact que de goût. Beaucoup de gens croient que le 


Serpent s’en sert pour piquer; c’est encore une erreur 


grossière : cette langue, étant souple et molle, ne peut. 


être employée à un pareil usage; elle est, en réalité, un 
organe de tact pour tâter les corps dont il veut recon- 
naître la nature et les propriétés. « En outre, dit Fatio, 
le mouvement de sa langue exprime tous les senti- 


ments qu'il ressent dans diverses circonstances. Tous 


ses instincts et toutes ses passions se traduisent par 
un mouvement de cet organe, d'autant plus prompt 
que les impressions sont plus violentes, et &’autant 
plus lent que l'animal est plus insensible, engourdi ou 


malade. Aux expressions de la langue se joint, suivant : 


le cas, et particulièrement dans la colère, une sorte de 
petit sifflement strident et prolongé, produit proba- 
blement par la sortie rapide de l’air chassé au travers 
de l’encoche rostrale. » 

Les mâchoires des Serpents ont une conformation très 
curieuse : la mâchoire inférieure est agencée de telle 
sorte qu’elle peut donner, suivant le cas, une plus ou 


moins grande extension à la bouche et lui permettre 
d’engloutir des proies démesurées relativement à la. 


tête du reptile. Les deux branches de la mâchoire in- 
férieure ne sont ni soudées entre elles, ni articulées 
sur le crâne; elle jouent à l'extrémité d'un os parti- 
culier, mobile et plus ou moins allongé, auquel on a 


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2 DFRDENF EE 
LA 
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donné le nom W’os tympanique. Les dents, en forme de 
crochets, sont inclinées et recourbées en arrière et 
disposées différemment selon les espèces. Les Serpents 
non venimeux ont les dents nombreuses; chez les 
Serpents venimeux, tels que les Vipères, les dents de 
la mâchoire supérieure ne sont pas disposées pour 
saisir la proie, mais pour la tuer en lui inoculant le 
venin dans les.chairs. 
Le mode qu'emploient les Ophidiens pour s'emparer 
de leur proie et l’avaler diffère également selon les 
espèces : les Serpents venimeux, lorsqu'ils aperçoivent 
une proie, redressent la lète, ouvrent la bouche de 
- manière à abaisser la mâchoire inférieure, en même 
temps qu'ils relèvent la mâchoire supérieure, de telle 
sorte que les crochets sont merveilleusement disposés 
- pour frapper; «avec la promptitude d'un ressort qui se 
détend, le reptile se lance en avant et frappe sa victime. 
La blessure faite, le Serpent se retire en arrière, replie 
sa tête et reste tout prêt à frapper de nouveau. L’ani- 
mal blessé tombe sur le sol, tellement rapide est l'action 
- du venin, et meurt après un temps généralement très 
court; il est,en tous cas, immédiatement frappé de 
- paralysie, de telle sorte qu'il ne peut fuir; la proie 
morte, le Serpent s’en empare et la déglutit. » (Brehm.) 
- Presque tous les Serpents non venimeux avalent 
- leur proie encore vivante. En résumé les divers Serpents 
sont carnassiers et avalent leur proie sans la màcher, 
_ toute vivante, étouffée ou tuée par le venin, Nous par- 
_lerons des glandes qui sécrètent ce terrible poison 
dans un chapitre spécial consacré aux serpents veni- 
_ meux. 


OPHIDIENS 15 


‘Ag ES) 


VU 3 


76 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Lorsque les Ophidiens saisissent une proie, elle est 


engloutie la tête la première et arrosée d’une salive 
abondante ; retenue parles dents recourbées du reptile, 
elle s'engage petit à pelit dans sa gueule distendue et 
sous l'influence de contractions musculaires descend 
lentement dans l'estomac où elle forme un renflement 
volumineux, Le Serpent se trouve en se moment em- 
pêché dans ses mouvements et reste longtemps dans 
une immobilité complète. 


Les Ophidiens passent l'hiver en léthargie dans des. 


trous ou dans des galeries souterraines, souvent groupés 
en nombreuse société et enroulés ensemble. Ils sortent 
de leurs retraites dès les premiers jours du printemps. 

Leur nourriture consiste en petits animaux : Souris, 
Mulots, Oiseaux, Lézards, Grenouilles, etc... « Une 


Vipère bloitie immobile attendra patiemment que la, 


Souris ou l'Oiseau qu'elle convoite vienne passer à sa 
portée et, projetant brusquement la tête sur sa proie, 


elle la mordra pour suivre ensuite les progrès rapides 


de l’empoisonnement qu'elle vient de consommer. Une 
Couleuvre, plus alerte, surprendra ou poursuivra, sur la 
terre ou dans les eaux, les proies variées que lui offrent 
ces deux éléments, qui lui sont également familiers. 
Grimpant adroitement dans les buissons, elle guettera, 


par exemple, le nid d'un Passereau, ou nageant silen-" 
cieusement dans quelque mare, elle hapera tout à coup - 


une pauvre Grenouille qui ne l’a pas entendue approcher 
subrepticement derrière elle; quelquefois encore, se 
glissant sous les pierres, au fond des eaux, elle attra- 
pera lestement des Chabots ou d’autres petits poissons. » 
(Fatio.) 


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ù OPHIDIENS 11 

Nous avons déjà dit que les Ophidiens vivaient dans 
des milieux très variés : on les trouve généralement 
dans les lieux les plus déserts, loin du voisinage de 
l'Homme, et ce n’est qu'exceptionnellement qu'ils s'in- 

_troduisent dans les habitations. Nos Serpents inoffen- 
sifs sont diurnes et se retirent dans leurs gites à la 
tombée de la nuit ; les Serpents venimeux, au con- 
traire, sont presque tous nocturnes; ce qui ne les 
empêche pas de sortir le jour, surtout dans les belles 
journées d'été, pour jouir des rayons du soleil. 

Indé»endamment de l'Homme quileur fait une guerre 
acharnée, les Serpents ont encore de nombreux enne- 
mis : parmi les Mammifères, il faut citer les Chats, 
les Chiens, les Fouines, le Putois, le Hérisson, le 
Cochon, etc.; parmi les Oiseaux, les Rapaces diurnes et 
nocturnes, les Corbeaux, les Pies, les Hérons, les 
-Canards, etc. 

Presque tous les serpents pondent des œufs ; quel- 
ques-uns, tels que la Vipère, sont ovovivipares, c'est-à- 
dire que les petits éclosent dans le ventre de la mère. 
Ces œufs n’ont pas de consistance et sont recouverts 
d’une coque parcheminée. On trouve parfois dans une 
“même coque deux germes d’où peuvent sortir des 

embryons soudés ensemble. On parait avoir attaché 

autrefois trop d'importance à ces monstruosités qui se 
rencontrent chez d’autres animaux. 

Les jeunes Serpents, à leur naissance, sont trop faibles 
pour se nourrir de vertébrés et mangent d’abord des 
Vers, des Insectes et des Mollusques. 

La mue chez les Serpents présente une particularité 
remarquable : elle commence par les lèvres, l'épiderme 


BE . 


18 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


se détachant en bloc et d’une seule pièce ; la peau forme 


deux déchirures l’une à la partie supérieure de la tête, 


l’autre à la mâchoire inférieure. On peut dire que le“ 
serpent quitte sa peau comme on se dépouillerait d'un 
vêtement et on trouve fréquemment dans la campagne 
ces fourreaux qui ont conservé la forme exacte dun 
reptile. Cette mue se renouvelle plusieurs fois pendant” 
le courant de l'été. 

La classification rationnelle des Ophidiens est des 
plus difficiles et celle de Duméril et Bibron, basée sur 
la connaissance de la dentition, est généralement. 
adoptée; mais elle nous à paru encore trop compliquée 
pour convenir au plan de cet ouvrage. Tout en conser- 
vant quelques ordres et familles créés par les illustres. 
auteurs de l'ÆZrpétoloqie générale, nous adoptons pour nos. 
Serpents la classification suivante : 


1° Serpents non dangereux pour l’homme : 


Ordre I. — AGLYPHODONTES. 


3 familles : Zsodontliens. 
Syncranthériens. 
Diacranteriens. 


- Ordre IT. — OPISTOGLYPHES. 


À famille : Psammophdies. 


2% Serpents venimeux 
Ordre des SOLÉNOGLYPHES. 


À famille : Vipériens. 


és t. 


Tee 


$ AGLYPHODONTES 19 
| SERPENTS NON DANGEREUX POUR L'HOMME 


ORDRE FE — AGLYPHODONTES 


Les Aglyphodontes (à dents sans sillon) sont ainsi 
nommés parce qu'ils sont caractérisés par leurs 
mâchoires pourvues de dents constamment fixes, coni- 
ques, recourbées et lisses, sans canal ni rainure, par 
leurs formes élancées, par leur tête qui est elliptique, 
au lieu d’être renflée en arrière comme celle des 

- Serpenis venimeux. 

… Cet ordre ne renferme que des espèces inoffensives et 

- embrasse plus de la moitié des Serpents connus. $es 

- représentants sont désignés sous le nom général de 
Couleuvres, on les nomme aussi serpents Colubriformes 
et Colubrides. 


FAMILLE DES ISODONTIENS 


Cette famille est composée de Serpents dont toutes 
les dents sont semblables entre elles et disposées à dis- 
- lances égales. Les diverses espèces de cette famille 
. présentent néanmoins des formes et des mœurs assez 
- variées ; elles vivent aussi dans des milieux très diffé- 
+ rents, les unes sur les arbres, d’autres dans les prairies 
ou dans le voisinage des eaux. 
Deux genres seulement représentent cette famille en 
“France : 


C Genre Rhinechis (Micha.), Rhinechis 


Ce genre, établi par Michachelles, ne comprend 


BLRLIE SPP TI T 


7 


ASS 
7 TTL 


ms. SP pe re es De | 


1-2 Rhinechis scalaris, p. 81. — 3-4 Elaphis quaterradiatus, p. 825 
— 5-6 Tropidonotus tessellatus, p. 92.— 7-8 Trop. viperinus, p. 88.4 


AGLYPHODONTES 81 


qu'une seule espèce, à corps cylindrique, à queue 
courte et conique, à tête peu distincte du tronc, à mu- 
seau pointu terminé par une saillie, de telle sorte que 
la mâchoire supérieure dépasse l’inférieure : 

Rhinechis à échelons (}/inechis scalaris 
Bonap.). 

Cette espèce (fig. 1, 2, p. 80) a sur le dos et la queue 
deux longues bandes noires réunies par des bandes 
transversales placées à intervalles égaux ; cet ensemble 
représente assez exactement les barreaux d’une échelle 
et lui a fait donner le nom de Couleuvre à échelons. La 
coloration générale du corps est roussâtre; le dessous 
du corps est blanc jaunâtre avec des taches d’un gris- 
noir. 

Ce reptile, qui atteint un mètre de longueur, vit 
dans les lieux arides et bien exposés au soleil ; on le 
rencontre quelquefois dans les dunes, dans le voisinage 
de la mer. Il se nourrit de Rongeurs et d’Oiseaux ; il 
est redouté pour la chasse qu'il fait aux Oiseaux utiles 
et passe pour détruire les nichées de Perdreaux. 

Très irascible, il se jette sur la main qui veut le sai- 
sir, mord avec rage et se replie ensuite pour se mettre 
de nouveau sur la défensive, comme font les ce 
venimeux. 

Il n’habite que le Midi de la France, où il est assez 
commun, principalement aux environs de Montpellier, 
de Toulon et de Nice. 


Genre Elaphis (Dum, et Bibr.), Elaphe _ 2 
sn 53 rJ 


Duméril et Bibron ont réuni dans ce genre des Cot- 
leuvres dont le corps-est le plus souvent cylindriqué, 
(E 


b 


82 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
parfois un peu comprimé, la tête peu distincte dutronc, 
toutes les dents d’égale longueur. 

Ce genre est représenté en France par deux espèces : 

Elaphe ou Couleuvre d’Esculape !/Z/4- 
phis Œsculapi. Host.) 

Cette couleuvre (V. ». 31) a le corps allongé, peu 
volumineux, la queue longue et déliée ; les écailles de 
la partie antérieure du corps sont lisses, celles de la 
partie postérieure portent une légère carène. 

On a donné à ce reptile le nom de Couleuvre d’Esculape 
parce qu'on admet généralement que cette espèce est 
le. Serpent d’'Épidaure, si vénéré dans l’antiquilé qui 
ornait le bâton d’Esculape. Il atteint fréquemment 
4 m. 60 de longueur ; sa coloration est brune-olivätre ; 
les flancs sont pointillés de blanc; le ventre est d'un 
blanc verdâtre. 

La Couleuvre d’Esculape se plait dans les endroits 
rocheux et couverts de broussailles ; elle recherche les 
troncs d’arbres et les branches autour desquelles elle 
peut s’enrouler. « Dans une épaisse forêt, elle passe 
facilement d’un arbre sur un autre et parcourt souvent 
ainsi de grandes distances, en cheminant de branche 
en branche. Le long d'un mur, ce Serpent grimpe avec 
une agilité surprenante, car ilsait profiter de la moindre 


saillie, de la plus petite aspérité avec une adresse. 


remarquable. » (Brehm.) 
C'est grâce à cette faculté de pouvoir grimper sur les 


arbres qu’il s'empare très souvent de petits Oiseaux et | 
détruit leurs nids. Il se nourrit également de petits . 


Rongeurs, de Lézards et de Grenouilles. La femelle 
pond généralément de 12 à 20 œufs. 


Le 


FU 


PAGLYPHODONTES 83 


Ce Serpent est très familier et s’habitue très facile- 
ment à la captivité. 

La Couleuvre d’Esculape habite le Midi de la France; 
elle remonte vers le nord et a été trouvée par Millet 
dans le département de Maine-et-Loire. À Fontainebleau 
on la rencontre au milieu des buissons poussant dans 
les terrains les plus pierreux et les plus arides. 

Elaphe à quatre raies (Z/aphis quater- 
radiatus. Gmel.). 

Cet Ophidien (fig. 3-4, p. 80) est un des plus grands 
Serpents d'Europe et atteint fréquemment une longueur 
de deux mètres. Sa tête est légèrement élargie près des 
tempes ; sa queue esttrès effilée. Son corps, d’une co- 
loration brune-jaunâtre, est sillonné dans toute sa lon- 
gueur par quatre raies brunes ou noires, deux sur 
chaque flanc, et parallèles entre elles. La tête est brune, 
avec deux lignes noires allant obliquement de l’œil à 
l'angle de la bouche. 

Cette Couleuvre habite dans les broussailles, au pied 
des buissons; elle se nourrit de Taupes, de Rats, de 
Souris, de Lézards et d'Oiseaux; on prétend même 
qu'elle pénètre dans les poulaillers pour dévorer les 
œufs des Poules. Absolument inoffensive, elle est très 
douce et très sociable. 

Elle n’habite que le Midi de la France où elle est 
assez rare. Lataste ne l’a pas trouvée dans la Gironde, 
quoique Millet dise l'avoir rencontrée dans le départe- 
ment de Maine-et-Loire. 


FAMILLE DES SYNCRANTÉRIENS 


Dans cette famille les Serpents ont toutes les dents 


84 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
lisses, distribuées sur une seule ligne, mais avec les 
dernières plus longues, sans intervalle libre au devant 
d'elles, Ces Reptiles ont, suivant les genres, des mœurs 
très variées : les uns grimpent sur les arbres, les autres 
habitentle voisinage des eaux, d’autres enfinrecherchent 
les lieux secs et arides. 

Cette famille est représentée en France par deux 
genres : 


4 


Genre Eropidonotus (Dum.etBibr,), Fropidonote 


Les animaux de ce genre ont les mächoires longues, 
les crochets de la màchoire supérieure formant une 
série longitudinale continue; les écailles du dos, et le 
plus souvent celles des flancs portent une ligne saillante 
ou une sorte de carène. La tête est aplatie en dessus, 
plus ou moins élargie en arrière ; la queue est moyenne 
et assez effilée. 

Les Tropidonotes habitent le voisinage des eaux et 
peuvent nager avec agililé. 

On en trouve en France trois espèces : 

Tropidonote à collier (7ropidonotus natrir. 
Dum. et Bibr..). | 

Ce Serpent est le véritable Lype de nos Couleuvres ; 
c’est aussi l'espèce la plus commune et la plus répandue 
en France. Elle a la tête large; le museau obtus, la 
queue assez courte, conique, arrondie et médiocre- 
ment effilée. | 

Cette Couleuvre est surtout caractérisée par deux 
taches triangulaires d’un noir profond, généralement 
placées derrière un collier de couleur claire sur la 
nuque, Ce collier, jaune-pâle ou orangé, quelquefois 


86 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
rougeâtre, a fait donner à ce Serpent le nom de Cou- 
leuvre à collier. Le dessus de la tête est brun roux; le dos 
et les flancs ont une teinte verdâtre et présentent 
quatre séries longitudinales de taches brunes de forme 
irrégulière. Le dessous du corps est d’un noir bleuâtre 
ou verdätre. 

Le Tropidonote à collier recherche les prairies 
humides, les bois ombragés et marécageux, le bord 
des fossés. Il s'établit souvent près des habitations , 
surtout pendant la mauvaise saison, s’introduit dans la 
paille ou dans le fumier et s'y creuse une galerie pour 
hiverner. 

Cette Couleuvre va facilement à l’eau et peut traverser 
à la nage un étang ou un bras de rivière. Elle plonge 
également lorsqu'elle est poursuivie ou qu'elle veut 
atteindre une proie. Elle se nourrit d’Oiseaux, de petits 
Mammifères et surtout de Batraciens; elle semble pré- 
férer à tout le Crapaud commun et la Grenouille rousse; 
elle dévore aussi les Tritons. 

« Par quelque point qu'une Grenouille ait été saisie 
à l’aide des dents aiguës de la Couleuvre, que ce soit 
par une des pattes de devant ou de derrière, ia Gre- 
nouille est un animal perdu. Le pauvre Batracien se 
débat, mais en vain; il fait parfois des efforts tels que 
la Couleuvre est entraînée, il faut que la proie soit bien 
grosse pour ne pas être déglutie et c’est réellement un 
spectacle pénible que de voir la Grenouille, bien vi- 
vante, avancer lentement, mais sûrement dans la 
gueule de son inexorable ennemi. Lorsqu'elle est ef- 
frayée, la Couleuvre vomit sa proie et nous avons 
plusieurs fois vu un Crapaud ou une Grenouille tout 


dl ; 


AGLYPHODONTES 81 


récemment déglutis sortir pleins de vie et se mettré 
à courir et à sauter comme s'il ne leur était rien arrivé 
de fächeux. » (Brehm.) 

Cette espèce, que l’on nomme dans certaines parties 
de la France Couleuvre des dames et Serp en patois, est 
une de celles dont l’hibernation dure le moins long- 
temps : on la rencontre encore par les belles journées 
de novembre et elle reparait dès les premiers jours de 
mars. 

Elle dépose ses œufs, au nombre de 9 à 15, dans les 

tas de fumier, dans les étables, partout où elle trouve 
réunies la chaleur et l’humidité nécessaires à leur 
développement. Ces œufs ressemblent à des œufs de 
pigeon, mais en diffèrent par leur coque molle et par- 
cheminée ; ils sont reliés entre eux par une matière gé- 
latineuse et sont disposés comme les grains d’un 
collier. 

Plus que tous les autres Serpents, la Couleuvre à 
collier a été le sujet de fables ridicules : nous avons dit 
qu'elle s’introduisait dans les habitations et dans les 
étables aux époques de la ponte et de l’hibernation. On 
a prétendu que, très avide de lait, elle ne pénétrait 
dans ces lieux que pour téter les Vaches; on l'aurait 
souvent trouvée enroulée autour des jambes des Vaches 
et des Chèvres pour les traire, les épuisant au point de 
faire couler le sang : chez les animaux traits ainsi le 
lait se tarissait et prenait une teinte bleue tant que la 
bête qui Le fournissait servait de nourrice au Serpent. 

« Dépourvue de lèvres charnues, dit Fatio, la bouche 
de nos Serpents est incapable d’envelopper suffisam- 
ment le pis de la Vache ou de la Chèvre pour en extraire 


R 


' 


88 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

le lait. Du reste les dents de l’Ophidien, recourbées en 
arrière, pourraient difficilement lâcher prise après un 
écarlement nécessairement aussi grand des deux 
mâchoires, et la bête tétée ferait certainement de belles 
ruades au sentiment des nombreuses piqûres produites 
par ces petits crochets acérés sur des parties aussi déli- 
cales. » 

On a prétendu aussi que cette Couleuvre s’introdui- 
sait par la bouche dans le corps des paysans qui dor- 
maient étendus sur l'herbe et que, pour l'en faire sortir, 
on profitait de son goût pour le lait en l'attirant par la 
vapeur du lait bouilli que l’on approchaïit de la bouche 
de celui dans le corps duquel elle s'était glissée. Il est 
superflu d’insister sur l’absurdité de pareils contes. 

Le Tropidonote à collier est le plus inoffensif de nos 
Serpents et peut être conservé facilement en captivité ; 
c'est à peine s’il cherche à mordre la main qui le saisit ; 
son seul moyen de défense consiste à lancer par l'anus 
un liquide visqueux qui répand une odeur répugnante. 

Cette espèce est très commune en France et toutes 
les faunes locales la mentionnent. 

Tropidonote vipérin (7ropidonotus viperinus. 
Dum. et Bibr.). 

Cette Couleuvre (fig. 7-8, p.80) doit son nom à sa res-. 
semblance avec la Vipère, ressemblance si grande 
qu'elle causa à M. Dumeril une méprise funeste : ce 
savant professeur d’'Herpétologie saisit imprudemment 
dans la forêt de Sénart une Vipère berus en croyant 
s'emparer d’une Couleuvre vipérine. 

La tête de ce Serpent est moins large en arrière et … 
un peu plus conique en avant que celle du Tropidonote 


dé 


AGLYPHODONTES 89 


à collier; le cou est moins brusquement accentué; les 
plaques céphaliques couvrent à peine les trois quarts 
de la longueur de la tête. « Lorsque l'animal veut 
mordre ou qu'il est irrité, cette têle longue et étroite 
change subitement de proportions : les muscles de la 
joue se contractent et deviennent saillants, les os tym- 
paniques s’écartent fortement à droite et à gauche, et 
alors elle se présente large en arrière et échancrée en 
cœur de carte à jouer, comme la tête de la Vipère. » 
{Lataste.) 

Sa coloration est tellement variable que l’on ne peut 
trouver deux individus exactement semblables; on re- 
marque généralement sur la ligne médiane du dos une 
série de taches brunes ou noirâtres, soit contiguës, soit 
disposées en zigzag, comme chez la Vipère; une autre 
série de taches brunes existe sur le milieu des flancs; 
la joue est traversée obliquement par une large bande 
jaunâtre qui vient se réunir entre les deux yeux avec la 
bande du côté opposé ; deux bandes jaunes bordent ces 
taches en forme de V renversé, séparées entre elles par 
des bandes jaunâtres. Le dessous du corps est jaune 
plus ou moins couvert de taches d’un noir bleuâtre, 
disposées en séries assez régulières. Les écailles sont 
fortement imbriquées et très nettement carénées. Les 
mâles ont ordinairement le corps plus délié, la queue 
plus longue que les femelles. 

La Couleuvre vipérine, dont la longueur dépasse ra- 
rement un mètre, se rencontre quelquefois dans les 
champs, au bord des fossés. Elle est essentiellement 
aquatique et recherche les mares remplies de nénuphars 
et d’autres plantes d'eau, où elle est difficile à capturer. 


90 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

« Une mare sur laquelle vous n'apercevez rien en con- 
tiendra quelquefois une quantité prodigieuse. J'avais 
vu plusieurs Couleuvres rentrer prestement dans leurs 
trous à mon aspect et je n'avais pu en prendre aucune, 
quand j'eus l’idée de m’arrêter auprès d’une petite 
mare voisine. Je me cachai derrière un tronc d'arbres 
et j'attendis immobile. Au bout de quelques instants, 
la mare m'apparaissait couverte de têtes de Serpents 
fort éveillées, allant et venant dans tous les sens. Au 
moindre mouvement de ma part toutes ces têtes dis- 
paraissaient subitement sous l’eau et restaient plus ou 
moins longtemps à reparaitre. Quelquefois une Vipé- 
rine, m'apercevant immobile, s’arrêtait, reposait sa 
Lêle sur une feuille de nénuphar et me regardait long- 
temps, puis, satisfaite de son examen, elle reprenait 
sa promenade. Plusieurs vinrent passer à mes pieds, 
J'étais armé d’une canne, j'essayais de les frapper tout 
d’un coup quand elles étaient bien à portée, mais leur 
fuite était si rapide que je n’en pus atteindre qu'une 
seule. Bien souvent, depuis, j'ai vu des Couleuvres de 
cette espèce plonger à mon spproche; j'en ai vu plu- 
sieurs fois ramper au fond de l’eau et j'en ai même saisi 
avec la main, quand l’eau était peu profonde et quand 
une température moins élevée paralysait un peu leur 
activité. » (Lataste.) 

La Vipérine se nourrit de Grenouilles, de petits 
Poissons, d’Insectes, de Vers et ne dédaigne pas les 
petits Mammifères et les Oiseaux qui passent à sa 
portée. Très sociable, elle vit toujours en compaguie 
nombreuse de ses congénères. La femelle pond de 
45 à 20 œufs, semblables à ceux du Tropidonote à 


FN 


AGLYPHODONTES 91 


collier. mais un peu plus allongés. Elle dépose ses œufs, 
de la fin de mai au commencement de juillet, dans un 
endroit chaud et humide, sous la mousse ou entre les 
pierres, ou encore à une petite profondeur sous la terre 
meuble au bord de l’eau. 

Cette couleuvre hiverne dans la vase, dans les vieux 
troncs d'arbres ; elle est inoffensive et‘ lorsqu'elle cher- 
che à mordre, c'est tout au plus si élle produit sur la 
main qui la saisit des égratignures sans danger. Toute- 
fois, sa grande ressemblance avec la Vipère doit rendre 

. prudent lorsqu'on veut s'emparer d'elle ; on peut 

. toujours la reconnaître, même à une certaine distance, 
à ses formes un peu moins ramassées, aux taches en 
damier de son ventre et surtout aux plaques céphali- 
ques qui recouvrent sa tête. 

Cette espèce, moins répandue que la Couleuvre à 
collier, est très commune dans certaines parties de la 
France, principalement dans le Sud et le Sud-Ouest ; 
dans le département de l'Hérault on la rencontre fré- 

. quemment dans les pierres au bord de la petite rivière 
. de l’Orbe. 

Le Tropidonote Chersoïde |7ropidonotus 
Chersoïdes. Dum. et Bibr.) qui a été élevé par quelques 
auteurs au rang d'espèce, n’est, en réalité, qu'une 
variété de l'espèce précédente. 

Cette Couleuvre à la tête plate, large en arrière, 
pentagonale. Le profil est remarquable par le proémi- 
nence de la lèvre supérieure ; le museau est arrondi, le 
cou bien plus étroit que la tête, le tronc assez effilé, 
« IL est aisé, dit Lataste, de ramener au même type le 
dessin de la robe du Tropinodote Chersoide et celui du 


FR 


92 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
Tropidonote vipérin. La série de taches ocellées des flancs, 
la double série des taches du dos, les taches quadrila- 
tères du ventre peuventse retrouverchez tous les deux. 
Chez le Tropidonote Chersoïde les taches du dos sont 
rembrunies, élargies, fondues ensemble ; celles des 
flancs se sont également foncées et agrandies et la bor-. 
dure du dos, dépourvue de toutes taches obscures, s’est 
dessinée en une ligne jaune fort distincte sur un fond. 
noir. Il ne me reste donc plus le moindre doute sur li- 
dentité parfaite de ces deux prétendues espèces. » 

Cette Couleuvre habite quelques localités du Sud et 
du Sud-Ouest de la France, mais elle est beaucoup plus 
rare que la Vipérine, 

Tropidonote Tessellé (7ropidonotus tessel- 
latus. Wagl.). 

Cette espèce (fig. 5-6, p.80) diffère du Tropidonote vipé- 
rin par sa tête plus petite, plus allongée, plus étroite en 
arrière et plus accuminée en avant, le cou est moins dis- 
ünct, le tronc plus élancé, la queue un peu plus longue. 
Sa coloration est grise-verdätre ou olivätre en dessus, 
avec des taches noires alternantes sur le dos et un grand 
V renversé, plus ou moins apparent, sur la nuque. La 
coloration de cette espèce est, d’ailleurs, assez variable. 

Cette Couleuvre, qui a été confondue avec la Vipérine 
habite le voisinage des eaux, dansles mares etles ruis- 
seaux. Elle nage et plonge avec agilité. Sa nourriture 
consiste en Grenouilles, Tritons et petits Poissons. 
Leste et gracieuse dans tous ses er Er elle est 
complètement inoffensive. 

Le Tropidonote tessellé n’habite que le Midi de la 
France où il est peu commun. 


AGLYPHODONTES 93 


Genre Coronella (Laur.), Coronelle 


Les représentants de ce genre ont les dents lisses, le 
tronc allongé; la tête plutôt petite, courte et assez 
peu distincte du cou est recouverte de grandes plaques 
céphaliques ordinairement au nombre de neuf; la 
queue est de moyenne longueur, conique et médiocre- 
ment effilée; le museau est arrondi et peu allongé, 

Les Coronelles recherchent généralement les lieux 
secs et arides, les broussailles, les terrains rocailleux, 

Deux espèces appartiennent à la Faune française : 

. Coronelle lisse (Coronella lœvis, Lacép. Coronella 
> Austriaca, Lam.) 

Cette Couleuvre a la tête courte et légèrement élargie 
en arrière, le cou peu rétréei, Sa coloration, assez 

. variable suivant les individus, est généralement rousse 
+ ou olivätre à reflets brillants sur tout le dessus du 
corps, avec des marbrures noirâtres formant deux 
- séries longitudinales et parallèles ; une ligne de cou- 
* leur foncée, partant de la narine, passe au-dessus de 
- l'œil et va rejoindre les points noirs qui se trouvent 
le long des flancs. Le dessus de la tête est orné de 
points noirs très rapprochés les uns des autres; deux 
. larges taches brunes se remarquent sur les pariétales, 
. Le dessous du corps est jaune, lavé de gris, avec des 
taches et des points bruns plus ou moins apparents et 
. mal définis ; le ventre est parfois presque noir, Les 
yeux sont petits et enfoncés, avec l'iris jaune dans sa 
. partie supérieure, brunâtre dans sa moitié inférieure, 
La Coronelle lisse atteint de 0 m, 60 à 0 m, 70 de. ms 
longueur, On la trouve rarement dans les terrains hu- “ 


— ne mg 2e meme en > us du 08 gun à à anne cotes mme À 


93. 


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oronelle 1] 


C 


1 
AGLYPHODONTES 95 


mides ; elle préfère les lieux arides, les champs rocail- 
leux. 

«Souvent on la rencontre traversant la poussière des 
chemins à la chasse des Lézards et des Orvets qui cons- 
tituent sa principale nourriture et qu’elle tue en les 
étreignant entre ses replis musculeux. Elle avale quel- 

| quefois des Insectes ; par contre, elle prend beaucoup 

. plus rarement de petits Mammifères à cause de l’exten- 
sion trop faible de sa cavité buccale qui limite forcé- 
ment le volume de ses proies. » (Fatio.) 

Cette espèce est ovovivipare et fait annuellement de 

. 10 à 12 petits qui, généralement, brisent la coque de 
l'œuf aussitôt qu'ils sont pondus, mais devancent quel- 
quefois ce moment et sortent vivants du corps de leur 
mère. 

La Coronelle lisse hiverne en automne dans des gale- 
ries souterraines, d’où elle sort d’assez bonne heure au 

. printemps. Très irascible, elle cherche à mordre avec 
fureur lorsqu'on veut la saisir, mais sa morsure est 
sans danger. 

Son caractère hargneux et la ressemblance qu’elle 
offre de loin avec la Vipère sont cause de la guerre 

acharnée que lui font les habitants de la campagne 

qui la considèrent à tort comme un serpent veni- 
meux. 

Elle habite une partie de l’Europe moyenne et méri- 
dionale et dans les Alpes elle monte jusqu’à l’altitude 
de 1.200 mètres ; on la rencontre dans une partie de la 
France et elle a été signalée dans les départements dela 
Gironde, de la Charente-Inférieure, de la Vienne, de 
Maine-et-Loire, de l’Yonne et du Jura. | 


7 L'OPT CRE 
k 


96 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


- Coronelle Bordelaise (Coronella Girundica. \ 
Dum. et Bib.). 

Cette espèce, très voisine de la précédente, en diffère 
par certains caractères: sa tête est petite, elliptique; le 
museau est arrondi, tronqué obliquement de haut en 
bas et d'avant en arrière. Le tronc est recouvert de 
vingt et une rangées d’écailles, au lieu de dix-neuf chez 
la Coronelle lisse. Sa queue est courte, diminuant rapi- « 
dement de diamètre. : 

« La tête est d’un gris-roux pâle, tout semé de petits 
points très rapprochés et présente, vue obliquement, 
des reflets irisés bleuâtres : le bout du museau est taché w 
-de noir, Une ligne assez nette, noire, forme un arc à « 
concavité postérieure, en passant d’un œil à l’autre; cet 
arc se continue en arrière de l’œil par un trait oblique, M 
il se poursuit tout le long des flancs par une série de ; 
taches brunes, effacées, peu perceptibles. Deux autres « 
traits se voient encore sur les côtés de la nuque et le 
haut du cou et se continuent sur le haut du corps par 
deux séries parallèles et juxtaposées de taches quadri- | 
latères; ces taches, tantôt, arrivant au même niveau, À 
forment des bandes transversales, tantôt alternent 
entre elles, figurant quelquefois la ligne sinueuse du 
dos de la Vipère. Chaque écaille du dos, sur un fond. 
gris perle, présente un semis de petits points noirs et. 
de points rouges brillants et comme saillants. Si les 
points rouges dominent, ce qui arrive fréquemment, la 
teinte générale est rougeàtre, ce qui a valu à l'espèce 
le nom de Coluber rubens (Gachet). Si les points sont 
noirs, la teinte générale est grisâtre. » (Lataste.) 

La Coronelle Bordelaise attéint de 0: m. 50 à 0 im, 80 


SM dat La x 
P” 


AGLYPHODONTES 97 


de longueur; ses mœurs sont celles de la Coronelle 
lisse. On prélend qu’elle exhale une odeur de poisson 
très désagréable, surtout quand on l’inquiète ou qu’elle 
est exposée aux ardeurs du soleil. Complètement inof- 
fensive, elle est encore une victime des habitants de la 
campagne qui, à cause de sa coloration, la confondent 
avec la variété rouge de la Vipère. 

Elle habite le Midi de la France, mais ne remonte 
guère plus haut que la Charente-Inférieure. 


FAMILLE DES DIACRANTÉRIENS 


Cette famille diffère de la précédente en ce que tous 
les crochets sont lisses, les deux derniers plus longs et 
séparés de ceux qui les précèdent par un espace sans 
crochets. Les représentants de cette famille sont ter- 
restres, arboricoles ou aquatiques. 

Nous n’en possédons en France qu’un seul genre. 


Genre Zamenis (Wagl.), Zaménis 


Les Zaménis ont le corps allongé, cylindrique, la 
queue iongue et très effilée, les écailles oblongues, lan- 
céolées, lisses, nombreuses et toutes semblables. 

La tête est oblongue, carrée, avec des plaques sour- 
cillières saillantes au-dessus de l'orbite : l’écusson 
central est étroit. 

Ces Ophidiens recherchent les lieux secs; très agiles, 
ils grimpent facilement aux arbres et se nourrissent de 
Reptiles, de petits Mammifères et mêmes d’Oiseaux. 


Ce genre n’est représenté en France que par une seule 
espèce : 


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É » 


4 


98 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

Zaménis vert-jaune (Zamenis viridiflavus. 
Dum, et Bib.). 

Dans cette espèce (fig. 1-2, p.99), la tête est oblongue, 
relativement peu élargie en arrière et de forme assez 
anguleuse, très plane en dessus et à pans latéraux 
presque verticaux; la mächoire inférieure est plus 
courte et plus arrondie en avant que l'antérieure; le 
museau est obtus et arrondi, le cou un peu plus étroit 


que la tête, l’œil grand et saillant; la paupière arrondie, : 


un peu allongée horizontalement, est entourée d’un 
cercle jaune vif; le reste est brun et faiblement sablé 
de jaune. La queue est très effilée et mesure près du 
tiers de l’animal entier. La femelle est plus grande que 
le mäle et a les proportions un peu moins allongées. 

Ce Zaménis, que l’on nomme généralement la Verte 
et jaune, atteint 1 m. 20 de longueur; c’est un des plus 
beaux Serpents d'Europe : le dos et les flancs sont d’un 
vert foncé avec le centre des écailles, en général, mou- 
cheté de jaune; on voit, en avant, quatre séries paral- 
lèles de grosses taches d’un brun foncé, disposées de 
telle façon que les taches brunes d’une série correspon- 
dent transversalement aux parties claires des deux 
séries voisines. Les taches jaunes des écailles sont fré- 
quemment disposées en lignes longitudinales, d'autant 


plus nettes et plus nombreuses, qu'elles se rapprochent : 


davantage de la queue, ce qui donne à l'animal un 
aspect rayé spécial à cette espèce. Le dessus de la tête 
est d’un noir bleuàtre, agréablement semé de lignes et 
de points jaunes; le dessous du corps est d'un blanc de 
porcelaine, à reflets légèrement verdätres. 

« C'est dans les lieux secs et rocailleux, couverts de 


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4 Cœlopéltis insignitus, p: 101, 


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100 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


broussailles, ou sur les lisières des bois bien exposés 
au soleil que le Zaménis se tient de préférence. Il ne 
fréquente pas les eaux, quoique nageant avec facilité. 
Il grimpe sur les buissons et même sur les arbres, où il 
recherche les nids d'oiseaux pour en manger les petits. 
Il se nourrit aussi de petits mammifères, mais, quoi- 
qu'il ait la bouche largement fendue, il paraît préférer 
les animaux d'un plus petit calibre, comme Lézards et 
Serpents. Jamais, parmi les nombreux individus de 
cette espèce que j'ai eu sous les yeux, je n'en ai ren- 
contré un seul ayant le corps renflé par une proie volu- 
mineuse, comme il arrive si souvent à la couleuvre à 
collier qui avale d’énormes Crapauds. Par contre, j'en 
ai vu un, que je venais de prendre, dégorger un Lézard 
gris; un autre avait un Orvet dans le corps.» Lataste.) 

Le Zaménis vert-jaune est très irascible, il se défend 
courageusement et mord avec rage, mais sa morsure 
est sans danger. C'est probablement son caractère 
irascible qui le fait redouter des habitants de la cam- 
pagne qui prétendent qu'il s'élance et bondit sur eux. 
Fatio, qui avait conservé un individu de cette espèce en 
captivité, dit qu’il ne lui avait Jamais pardonné la perte 
de sa liberté : « Retenu dans un grand vase en verre, il 
saluait toujours mon entrée dans la chambre par des 
sifflements stridents et se projetait inutilement en 
avant chaque fois que j’approchais. Sa haine était même 
si incurable que plusieurs fois, quand je lui rendais un 
instant de liberté dans la campagne, il se dirigeait 
directement sur moi pour me menacer et chercher à 


me mordre. » | 
La femelle pond, à la fin de juin ou en juillet, de, 


8 à 15 œufs qu'elle cache dans un trou chaud et bien 
abrité. 

Ce Serpent est commun dans le Midi et le Sud-Ouest 
de la France, où on le désigne sous le nom vulgaire 
de Liron. Rare dans le département de Maine-et-Loire, 
on ne le trouve pas dans la Loire-Inférieure. 


OPISTOGLYPHES 101 


ORDRE I. — OPISTOGLYPHES 


Duméril et Bibron ont créé l’ordre des Opistoglyphes 
« (à dents sillonnées en arrière) pour des Couleuvres 
“ dont la tête est creusée entre les yeux d’une fossette 
. profonde; les écailles qui recouvre le corps ne sont pas 
| . carénées el disposées suivant quinze à dix-neuf rangées. 
Les dernières dents de la mâchoire supérieure sont 
plus longues que les autres; la mâchoire postérieure 
est sillonnée. 
Nous ne possédons en France qu’une seule famille de 
cet ordre. 


FAMILLE DES PSAMMOPHIDÉS 


- Jan a réuni dans cette famille des Couleuvres dont 
… les caractères généraux ont été indiqués ci-dessus. Un 
Fe 

; seul genre appartient à la Faune française : 


Genre Cæœlopeltis (Wagl.), Cœlopeltis 


— Ces Couleuvres ont la tête haute, nettement concave 
… au devant des veux, le museau relativement court, les 
… écailles du dos petites, finement striées, légèrement 
” concaves chez les adultes. 


%. 


102 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

Une seule espêce habite la France : 

Cœlopeltis où Couleuvre maillée (Colo 
peltis insignitus. Wagl.). 

Cette espèce (fig. 3-4, p. 99), plus connue sous le nom 
de Couleuvre de Montpellier, a le museau légèrement 
comprimé; les plaques sourcillères sont saillantes et 
font paraitre la têle excavée entre les yeux. 

Sa coloration générale est un brun-olivätre qui, sur 
le dos, prend une teinte rougeàtre. Des lignes d'un 
brun sombre, ornées de jaune, dont la forme et la dis- 
posilion sont très irrégulières, ornent la tête. La face 
supérieure du tronc et de la queue est marbrée de 
petites taches noirätres, bordées le plus souvent de 
Jaune; ces taches forment habituellement cinq, plus 
rarement sept séries longitudinales, plus ou moins 
nettes el disposées de telle sorte que les taches de 
chaque série alternent avec celles des séries voisines. 
On voit, en outre, sur les écailles des deux séries lon- 
gitudinales latérales les plus externes, des taches blan- 
châtres ou jaunâtres de forme irrégulière, disposées 
parfois en une bande onduleuse presque ininterrompue. 
Le dessous du corps est d'un blanc-jaunâtre. La colo- 
ration de cette Couleuvre est, du reste, assez variable. 

« Aux environs de Montpellier nous avons plusieurs 
fois observé le Cæœlopeltis dans les terrains arides et 
rocailleux ou poussent les Cistes aux fleurs odorantes, 
les charmantes Linaires et les purpurins Mélilots; nous 
avons également trouvé cette espèce le long des che- … 
mins creux exposés en plein soleil. La Couleuvre mail- 
lée nous a toujours paru être un animal assez agressif, 
qui, lorsqu'on fait mine de le saisir, se jette sur vous 


4 SOLENOGLYPHES 103 
en faisant entendre un sifflement aigu. Comme toutes 
. Les Couleuvres du reste, elle se hâte de fuir entre les 
pierres et les buissons lorsqu'on ne l’attrappe pas. Sa 
nourriture se compose de Souris, de Mulots, de Cam- 
pagnols, de Lézards, et trop fréquemment de petits 
« Uiseaux. » Brehm.) 

+ Dugès, qui a publié un intéressant mémoire sur cette 
Couleuvre (1), assure que sa morsure ne cause aucun 
. mal, bien que ce serpent possède une dent conique, 
- très pointue, beaucoup plus longue que les autres et 
F pourvue d'une gouttière longitudinale très marquée. 

— Le Cœlopeltis n’habite que le Midi dela France. Il est 
“ assez commun aux environs de Montpellier et de Nice. 


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SERPENTS VENIMEUX 


ORDRE DES SOLÉNOGLYPHES 


On donne le nom de Solénoglyphes (à dents creusées 
d'un canal en forme de tube) à un ordre d’Ophidiens 
“comprenant tous les Serpents venimeux et qui sont 
- caractérisés par une conformation particulière de la 
- mâchoire dont le maxillaire supérieur, très réduit, ne 
; porte pas d’autres dents que des dents venimeuses, sil- 
Jlonnées et percées d’un canal dans toute leur longueur, 
“tandis que le maxillaire inférieur et le palais sont 
-garnis de petites dents en crochets. Les dents veni- 


meuses sont coniques, à pointe acérée et recourbées 


(4) Ducës, Remarques sur la Couleuvre de Montpellier. (Ann. des 
sciences nat. 2° série, tome III, p. 137.) 


1 
10% HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
en arrière; elles sont implantées dans les os du 
maxillaire supérieur. Chacun de ces os est alors élargi, 
court, solide et ne porte qu'un seul crochet. Plusieurs 
autres crochets, libres et contenus dans une bourse, 
sont prêls à prendre la place du premier quand il se 
casse. La glande à venin est située immédiatement sous 
la peau, un peu en arrière de l’œil, et a un conduit qui 
vient déboucher à la base des crochets. Ces dents sont 
soudées sur le bord libre de l'os maxillaire qui se meut 
sur lui-même par un mouvement de bascule quand 
l’animal ouvre ou ferme la bouche, Lorsque le Serpent 
est au repos, les crochets sont rabattus contre la paroi 
externe du palais et enveloppés dans une gaine mem- 
braneuse de la gencive qui les recouvre complètement. 

Lorsque l'animal veut faire usage de ses crochets, 11 
redresse sa mâchoire supérieure à angle droit avec le 
cräne vers l'échine, les dents venimeuses font alors 
saillie et en même temps la glande renfermant le 
venin se trouve comprimée par des muscles qui se con- 
tractent dans ce mouvement; le venin se trouve ainsi 
poussé dans la dent el pénètre dans les plaies qu’elle a 
faites. En résumé, le Serpent ne pique pas, comme on 
le dit vulgairement : il projette vivement sa tête 
contre l’objet qu'il veut atteindre, y enfonce ses dents 
et les retire avec prestesse, laissant dans la plaie un 
principe empoisonné. 

Les Ophidiens de l’ordre des Solénoglyphes ont le 
tronc relativement trapu, à peu près cylindrique et 
légèrement renflé vers le milieu, la tête courte, large 
et aplatie, le plus souvent recouverte de petites 
écailles. Le museau est aplati, large, arrondi ou tron- 


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SOLÉNOGLYPHES 105 


_qué et retroussé. Les yeux sont ordinairement enfon- 


cés, à pupille allongée et verticale ; la queue est courte 
et conique. 

On ne trouve en France qu'une seule famille de Solé- 
noglyphes, représentée par un seul genre. 


FAMILLE DES VIPÉRIENS 


Les Vipériens ont une tête large et déprimée, un cou 
généralement rétréci, une queue courte et conique, une 
pupille toujours verticale. 


Genre Vipera (Laur.), Vipère 


Les Vipères sont des Serpents à corps lourd et trapu, 
à queue courte, à tête large, déprimée, nettement sé- 
parée du tronc. 

Ces reptiles sont vivipares ou ovovivipares et leurs 
petits, dès leur naissance, sont déjà doués du terrible 
venin. 

Les Vipères sont nocturnes et ne chassent guère 
qu'après le coucher du soleil; on les rencontre néan- 
moins pendant le jour, enroulées au soleil sous un buis- 


son Ou sur une pierre. 


« Dans nos climats toutes les Vipères semblent 
lentes et peu actives dans leurs habitudes ; elles restent 
constamment immobiles dans une sorte de torpeur, au 
moins pendant la journée. Elles sont comme engour- 
dies dans quelque coin, sous la mousse et sur les 
branches sèches où leur corps s’entortille et se fixe so- 
lidement pour se reposer et dormir. Quels que soient la 
durée de l'abstinence et le besoin présumé de la faim, 


106 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


il est rare qu'elles aillent au devant de leur proie. Elles 
l’attendent patiemment et paraissent même éviter de 
faire le moindre mouvement qui pourrait trahir leur 
présence; mais quand la victime est à une proximité 
telle que la distance réciproque semble avoir été préci- 
sément déterminée, on voit tout à coup le Serpent s'é- 
lancer par un mouvement rapide, prompt comme lé- 
clair. » (Brehm.) 

L'animal blessé tombe, éprouve des mouvements 
convulsifs et succombe rapidement, tant l'effet du ve- 
nin est rapide sur les animaux, principalement sur 
ceux à sang chaud, comme les petits Mammifères el 
les Oiseaux. 

Fontana a fait beaucoup d'expériences pour recon- 
naitre les effets délétères du venin de la Vipère sur les 
animaux : il a reconnu que le poison est sans action 
sur certains animaux inférieurs, tels que les Annélides, 
les Mollusques et certains Reptiles comme lOrvet et la 
Vipère elle-même ; mais sur les animaux à sang chaud, 
l'introduction du venin produit ses effets plus ou moins 
funestes, souvent suivis de la mort. Le Chien, la Chèvre 
et le Mouton succombent même assez souvent, s'ils ne 
sont pas soignés. Les Vaches et les Chevaux sont ma- 
lades et enflent fortement dans la partie mordue. D'a- 
près Fontana, un milligramme de venin de Vipère com- 
mune, introduit sous la peau d’un Moineau, suffit à le 
tuer, mais il en faut six fois davantage pour faire périr 
un Pigeon et, d'après son calcul, 15 centigrammes de 
venin seraient nécessaires pour tuer un homme, 

Les Vipères évitent l’homme et ne le mordent que 
lorsqu'elles sont surprises ou attaquées par lui. Ces 


SOLÉNOGLYPHES 107 


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É Tête de Vipère montrant l'organe venimeux. 

….| Muscle reliant les deux mâchoires. — 2 Glande à venin. — 


3 Muscle contractant la glande à venin. — 4 Dent percée d’un 
canal permettant l’écoulement du venin dans la blessure, — 
5 Fourreau de la langue. — 6 Langue. 


Disposition des mâchoires de la Vipère lorsqu'elle s’élance 
pour mordre, 


L a 


108 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
morsures peuvent être très dangereuses et même mor- 
telles selon le tempérament du sujet. On comprend 
aussi qu'une foule de circonstances peuvent faire varier 
l’action du venin, ainsi, par exemple, le fluide délétère 
pourra être sécrété en grande abondance, ou bien ne se 
trouver inoculé qu’en petite quantité : on a remarqué 
qu'une température élevée favorisant soit la sécrétion, 
soit l'absorption, les morsures du premier printemps 
et de l’arrière-saison sont généralement moins dange- 
reuses que celles de l'été. La morsure sera aussi plus 
dangereuse si elle a été faite sur certaines parties du 
corps; l'effet moral produit sur la personne blessée 
pourra avoir aussi plus ou moins d'influence. En géné- 
ral, la morsure est peu douloureuse au moment où elle 
vient d’être faite, mais le plus souvent elle est presque 
instantanément suivie d’une douleur très aiguë ; tantôt 
il n'y a qu'un seul crochet qui pénètre dans les chairs, 
tantôt ils y pénètrent tous les deux. 

Nous avons indiqué au commencement de ce volume, 
dans le chapitre consacré à la recherche des reptiles, les 
précautions qu’il était indispensable de prendre lors- 
qu’on avait été mordu par une Vipère. Quelques médi- 
caments anciens sont encore préconisés, tels sont la 
thériaque, l'huile d'olive, l'ammoniaque, l’eau de 
Luce, le savon de Starkey, etc. 

Les morsures de Vipère, indépendamment de l'en- 
flure qui en résulte, sont souvent suivies de défail- 
lances, de nausées, de frissons et d’assoupissement. Le 
professeur Duméril, qui avait été mordu par une Vi- 
père Péliade, fut pris de vomissements de bile, d’étour- 
dissements, de faiblesses et tomba en syncope. Les ac- 


# 


SOLÉNOGLYPHES 109 


ÿ 
cidents, très légers du reste, cessèrent complètement le 
 surlendemain. 
« La petite quantité de venin qui m'avait été inocu- 
… jée, dit Duméril, a déterminé chez moi, vieillard actif 
—_ et vigoureux, âgé de près de soixante-dix-huit ans, 
« des accidents assez graves et surtout une sorte d'in- 
… sensibilité momentanée assez grave pour donner à pen- 
é ser qu'une personne plus faible, plus jeune, et surtout 
- un enfant, aurait pu succomber à ces accidents, » 
Charras, Redi et Fontana ont fait de Ad 
- expériences bien connues sur l’action du venin des Vi- 


ÿ 
» 
à 


st d'une consistance à peu près oléagineuse; il est 

d'une couleur jaunätre ; sa saveur, d’abord faible, 
ù + laisse ensuite dans l'arrière-bouche une âcreté insup- 
$ portable ; mis dans l’eau, il va au fond; si on l'y mêle, 
à il la blanchit légèrement; mis sur des charbons ar- 
à dents, il ne brûle pas; il n’est ni acide, ni alcalin; en 
k se desséchant, il jaunit, prend un aspect gommeux et 
« forme des espèces d'écailles. 
- L'ancienne thérapeutique tirait beaucoup de médi- 
| caments de la Vipère, tels que la graisse, le sel volatil, 
; le vin et le bouillon de Vipère qui passaient pour être 
- toniques et fortifiants. Le corps de ce Reptile, après 
avoir été desséché et pulvérisé, était infusé dans du 

vin et employé comme remède souverain contre l’en- 
* flure ou météorisation des bestiaux; il est superflu 
d'insistér sur ces croyances absurdes. 

Le genre Vipère est représenté en France par trois 
. espèces ; l'existence de l’une d’elles, la Vipère ammodyte, 
mérite, toutefois, d’être confirmée. 


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pères. Ce venin, au moment où il vient d'être sécrété, 
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110 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
Vipère aspic (Vipera aspis. Dam. et Bibr.), 
Cette espèce est facile à reconnaitre à ses grands 

crochets perforés, implantés dans la mâchoire infé- 
rieure, à sa tête elliptique, allongée, à face supérieure 
complètement plane et pouvant dans certains moments 
s'élargir en cœur; le museau est tronqué carrément, 
avançant sur la màchoire inférieure ; l'œil est petit, 
enfoncé; le cou est très distinct, grâce à la largeur de 
la partie postérieure de la tête; la queue est courte, 
conique, décroissant rapidement. Les écailles qui recou- 
vrent le corps sont oblongues, imbriquées et carénées; 
l'extrémité de la queue est emboitée dans une écaille 
comme dans une sorte de cornel. 

La Vipère aspic peut atteindre jusqu'à 0 m. 70 de lon- 
sueur. Sa coloration est très variable : généralement le 
corps est lavé de brun, de roux, d'olivâtre, la teinte 
rousse prédominant. Parfois aussi la coloration varie 
du verdâtre, du noirâtre, ou du gris cendré au jaunâtre, 
au fauve, au rouge brique, teintes sur lesquelles des 
taches tranchent par leurs tons plus foncés. On re- 
marque sur la tête une ligne transversale brune, un 
peu concave antérieurement, quelquefois interrompue 
au milieu et joignant les bords antérieurs des deux yeux ; 
sur le vertex se trouvent des points, généralement au 
nombre de quatre ou de cinq, puis, plus en arrière, et 
au sommet de la tête, deux traits bruns placés obli- 
quement et convergeant dans la forme d’un V renversé. 
Sur la nuque existe une grande tache noire commençant 
la série des taches du dos qui forment, le plus souvent, 
une ligne sinueuse. Le dessous du corps est également 
très variable ; il est ordinairement gris d’acier ou noir. 


Aspic, Vipera aspis, — Vipère, Vinera berus, 


112 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Ces variétés de coloration ont fait diviser les Vipères 
par les chasseurs et les paysans en trois espèces : la 
grise, la rouge, et la noire ; ces deux dernières ontlarépu- 
tation, plus ou moins justifiée, d'être les plus dange- 
reuses. 

Les mouvements des Vipères sont lents et permettent 
de ne pas les confondre avec les autres Serpents inof- 
fensifs : tandis que les Couleuvres glissent rapidement, 
la tête élevée et en décrivant des sinuosités très allon- 
gées, la Vipère avance, le corps et la tête collés au 
sol, par des mouvements moins rapides qui tracent 
assez exactement un $S, dont les branches reviennent 
sur elles-mêmes. 

La Vipère aspic recherche les coteaux secs et rocail- 
leux inclinés vers le midi et couverts de ronces et de 
taillis. On la trouve moins dans les bois que le long 
‘ des haies, au voisinage des tas depierres et des roches. 
« C’est ainsi qu'aux environs de Paris, dans la forêt de 
Fontainebleau, on a surtout la chance de voir des Vi- 
pères dans les gorges d’Apremont, aux grands rochers 
si pittoresques et si bizarrement découpés, au milieu 
des genèvriers rabougris et des fougères odorantes, 
. dans les endroits où le sol est recouvert de fragments 
de grès et d’aiguilles de pin. L’Aspic craint la pluie et 
le froid et ne chasse guère par le mauvais temps, si ce 
n’est parfois avant l'orage, alors qu'elle est particu- 
lièrement irascible. Peu malineuse, elle ne se montre 
au printemps et à l'automne qu'après la disparition de 
de la rosée. Dès la fin d'octobre et dans les premiers 
jours de novembre, Vipère et Vipéreaux se retirent dans 
quelque galerie souterraine, sous la mousse, dans un 


creux d'arbre ou dans un vieux mur pour y attendre, 


TNT MORTE TETE TRT = 


L 72) 


PL RG RER TS NA 


SOLÉNOGLYPHES 113 


souvent enroulés en paquets et entrelacés entre eux, 
que les beaux jours viennent les rendre à la vie; l'hi- 
vernation cesse en général au milieu de mars et c’est 
alors que ces animaux se recherchent. » (Biehm.) 

Au printemps on trouve fréquemment les Aspics par 
couples, mâle et femelle et souvent même dans le cou- 
rant de l’élé; un jour, en chassant, je fus témoin d’un 
de ces accouplements : j'avais remarqué, de loin, sur 
les basses tiges d’un genêt une masse rougeätre que je 
pris, à première vue, pour un Ecureuil ; en m’appro- 
chant, je pus me convaincre que j'avais affaire à deux 
Aspics enroulées ensemble pour l’accouplement, les 
deux têtes reposant l’une sur l’autre; je me donnai la 
satisfaction de terminer brusquement, par un coup de 
fusil, les amours de ces deux reptiles. 

Les femelles mettent au monde, vers le commence- 
ment d'avril, des petits dont le nombre varie de 8 à 15 
et qui sortent vivants du corps de leur mère, entrai- 
nant après eux les débris des œufs dans lesquels ils 
étaient renfermés ; ces jeunes Vipéreaux mesurent, dès 
leur naissance, de 15 à18 centimètres de long. 

On a beaucoup exagéré le pouvoir de fascination que 
posséderait la Vipère ; il est toutefois un fait incontes- 
table, c'est que les chiens de chasse tombent en arrêt 


sur la Vipère comme sur le gibier, J’ai eu l’occasion 


d’être témoin oculaire de ce fait dans les circonstances 
suivantes : Par une belle journée d'automne je chassais 


- dans le département du Loir-et-Cher, lorsqu'en tra- 
versant, au milieu des bois, uneclairière abondamment 


tapissée de bruyères, mon chien se mit subitement en 
o 


114 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

arrêt; je m'attendais à voir partir une pièce de gibier 
que je m’apprêtlais déjà à tirer, lorsque le pauvre ani- 
mal se rejeta brusquement dans mes jambes en pous- 
sant un cri de douleur : il était en arrêt sur une Vi- 
père qui venait de le mordre à la lèvre supérieure. Je 
me hâtai de rentrer au logis et, quoique le trajet ne füt » 
que d’enviror quinze minutes, mon pauvre chien me 
suivit avec peine, secouant sans cesse sa tête qui était 
déjà horriblement tuméfiée. Dès mon arrivée, j’exami- 
nai la pluie et je constatai la présence des deux points 
rouges où avaient pénétré les crochets de la Vipère; 
la plaie était enflammée et présentait, sous la pression 
du doigt, un bourrelet très dur entourant les traces de 
la morsure. Je débridai la plaie à l’aide d'un canifet je 
la cautérisai avec de l’alcali. Je fis ensuite coucher 
l’animal qui refusa toute nourriture pendant trois jours, 
se contentant de boire du lait ; le quatrième jour il se 
leva et le lendemain, quoique affaibli, il put se re- 
mettre en chasse. 

La Vipère aspic se nourril de petits Mammifères ou 
d’'Oiseaux qu’elle empoisonne avant de les avaler. Elle 
a de nombreux ennemis parmiles animaux : les Rapa- 
ces diurnes et nocturnes, les Cigognes, les Corbeaux 
qui s’en emparent adroitement, en évitant sa morsure. 
Le Hérisson passe pour être l'ennemi naturel de la 
Vipère, et, gräce à sa faculté de pouvoir s'enrouler de 
facon à ne présenter qu'une boule hérissée de pointes, 
il redoute peu le venin du Reptile; on devrait, pour 
cette raison, ne pas détruire ce mammifère, qui est, . 
d’ailleurs, un puissant auxiliaire des agriculteurs par la 
chasse active qu'il fait aux Insectes et aux Limaces. 


Mais la Vipère n’a pas d’ennemi plus acharné que 

l'Homme et ce n'est que gräce à la guerre continuelle 
qui lui est faite dans certaines parties de la France que 
. l'on est parvenu à arrêter la propagation de ce dange- 
| reux Reptile, dont la tête est mise à prix dans quelques 
- départements : le docteur Viaud-Grand-Marais rapporte 
qu'une chasseresse de Vipères de la Vendée tuait, en 
- moyenne, 2062 de ces animaux, ce qui lui faisait une 
* rente de 515 francs bon ou mal an. La Côte d'Or et le 
Poitou sont également infestés de Vipères : en 1865 
le conseil général de Dijon a alloué un crédit de 
1848 fr. 40 pour la destruclion de 26,161 Vipères à 
raison de O fr. 30 par animal. Dans les Deux-Sèvres 
une somme de 13,965 fr. 50 aurait été allouée en prime 
de 0 fr. 25 centimes pendant les années 1864 à 1868, ce 
qui représente le chiffre énorme de 55,462 Vipères 
_ détruites en cinq ans dans ce seul département. Dans 
le courant de l’année 1889, 1163 Vipères ont été dé- 
truites dans cinq communes de l’arrondissement de 
Bressuire. Une seule personne à tué 112 Vipères dans 
la commune de la Ronde. 

Assez rare dans le Nord-Ouest de la France, on ren- 
. contre la Vipère aspic dans l'est et à peu près dans 
toutes les autres parties de la France. 

Vipère péliade (Peas berus. Dum. et Bibr.) 
“fig. 5-6, p. 99). 
Merren à distrait cette espèce du genre Vipère pour 

en former le genre Pelias adopté par la plupart des 
. Herpétologistes modernes; cette distinction entre ces 
deux genres est fondée sur la présence chez l’un, 
l'absence chez l’autre de trois plaques sur le milieu de 


SOLÉNOGLYPHES 115 


ANS és PT OR 


116 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

la tête, partout ailleurs recouverte de petites squam- 
mes. Ces caractères ne sont pas très constants et si le 
Pelius berus etla Vipère aspic sont deux espèces très voi- 
sines, quoique parfaitement distinctes, les différences 
qui les séparent ne nous paraissent pas assez sen- 
sibles pour justifier le classement de ces deux espèces 
dans deux genres différents. 

La Vipère péliade est très variable dans la taille, 
dans les proportions et dans la coloration : le corps 
est épaissi dans la région du cou, très aminci dans 
le dernier tiers, de manière à se continuer directement 
avec la queue qui est courte. 

La tête est assez allongée, moins séparée du cou que 
chez la Vipère aspic, assez aplatie, doucement arrondie 
en avant. 

La coloration de cette espèce est très variable et le 
seul caractère constant est la présence d’une ligne 
noire ou brune flexueuse sur le dos ; elle est parfois in- 
terrompue, de distance en distance, de manière à for- 
mer des taches le plus souvent irrégulières, parfois 
séparées, parfois réunies entre elles parune ligne mince. 
La teinte générale du corps varie du gris au noir et on 
trouve chez la Péliade les mêmes variétés : grise, 
rouge ou brune, que l'on rencontre chez la Vipère 
aspic. 

La tête est généralement tachetée d'une manière 
constante : le dessus est orné de deux lignes longi- 
tudinales, entourées de taches et de raies, souvent 
reliées entre elles par une tache de mème couleur et 
s'écartant en arrière en forme de triangle dont le 
sommet est dirigé en avant. Le dessous du corps est le 


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4 


Le. 


LL Er. 


SOLÉNOGLYPHES 117 


plus souvent gris sombre ou noirâtre. L'œil est grand, 


arrondi; la couleur de l'iris est habituellement un 


rouge peu ardent. 


La Vipère péliade, dont la longueur est de O0 m, 35 
à 0 m. 45, habite les landes, les bois, les pentes pierreu- 
ses, les parois de rochers recouverts de broussailles, 
« Elle préfère par-dessus tout des cavités se trouvant 
sous des arbres déracinés, des amas de pierres, des 
trous de Taupes ou de Souris abandonnés, un terrier 
de Lapin, des fentes de rochers, des endroils aux envi- 
rons desquels existe une petite clairière bien exposée 
aux rayons du soleil auxquels se chauffe fort volontiers 
l'animal. On trouve cette Vipère, pendant le jour, 
constamment aux environs de son repaire; elle y re- 
tourne et s’y cache au moindre danger. » (Brehm.) 


Ce Serpent n’est pas pour cela un reptile diurne et ce 
n'est réellement qu'avec la crépuscule que commence 
toute son activité. 


La Péliade se nourrit de petits Mammifères : de 
Taupes, de Musaraignes, de Mulots, et même de petits 
Oiseaux, mais rarement de Lézards et de Grenouilles. 

La femelle pond en août et en septembre; les jeunes 
Péliades, à leur naissance, sont déjà longues de 23 cen- 
timètres. 

Cette Vipère, très commune dans certaines parties 
de l’Europe, et surtout en Allemagne, n’est pas rare en 


France, principalement dans la région de l'Ouest, où 


elle est commune en Normandie et dans la Vendée. 


Vipère ammodyte |Vigera ammonytes. Latr.). 
Nous donnons à titre de renseignements la descrip- 


7 _—— LS Puis 
L 
LA 


118 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE s 
tion de cette espèce (fig. 7-8, p. 99) dont l'existence 
en France mérite confirmation. 

Cette Vipère, dont les formes générales sont celles 
de l’Aspic, est facile à reconnaître à son museau relevé 
en pointe molle couverte de petites écailles. Le dessus 
de la tête qui est aplati, est également protégé par des 
écailles, ainsi que le tronc, où elles sont disposées 
suivant vingt et une ou vingt-trois séries. 

La coloration est aussi variable que celle des deux 
espèces précédentes : le corps est le plus souvent d’un 
jaune brun, quelquefois relevé de rouge. Le ventre est 
jaunâtre, tacheté et ponctué de brun ou de noir. 

L’Ammodyte recherche les lieux montueux, arides et 
pierreux, bien exposés ausoleil. Sa nourriture consiste 
en petits Mammifères, en Oiseaux et en Lézards. 

Cette Vipère, que l’on trouve communément dans le 
Tyrol, est si rare en France que son existence y est con- 


testée; mais plusieurs naturalistes prétendent l'avoir 
trouvée dans le Dauphiné. 


BATRACIENS 


Les Batraciens ont été longtemps confondus avec les 
autres Reptiles, dont ils sont cependant séparés par 
des caractères très sensibles. Les Reptiles, en effet, à 
toutes les périodes de leur existence, respirent l'air en 
nature au moyen de leurs poumons, tandis que les Ba- 


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4 BATRACIENS 119 


traciens respirent, par des branchies, l’air dissous dans 
l’eau, au moins pendant les premiers temps de leur vie. 
Ils subissent, en outre, dans le jeune âge des métamor- 
phoses qui n'existent pas chez les Reptiles proprement 
dits. Leur existence, alors, est celle des Poissons et ils 
sont exclusivement aquatiques. Les petits des Gre- 
nouilles, des Crapauds, que l’on désigne sous le nom de 
Tétards, n'ont aucune ressemblance avec leurs parents : 
ils ont le corps mince et allongé, dénué de pattes et de 
nageoires, la tête volumineuse. Ils vivent dans les 
mares, dans les eaux stagnantes où ils se transforment 
peu à peu. Leurs membres et leurs poumons se déve- 
loppent, leurs branchies s'atrophient et insensiblement 
ils arrivent à une organisation nouvelle qui leur permet 
de changer leur vie aquatique pour un autre mode 
d'existence ; ils deviennent alors amphibies et peuvent, 
à leur guise, vivre sur terre ou se réfugier dans l’eau, 
leur premier élément. 

Tous les Batraciens émanent d'œufs qui sont généra- 
lement petits, gélatineux et enveloppés d’une épaisse 
mucosité. ; 

« On peut dire de la grande majorité des Batraciens 
que ce sont des animaux aquatiques, mais autant ils 
recherchent les eaux douces, autant ils s’éloignent, en 
général, des eaux salées ou même saumâtres. Ils sont 
destinés à vivre dans l’eau, au moins pendant une 
partie de leur existence. La respiration cutanée, si ac- 
tive chez eux, nécessite pour tous une atmosphère hu- 
mide ; là où le désert établit son empire, on peut être 
certain de ne pas trouver de Batraciens. Ces animaux 
n'existent qu'aux endroits où se trouve de l’eau, soit 


* 


120 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

d'une manière permanente, soit temporairement. 
Lorsque les flaques dans lesquelles ils vivent viennent 
à se dessécher, les Batraciens s’enfouissent profondé- 
ment dans la vase et y dorment d'un sommeil qui res- 
semble à la mort, pour ne se réveiller qu'avec l’appari- 
tion de l'humidité. La vitalité chez les Batraciens dé- 
passe ce que l’on voit chez tous les autres Vertébrés ; 
ils peuvent continuer à vivre pendant fort longtemps 
après qu'on leur a retranché des organes importants et 
reproduire les parties de leur corps qu'ils ont perdues. 
Chez beaucoup de Batraciens les membres mutilés se 
reproduisent avec de nouveaux os et de nouvelles arti- 
culations, à condition, toutefois, comme l’ont démontré 
les expériences de Philippeaux, que l’on n'enlève pas 
le segment supérieur du membre. Des lésions aux- 
quelles succomberaient certainement les autres Verté- 
brés paraissent à peine incommoder les Batraciens. 
Chez certains d’entre eux on peut couper la tête, en- 
lever une partie de la colonne vertébrale, sans que 
l'animal périsse de suite; bien plus, le cœur d’un Cra- 
paud ou d'une Grenouille, détaché de la cavité thora- 
cique, continue à battre longtemps, pourvu qu'il soit 
maintenu dans un milieu suffisamment humide. » 
(Brehm.) 

On a beaucoup exagéré le danger du venin des Ba- 
fraciens, surtout des Crapauds et de la Salamandre 
terrestre. On ne peut dire que ces animaux soient com- 
plètement inoffensifs, car ils sont, en réalité, pourvus 
de glandes qui sécrètent un véritable venin; mais ce 
fluide n’est dangereux que pour les animaux de petite 
taille. Lorsqu'on irrite un Batracien, il s'écoule des 


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pores qui criblent ses téguments un liquide visqueux 
- et blanchâtre, d’une odeur nauséabonde, qui peut pro- 
 duire des effets toxiques, peu sensibles chez les ani- 

maux à sang froid, tels que les Couleuvres et les Vi- 
* pères, qui avalent des Batraciens sans être incommodés. 
* Ce liquide est également sans action sur l'homme, 
- qu'un épiderme assez réfractaire à l'absorption protège 
. suffisamment; on a, tout au plus, une légère irritation 
- de la muqueuse des jeux, quand les doigts imprégnés 
le ce liquide ont été portés par mégarde sur celte 


BATRACIENS 121 


à partie. 
… Non seulement on constate la présence du venin chez 
le Crapaud, mais les Grenouilles, la Rainette elle- 


- même, que l’on touche avec moins de précautions, sé- 
- crètent ce liquide visqueux. 

k « Je ne m'amuserai pas, dit Lataste, à combattre 
; l'opinion du vulgaire qui croit ces animaux susceptibles 
“ de mordre ou de lancer un liquide empoisonné contre 
les gens qui les approchent de trop près. Les os des 
mächoires, très faibles et mus par des muscles très peu 
- puissants, sont incapables d'exercer une pression dou- 
loureuse sur une partie quelconque de notre corps, el 
leurs dents, quand ils en ont, sont trop petites pour 
percer notre épiderme. Quant au liquide qu'ils éjacu- 
lent lorsqu'on les effraie ou qu’on les tourmente, c'est 
de l’eau à peu près pure, tenue en réserve dans la 
vessie pour les besoins de l’économie et dont ils se dé- 


barrassent pour s’alléger et mieux fuir. » 

Les Batraciens subissent la mue comme les autres 
Reptiles, mais nous avons déjà dit que cette mue diffé- 
rait de celle des Sauriens et des Ophidiens, dont la 


MCE N ET PT) PONT " ah ht. 27. < 
{ L 


122 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
peau se détache d’une seule pièce, tandis que chez les 
Batraciens la peau tombe par lambeaux dont ces ani- 
maux se débarrassent par des mouvements saccadés, 
Les Batraciens vivent dans l’eau, sur terre ou sur les 
arbres; on peut dire que chaque espèce choisit son ha-« 
bitation selon ses goûts et les besoins de son organisa- … 
tion. 
La classification des Batraciens est basée sur leur « 
forme, qui est subordonnée elle-même à des mœurs ets 
à des habitats complètement différents : les uns, dans « 
l’âge adulte, sont dépourvus de queue et ont été nom-" 
més pour cette raison Batraciens Anoures (sans queue); « 
ils progressent par sauts, sont aquatiques ou terrestres, 
ces derniers n’allant, généralement, à l’eau qu’au mo- 
ment de la ponte (Crapauds, Grenouilles). Les autres 
subissent des métamorphoses incomplètes et sont es- 
sentiellement aquatiques; ils conservent leur queue à 
toutes les périodes de leur existence et ont été nommés 
Batraciens Urodèles (à queue distincte), tels sont les Sa- 
lamandres et les Tritons. 


BATRACIENS ANOÛURES 


Ces animaux sont, parmi les Batraciens, ceux dont . 
l’organisation est la plus complète: ils ont le tronc . 
large, court, déprimé et comme tronqué en arrière; la. 
peau est nue; les membres sont au nombre de deux à 
paires, les postérieurs toujours plus développés que les. 
antérieurs; tous les Anoures, en effet, sont disposés 


BATRACIENS ANOURES 123 
à pour le saut et pour la natation, ainsi qu’on peut en 
- juger par leur squelette, qui présente une disposition 
É toute spéciale : la colonne vertébrale est très courte 
ñ et se compose seulement de neuf vertèbres ; la tête est 
… osseuse et très aplatie; l’'humérus est solide, plus 
tordu chez les Crapauds que chez les Grenouilles. 
4 L'avant-bras se compose d’un os unique; le fémur est 
‘1 cylindrique, plus long chez les Batraciens sauteurs, 
… comme la Grenouille, que chez les Batraciens marcheurs, 
» comme le Crapa:d. | 
Cette charpente osseuse est mise en mouvement par 
- des muscles si nombreux que Dugès n'en a pas compté 
… moins de 221 chez la Grenouille ! 
… Les Anoures nagent de Ia même façon qu'ils sautent, 
. à l’aide de leurs membres postérieurs plus ou moins 
développés et de leurs pieds plus ou moins palmés: la 
Grenouille verte est la plus aquatique de nos espèces, 
- Le Crapaud commun est, au contraire, un mauvais 
nageur. 
. Les femelles pondent dans l'eau des œufs entourés 
d’un mucus épais et réunis en un seul ou en deux 
- cordons plus ou moins longs: le nombre de ces œufs 
- varie selon les espèces. Ces œufs, qui sont sphériques. 
se gonflent en absorbant l’eau dans laquelle ils ont été 
déposés; au bout de quelques jours, l'embryon ou 
tétard perce l'enveloppe et nage librement, en se nour- 
À rissant, d'abord, des matières gélalineuses qui enve- 
- loppent les œufs. Ce petit Batracien n'est composé 
d’abord que d'une tête, d’un ventre et d’une queue; 
l'œil n'apparait qu’au troisième jour, sous forme d’un 
cercle noir. Peu à peu les branchies extérieures 


12% HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
s’atrophient, la tête se confond avec le ventre pour ne 
former qu'une masse globuleuse terminée par une 
queue déprimée et entourée d’une mince membrane. 
Le Têtard se nourrit alors de végétaux et de substances 
animales. 

« Les membres postérieurs apparaissent ensuite sous 
la forme d’un bourgeon qui se divise en cinq rameaux 
à son extrémité et s’allonge peu à peu. Pendant ce 
temps, les membres antérieurs se développent aussi, 
mais intérieurement sous la peau et rien, à l'extérieur, 
ne trahit leur état plus ou moins avancé. C’est vers la 
fin de cette période que les Têtards ont acquis leur 
maximum de taille. » (Lataste.) 

C'est aussi à ce moment que les membres antérieurs 
complètement formés percent leur enveloppe; la queue 
disparait; la bouche se fend davantage; les yeux se 
munissent de paupières et le jeune Batracien, semblable 
à ses parents, sort de son élément humide pour fouler 
la terre qu'il ne connait pas encore. La durée de ces 
métamorphoses varie selon les espèces ainsi que la forme 
des Têtards. 

L'habitat des Anoures est très variable suivant leur 
organisation: « La Grenouille verte et la Rainette vivent 
en nomades, s’écartant quelquefois beaucoup des lieux 
qui les ont vu naître et n’ayant aucun domicile fixe. Le 
Crapaud commun, plus précautionneux, se choisit un 
trou de mulot ou, plus rarement, se creuse lui-même 
un terrier, dans lequel il transporte ses pénates, et 
dont il ne s'éloigne jamais beaucoup, si ce n’est à 
l’époque des amours. Les Batraciens Anoures sont les 
plus sociables de tous les Reptiles. Indépendamment 


| 

& 

ls BATRACIENS ANOURES 12 
des besoins de la reproduction qui les rassemblent en 
grand nombre dans un même lieu, certaines espèces 
paraissent former de pelites colonies. Qui n’a entendu, 
par les belles soirées d’été, des voix douces et flûtées 
se répondant l’une à l’autre le long des vieilles murailles 
ou des talus qui bordent les chemins? Ce sont des 
Alytes accoucheurs qui sortent de leur retraite pour 
humer la fraicheur du soir et faire la chasse aux petits 
animaux dont ils se nourrissent, et leurs notes timides 
expriment le bonheur qu'ils éprouvent à se sentir vivre 
- ou les convient aux plaisirs de l'amour. Les Crapauds 
calamites se réunissent également en petites troupes, 
soit pour chasser, soit pour s’abriter dans quelque trou 
- de rocher. Quant aux Grenouilles, tout le monde a pu 
- observer leurs peuplades nombreuses au milieu de nos 
; étangs. » (Lataste.) 

3 La mue chez ces Batraciens est très remarquable et 
mérite d’être observée : 

« L’Anoure, dit Lataste, change de peau comme une 
femme de chemise. Sa vieille défroque, absorbant l’eau 
par endosmose, se gonfle, se tend et crève sur la tête et 
sous la gorge. Par cette ouverture il passe d'abord un 
- bras, puis l’autre. Avec l’aide de ses mains il retourne 
- son vêtement et le fait glisser en arrière le long du 

_ corps. Il sort enfin ses culottes et se met alors en devoir 
. d’avaler toute sa garde-robe. » 
… Les Batraciens Anoures sont tous plus ou moins 
: nocturnes ; quelques espèces, par exception, recherchent 
| les rayons du soleil. A l’état adulte, ils se nourrissent 
- principalement de proies vivantes: Mollusques, Insectes, 
- Crustacés, Vers. Ils rendent d'immenses services par la 


né. ! CARS TI A V1, Là tn) «LS HE à > à Ml te | Bet 2,22 dbiihig. 
* d é 


126 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

guerre continuelle qu'ils font aux insectes nuisibles et 
surtout aux Limaces et aux Vers de terre qui font le 
désespoir des jardiniers. 

Ces animaux possèdent une voix qu'ils ne font géné- 
ralement entendre qu'à certaines époques; ce n'est 
guère que dans la saison des amours qu'ils s’appellent 
et se répondent. C’est surtout pendant les belles nuits 
d'été qu'on peut entendre les bruyants concerts des 
Batraciens, la Rainette seule continue à chanter pendant 
les chaudes journées d'automne. 

Duméril et Bibron ont divisé les Batraciens Anoures 
en deux sous-ordres: 

Phanéroglosses {à langue distincte). 

Phrynoglosses (sans langue). 

Ce dernier sous-ordre n'a pas de représentants en 
Europe. 


SOUS-ORDRE DES PHANÉROGLOSSES 


Les Phanéroglosses sont caractérisés par la présence 
d’une langue charnue, libre dans sa partie postérieure, 

Ce sous-ordre comprend trois familles : 

Les Æylæformes (Rainettes). 

Les Æaniformes (Grenouilles). 

Les Bufoniformes (Crapauds). 

Ces trois familles, ainsi nommées d’après la forme 
des animaux qui les composent, ont chacune des repré- 
sentanis en France. | 


BATRACIENS ANOURES 127 


FAMILLE DES HYLÆFORMES 


Les animaux qui composent cette famille ont des 
- dents à la màchoire supérieure et au palais, les doigts 
| très dilatés à leurs extrémités, et sont essentiellement 
arboricoles. Ils se tiennent, de préférence, sur les 
- plantes, sur les feuilles des arbres et présentent un 
curieux effet de mimétisme (1) : 

« Examinez, dit Lataste, la gentille Rainette : sa robe 
vert tendre, relevée souvent par de fins liserés Jaunes 
du meilleur goût, passera presque sous vos yeux au 
bianc verdâtre délicat, ira jusqu'au jaune serin, re- 
viendra au vert tendre, tournera au vert bleuâtre, ou 
brun, et par dégradations insensibles atteindra le noir 
le plus profond! Car, rivale du Caméléon, elle à la 
_ faculté de changer de costume suivant l’état de l’atmos- 
phère et même suivant ses impressions. » 

Leur coloration, en effet, s'adapte à merveille à la 
couleur du feuillage qui les environne et les rend très 
difficiles à apercevoir : 

« Une Rainette, qui est verte comme la feuille sur 
laquelle elle est posée, peut, quelque temps après, 
paraitre roussàtre ou grisätre comme l'écorce de la 
plante contre laquelle elle va grimper. Une de ces char- 
mantes créatures, écrit Tennant, placée au pied de ma 
lampe, avait pris, après quelques minutes, si bien la 
couleur d’or des objets qui l’environnaient qu'il était 
fort difficile de l’en distinguer. » (Brehm.) 


ss 


(4) On nomme mimétisme la faculté qu’ont certains animaux de 
prendre la couleur des objets sur lesquels ils se fixent, 


à PE | pe ”. LE On Lu 4 
L 


128 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
La famille des Hylæformes n'est représentée en 
France que par un seul genre et une seule espèce : 


Genre Hyla (Laur.), Rainette 


Les Rainettes ont la langue elliptique, circulaire, 
entière ou très faiblement échancrée, adhérente de 
toutes parts, ou plus ou moins libre à son bord pos- 
térieur. Elles possèdent des dents; les doigts sont 
déprimés et plus ou moins palmés; la peau de la tête 
n’est pas adhérente aux membres. 

Rainette verte (/yla viridis. Dum. et Bib., 
Hyla arborea. Cuvier.). 

Cette espèce a la tête plutôt petite que grande, à 
surface supérieure légèrement excavée au centre, 
convexe sur son pourtour; le museau s’arrondit brus - 
quement depuis les narines; la mächoire inférieure 
rentre à peu près complètement sous la lèvre supé- 
rieure qui recouvre des dents très fines. Les yeux ont 
la pupille arrondie, se détachant en noir sur un iris 
couleur d’or. 

La Rainette verte, dont la longueur ne dépasse guère 
trois centimètres, a le dessus du corps généralement 
d'un beau vert avec quelques nuances jaunes sur les 
pattes de derrière. Une bande étroite et jaunàtre s'étend 
entre l’œil et l'épaule ; les orteils ont une teinte rosée. 
Tout le dessous du corps est d’un bianc plus ou moins 
pur. 

La femelle pond des œufs beaucoup plus petits et 
moins nombreux que ceux des Grenouilles; elle les 
dépose au fond de l’eau ou sur les plantes aqualiques. 

Le Tétard est en partie d'un vert brun, en partie … 


BATRACIENS ANOURES 159 


jaune plus ou moins clair; le ventre est blanc brillant 
avec des teintes plus sombres sur son pourtour. 

Nous avons dit que les Rainettes étaient arboricoles : 
elles grimpent avec agilité sur les arbres et se meuvent 
* par une série de sauts sur les branches où elles se 
maintiennent par la pression atmosphérique produite 
par les ventouses ou disques dont leurs pattes sont 
pourvues. Elles sautent de feuille en feuille et, pendant 
. les beaux jours, restent immobiles sur la surface d’une 
ï feuille, sous laquelle elles se réfugient aussitôt qu'il 
4 pleut. 

La Rainette verte déduigne les animaux morts et se 
nourrit de mouches et de petits insectes qu'elle capture 
elle-même en les guettant comme le chat guette des 
. souris. 

& « Sa vue percante et, sans doute aussi, l’ouïe fort 
+ développée l’avertissent de la présence des insectes, 
principalement des mouches et des moucherons qu’elle 
semble préférer à tout. Elle observe attentivement ces 

animaux, s’élance brusquement sur eux, la gueule 

TR grande ouverte, et se sert de la langue pour les 
» entrainer au fond de son gosier. C’est vraiment un spec- 

tacle fort curieux que de voir la Rainette guetter pa= 

-tiemment une mouche posée sur quelque feuille, s’ap- 

procher doucement, presque invisible grâce à sa couleur 
qui la fait confondre avec le feuillage, puis, arrivée à 
- distance convenable, s’élancer parfois à près d'un pied 
de distance ; il est rare que la Rainette manque sa 
“proie. » (Brehm.) | 
A la fin de l'automne elle descend des arbres sur le 
.sol, gagne le voisinage des eaux et s’y blottit dans la 
vase. 


"4 


# 


130 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


La Rainette verte a un chant que l’on entend dans 
les campagnes pendant les nuits de printemps et que 
les paysans attribuent à la Grenouille, Ce coassement 
est produit par les mâles seuls, gonflant leur goître à 


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Rainette verte mâle et femelle. 


la grosseur d’une noisette. Ces chants, qui partent tous 
ensemble et s'arrêtent tous à la fois, sont les concerts 
des Rainettes réunies en grand nombre dans une même 
mare. 

« La note qu'elles émettent, dit Lataste, est grave, 
vibrante, brusquement attaquée, courte, rapidement et 


BATRACIENS ANOURES 131 
longtemps répétée. Les mots Ærac, Krac…. ou carac, 
carac rendent bien l'effet produit par cette musique. » 

La Rainette, qu'on nomme aussi vulgairement la 
Raine, s’habitue facilement à la captivité et beaucoup 
d'amateurs conservent ces animaux qu'ils croient 
propres à prédire le temps par leurs cris ou par les 
positions qu’ils occupent dans leur prison. On prétend, 
en effet, qu'ils annoncent la pluie par leurs coasse- 
ments. Ils sont, en outre, utilisés comme Lygromètre : 
on les place dans un bocal en verre à demi rempli 
d'eau, dans laquelle plonge une petite échelle en bois : 
si le temps doit rester sec, la Rainette escalade son 
échelle et demeure au-dessus de l’eau ; si, au contraire, 
le temps est menaçant, elle regagne l’eau et reste im- 
mergée. On sait que le maréchal Bugeaud avait une 
confiance inébranlable dans ces prédictions et, pendant 
ses campagnes d'Algérie, n’entreprenait jamais une 
expédition sans avoir consulté la Rainette qu'il élevait 
en captivité. 

Cette espèce habite toute l'Europe et est très com- 
mune dans toute la France. 


FAMILLE DES RANIFORMES 


Les Batraciens qui composent cette famille ont les 


. doigts libres et les orteils plus ou moins palmés. Les 


genres différent entre eux par la disposition et la struc- 


ture des doigts, par la forme de la langue et par la 


dentition. 
Cette famille comprend nos Grenouilles proprement 
dites, que l’on divise en deux sections : 


132 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Les Grenouilles aquatiques. 

Les Grenouilles rousses. 

Les premières sont caractérisées par leurs mœurs 
aquatiques; les secondes ont des habitudes beaucoup 


plus terrestres. 
Genre Rana (Lin.), Grenouille 


Dans ce genre, la langue est grande, oblongue, un 
peu rétrécie en avant, fourchue en arrière, libre dans le 
tiers postérieur de sa longueur; la bouche est large- 
ment fendue; les dents, peu nombreuses, sont situées 
tantôt entre les arrière-narines, tantôt plus ou moins 
rapprochées de celles-ci; les doigts sont plus ou moins 
palmés ; les formes sont sveltes et élancées. 


1° GRENOUILLES AQUATIQUES 


Grenouille verte (/ana viridis. Lin.). 

La Grenouille verte ou Grenouille commune a la tête 
triangulaire, aplatie, aussi large que longue, le mu- 
seau arrondi; l’œil protégé par une paupière supé- 
rieure très épaisse a l'iris de couleur dorée. Les 
membres sont plus longs chez le mäle que chez la 
femelle enfin le mâle possède deux vessies vocales, 
formées d’une membrane mince et transparente, pou- 
vant sortir par une fente qui se prolonge presque jus- 
qu'à l'épaule et qui ont souvent la grosseur d’une noï- 
sette. 

La peau est lisse et d’une teinte générale verdâtre, 
mais cette coloration est très variable et souvent le 
dessus du corps est lavé de vert, de roux et de brun. Le 
dessous du corps est d’une teinte plus claire, quelque- 


BATRACIENS ANOURES 133 


fois entièrement blanc. On a remarqué que les Gre- 
nouilles qui habitent les marais sont plus brunes et plus 
foncées que celles qui vivent dans les eaux claires. 

La femelle dépose dans l’eau des œufs très nom- 
breux, réunis en un paquet volumineux et plus petits 
que ceux de la Rainette. 


Grenouille verte. 


Le Tétard a le corps ovalaire, le museau très obtus 
et largement arrondi; sa coloration présente des reflets 
très variables : le dessus est lavé de brun, de roux et 
de jaune; les flancs ont des reflets d’un rouge cui- 
vreux. La membrane caudale, rousse à son origine 
supérieure, est transparente et semée de nombreux 


. points blancs très petits. Le dessous du corps est blanc 


entouré de bleuâtre. 
« Le coassement de cette espèce, dit Fatio, varie un 


- peu avec les circonstances; c’est quelquefois, chez le 


mâle, une sorte de ricanement que l’on peut traduire 


. par brekeke, où bien une exclamation sur deux notes 


13% HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
exprimant le mot koarr; souvent chez les deux sexes 
c'est encore un cri rauque, roulé et-plus ou moins pro- 
longé. » 

Les Grenouilles vertes se retirent vers la fin d’oc- 
tobre dans la vase au fond des eaux et sortent tardive- 
ment de leur engourdissement hivernal ; ce n’est guère 
qu'au commencement de juin qu’elles font entendre 
leurs chants. 

Cette espèce est la plus aquatique des Grenouilles 
européennes et ne quitte l’eau que pour jouir, sur la 
rive, des rayons du soleil. À la moindre alerte, elle re- 
gagne l’eau par des sauts précipités et se plonge de 
nouveau dans son élément favori. 

« Quand elle a plongé d’effroi, elle décrit dans l’eau 
une ligne courbe et vient à une petite distance pas- 
ser sa tête au-dessus des plantes aquatiques pour 
revoir l’objet de sa frayeur. Si le danger lui parait per- 
sister, elle plonge de nouveau et va, cette fois, se ca- 
cher pour quelques instants dans la vase, s’y enfonçant 
la tête la première. » (Lataste.) 

La Grenouille verte se rencontre quelquefois dans les 
eaux courantes, mais elle préfère les étangs, les mares 
pleines d'herbes et de roseaux, les fossés remplis d'eau 
où pousse une épaisse végétation aquatique; c'est là 
qu'elle donne la chasse aux Insectes, aux petits Mol- 
lusques et aux Vers dont elle fait sa nourriture. Très 
vorace, on l’accuse de faire parfois des dégâts très con- 
sidérables dans les étangs en dévorant les œufs et Les 
alevins de Poissons. 

En revanche, elle est très recherchée pour l’alimen- 
tation et on fait une grande consommation de Gre- 


UT, à D tes +. CSSS D ER 


BATRACIENS ANOURES 135 


nouilles, dont on mange les cuisses. Dans le but de se 
procurer ce Batracien, on lui fait une guerre achar- 
née : à la ligne, à l’arbalète, ou même avec une lance 
dont on peut approcher la pointe à quelques centi- 
mètres de son corps sans que le pauvre animal se mé- 
fie de l'instrument qui doit le transpercer. Enfin, on 
utilise aussi cette espèce pour des expériences de la- 
boratoire et d’amphithéätre. 

La Grenouille verte est le plus commun de nos Ba- 
traciens Anoures : on la trouve en grande quantité 


. dans toutes les parties de la France. 


2° (GRENOUILLES ROUSSES 


Les Grenouilles de cette section sont à peu près ter- 
restres, vivant sur terre pendant plus de la moitié de 
l’année et n’habitant l’eau qu'au moment de la ponte 
ou pour y chercher un refuge pendant l'hiver. 

Grenouille rousse (ana fusca. Rœsel., Rana 
temporaria. Lin.). 

Cette Grenouille est plus trapue que l'espèce précé- 
dente; sa face est courte et bombée, les membres 
postérieurs sont raccourcis, les allures lourdes. 

« Un signe distinctif de la Grenouille rousse, c’est 
d'avoir la région latérale de la tête, comprise entre 
l’œil et l'épaule, colorée en noir ou en brun foncé, cir- 
constance qui lui a valu la qualification latine de {em- 
poraria où marquée à la tempe. Cette grande tache noire 
ou brune se termine généralement en pointe derrière 
l’angle de la bouche. Une raie noire, passant par la na- 
rine, s'étend du bord antérieur de l'œil au bout du 
museau; un trait de la même couleur est marqué en 


136 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

long sur le devant des bras. Les mächoires sont 
blanches ou jaunâtres, bordées ou tachetées de noir ou 
de brun. Les pattes postérieures sont presque toujours 
coupées en travers par des bandes d’une couleur fon- 
cée. La plupart des individus ont toute la face supé- 
rieure du corps d’une teinte rousse uniforme ou tache- 
tée de noirätre; puis il yen a de verts, de verdâtres, 
de gris, de bruns, de noirätres, de jaunâtres, de blan- 


Grenouille rousse. 


châtres, et même de colorés en rose avec ou sans 
taches plus ou moins foncées que le fond sur lequel 
elles sont semées. Les régions inférieures sont souvent 
d’un blanc jaunâtre, mais elles offrent aussi quelque- 
fois des taches cendrées, brunes ou roussàtres. La pu- 
pille est noire, oblongue et l'iris de couleur d’or. » 
(Duméril et Bibron.) 

On peut juger par la description que nous venons de 
citer combien cette espèce est variable. 


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BATRACIENS ANOURES 137 


La Grenouille rousse atteint généralement de 0 m.055 
à 0 m. 065 de longueur; elle est une des premières à 
sortir du sommeil hivernal et dès le mois de février elle 


se rend à l’eau pour y déposer son frai. La femelle pond 


des œufs qui tombent au fond de l’eau, se gonflent 
ensuite et remontent à la surface où ils forment des 


masses épaisses et mucilagineuses qui contiennent jus- 


qu'à 150 pelottes. 

Cette espèce, ainsi que nous l'avons dit, habite de 
préférence sur terre; on la trouve dans les jardins, les 
vignes, les prairies, les champs et les forêts, surtout 
dans les lieux humides et garnis de hautes herbes. Elle 
fait rarement entendre sa voix qui consiste en un coas- 
sement sourd et peu prolongé. Elle se nourrit d’In- 
sectes, de Vers et de Limaces. 

« Aucun Batracien, peut-être, n'a autant d'ennemis 
que la Grenouille rousse; tous les animaux l’attaquent 
et sur terre et dans l’eau; elle n’est réellement à l’abri 
des poursuites, que lorsqu'elle s’enterre dans la vase 
pour y passer l'hiver. Beaucoup d'Oiseaux, la plupart 
des Serpents de nos pays la pourchassent ; avec le Cra- 
paud, elle est la proie préférée de la Couleuvre à col- 


- lier; pendant les premiers temps de son existence la 


Grenouille verte s’en nourrit ; les Écrevisses recherchent 
ses larves. Malgré toutes ces causes de destruction, la 


Grenouille rousse est si prolifique qu’un printemps 


favorable suffit à combler les vides faits par les nom- 
breux ennemis qui pourchassent cette espèce sans 


trêve ni merci. » (Brehm.) 


La Grenouille rousse, qui habite l’Europe entière, 


depuis l'Espagne et l'Italie jusqu’au nord de la 


138 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
Norwège, n’est pas rare en France, mais ne se rencontre 
pas dans quelques départements. 

Grenouille agile (ana ugilis. Thomas.). 

Cette espèce a été longtemps confondue avec la Gre- 
nouille rousse, à laquelle elle ressemble beaucoup par 
la coloration. Sa tête est très acuminée et à peu près 
aussi large que longue à sa base. Le museau, dont 
l'extrémité déborde un peu la mâchoire inférieure, se 
termine en pointe arrondie. L’œil est grand, l'iris est 
doré, brun-foncé et sans éclat en dessus. Une tache 
noire ou brunâtre recouvre les tempes, comme chez la 
Grenouille rousse. Toute la surface du corps est d’un 
roux plus ou moins vif, pouvant passer, d’un instant à 
l’autre, au rosé ou au brun foncé. Un cordon jaune sale 
borde la lèvre supérieure jusqu’à l'angle des mâchoires; 
la lèvre inférieure est bordée de marbrures brunes, 
souvent effacées, transversales et étroites. Des taches 
brunes, moins foncées et moins nettes, se montrent sur 
le dos. Le dessous du corps est d’un beau blanc mat; 
la gorge et la poitrine présentent souvent, principale- 
ment chez les femelles, une teinte d’un rose tendre, les 
aines une nuance vert-doré, le dessous des cuisses une 
couleur de chair. 

Cette Grenouille atteint de 0 m. 05 à O0 m. 06 de lon- 
gueur; les mâles sont toujours beaucoup plus petits que 
les femelles. Celles-ci déposent, au printemps, leurs 
œufs dans les eaux profondes. Ces œufs, moins gros 
que ceux de la Grenouille rousse, sont attachés aux bois 
morts ou aux rameaux flottants. 

Le Télard a le corps ovale, le dos taché de gris-brun 
sur un fond jaunâtre clair, le ventre blanc, séparé de 


BATRACIENS ANOURES 159 
- la gorge par une bande obscure. La queue à sa por- 
- tion membraneuse toute marbrée de taches d’un gris 
. roux, grosses, nombreuses et très rapprochées, ce qui 
+ permet de distinguer ce Têtard de celui de la Gre- 
« nouille verte. 
._ Le mâle adulte a une voix très faible qui ne s'entend 
- pas au delà d’une quinzaine de pas et qui se compose 
_ d’une seule note, comme parlée à voix basse, vite arti- 
- culéeet rapidement répétée. 
La Grenouille agile recherche les prairies et les bois 
» humides situés à peu de distance des petits ruisseaux. 
« Comme la Grenouille des bois de l'Amérique du Nord, 
à laquelle elle ressemble beaucoup, l’Agile est une 
espèce exclusivement terrestre. Hors l’hivernage et le 
. temps des amours, on ne la trouve jamais à l’eau. Elle 
. recherche les frais vallons au bord des ruisseaux. C’est 
là, dans les prés, dans l'herbe des taillis ou sous les 
grands arbres, qu'on la trouve le plus souvent, isolée 
. ou par petites bandes. Elle part sous les pas par 
bonds de quatre à cinq pieds, va tomber dans le 
. ruisseau, ou se dérobe dans l'herbe des prairies. Une 
grande partie hivernent sous la feuillée, les autres dans 
. la vase et dans les masses submergées de plantes aqua- 
tiques. » (A. de l'Isle.) 

Cette espèce vit d'insectes qu'elle saisit adroitement 
: au vol. Ou la trouve à peu près dans toute la France, 
où elle est désignée par les paysans sous différents 
noms : Grenouille pisseuse dans quelques départements 
du Centre, pichouse dans la Gironde et papegay dans la 
. Charente-Inférieure. 


140 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Genre Pelodytes (Filz.), Pélodyte 


chez lequel les dents qui garnissent le palais sont dis- 
posées en deux groupes. La langue, à peine échancrée, 
est libre à son bord postérieur. Les doigts ne sont pas 
dilatés à leur extrémité. 
Ce genre ne comprend qu'une espèce : 
Pélodyte ponctué (?elodytes punctatus. Dugès). 
Cet Anoure a des formes allongées qui le rappro- 


Pélodyte ponctué. 


chent des Rainettes; sa tête est légèrement plus longue 
que large chez la femelle et très aplatie. Le museau 
est fortement arrondi, l'œil gros et saillant, le COrpS 
assez court. La peau, sur la partie supérieure du corps, | 


BATRACIENS ANOURES 141 


. est couverte de petites verrues irrégulières formant, 
“ surtout chez les mèles, des séries latérales. 

… Tout le dessus du corps est d'une teinte cendrée, ver- 
F4 dâtre ou brunâtre, avec des marbrures d’un beau vert, 
, plus nombreuses sur les membres. Le dessous du corps 
est d'un blanc mat. La longueur du Pélodyte est de 
- 0 m. 37 à Om. 45. 

“ La femelle dépose ses œufs dans l’eau en grappes 
de six à huit centimètres de long qui sont fixées sur 
4 des brins d'herbe ou des branches à demi submergées. 
… Le Tétard a le corps ovale allongé et paraissant dé- 
primé lorsqu'on le regarde de profil; la queue est 
très longue ; le dessus du corps est parsemé de points 
- et de taches d’un brun effacé sur fond roux. Le ventre 
est d’un blanc assez pur. 

« Le cri du Pélodyte, que l’on entend surtout äux 
mois d'avril et de mai, le soir, dans les petites mares, 
les eaux pluviales, les fossés qui bordent les chemins, 
n’a pas la puissance de celui de la Rainette, auquel il 
ressemble beaucoup. La note est pleine, lente, chevro- 
tante et très grave; on s’étonne de la voir produite par 
un si petit animal. Le Pélodyte la répète sept ou huit 
fois sans se presser, puis il s’arrête quelque temps pour 

recommencer ensuite. » (Lataste.) 

Cette espèce, plutôt terrestre qu'aquatique, est 
nocturne et se cache sous les pierres pendant le jour. 
On peut la rencontrer très facilement le soir au pied des 
murs des vieux parcs ou le long des petits ruisseaux. 
Elle se nourrit d'Insectes et grimpe sur les buissons 
aussi facilement que la Rainette. 

_ Le Pélodyte, sans être commun, habite une grande 


142 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
partie de la France et n’est pas rare dans les environs 
de Paris. Duméril dit que dans l’ancien parc de Sceaux- 


Penthièvre on peut le voir, au premier printemps, dans 


de petits étangs, anciens restes des grandes pièces 
d’eau, et en automne au milieu des buissons de ronces 
qui bordent les murs du parc exposés en plein soleil. 


Genre Alytes (Wagl.), Alyte 


Les animaux formant ce genre sont caractérisés par 
un corps trapu, des membres courts et épais, une peau 
couverte de pustules, une langue entière, épaissie, cir- 
culaire et adhérente. La physionomie de ces Batraciens 
semble les rapprocher des Crapauds dont ils s’éloignent 
par des caractères importants. 

Le genre Alyte n'est représenté que par une seule 
espèce : 

Alyte accoucheur (A/yts obstetricans. Laur.). 

Cet Anoure a le corps trapu et ramassé, les membres 
postérieurs étendus, la tête assez grande et portée 
directement sur les épaules. Ne dépassant guère 10 cen- 
timètres de longueur, il ressemble à un jeune Cra- 
paud, mais sa peau n'est pas aussi rugueuse et est 
seulement parsemée de petits tubercules mousses et 
arrondis. Le dessous du ventre est chagriné par de 
petites granulations plus blanches que le fond. 

La teinte du corps varie du jaune sale au brun assez 
foncé; les pustules du dos forment des mouchetures 
généralement brunes, quelquefois d’un vert assez vif, 
souvent marquées de rouge à leur sommet. 

La femelle pond des œufs relativement gros, entourés 
d’une membrane assez résistante et reliés entre eux en 


+6 


BATRACIENS ANOURES 143 


forme de chapelets. Elle abandonne ses œufs aux soins 
- du mäle qui les prend et les entortille autour de ses 
jambes, ce qui lui a fait donner le nom d’Alyte accoucheur. 

« J'en ai trouvé, dit Lataste, se promenant ainsi avec 

- des œufs à tous les degrés de développement, et ilsn'en 
. paraissaient par fort gênés. Si on les tourmente cepen- 
- dant, ou si on les réduit en captivité, ils s’en débar- 
. rassent et les laissent sur le sol pour ne plus les 


. reprendre. » 


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î 


Alyte accoucheur. 


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Le Têtard a le corps ovalaire, raccourci, le museau 
- arrondi et très busqué, la queue assez longue; il est 
d’une coloration rousse ou noirâtre selon les eaux 
qu'il habite; le ventre est gris-blanchâtre et granuleux ; 
la partie membraneuse de la queue est couverte de 
points bruns disposés sans ordre; l'iris est doré. 

« Depuis le commencement d'avril jusqu'aux premiers 
jours de septembre les Alytes font entendre, surtout 
lorsque le temps est doux, le son clok, qu’ils répètent le 
le soir, ainsi que pendant la nuit, à des intervalles plus 
ou moins rapprochés. Ils se cantonnent dans les vil- 


\ 


144 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

lages, de manière cependant, que la distance qui les 
sépare est assez peu éloignée pour qu'ils puissent 
s'appeler et se répondre.» (Millet.) 

L’Alyte est nocturne et vit dans les vieilles carrières, 
dans les talus ou le long des murailles qui bordent les 
chemins, dans les vieilles constructions, dans les ter- 
rains en démolition, où il se creuse, à l’aide de ses 
membres antérieurs, une retraite profonde qu'il partage 
souvent avec ses congénères. 

Il se nourrit d’Insectes et est le plus terrestre de nos 
Batraciens, car il ne va à l’eau qu'un instant pour y 
apporter ses œufs au moment de leur éclosion. 

Les petits tubercules qui garnissent sa peau sécrètent 
un liquide blanchâtre, d’une odeur assez forte et qu’on 
a considéré comme un venin dont on a beaucoup exagéré 
les effets. 

L’Alyte accoucheur est très commun en France, prin- 
cipalement aux environs de Paris. 


Genre Pelobates (Wagl.), Pélobate 


Ce genre se compose de Batraciens dont la tête est 
protégée par un bouclier osseux, couvert de petites 
aspérités; les doigts, au nombre de quatre, sont com- 
plètement libres; les orteils sont gros et réunis par une 
membrane épaisse. 

Deux espèces représentent ce genre en France : 

Pélobate brun (?Pelobates fuscus. Wagl.). 

Ce Pélobate a le crâne rugueux fortement renflé 
longitudinalement ; les éperons qui ornent ses pattes 
postérieures sont jaunâtres; la peau est relativement 
lisse et fortement adhérente sur le dessus de la tête. 


_ Abies 


4 


BATRACIENS ANOURES 145 
La longueur de ce Batracien est de 0 m. 52 à 0 m.65: 
Le dessus du corps est jaune-brunâtre, marbré irrégu- 
lièrement de taches d’un brun très foncé qui donnent à 
la peau une physionomie particulière que Ræsel a 
comparée à une carte géographique coloriée sur laquelle 
on verrait les fleuves et les iles avec les côtes de nuance 
plus claire. 


Pélobate brun. 


Le Pélobate brun ne fréquente les eaux qu’au moment 
de la ponte, de mars en avril. La femelle pond des œufs 
disposés en deux cordons longs d'un mèêtre environ et 
qui se fixent sur les jones, les roseaux et les autres 
plantes aquatiques. Le tétard offre une grande ressem: 
. blance avec celui du Pélobate cultripède. 

« Les Pélobates sont des animaux essontiehenteh 
terrestres et fouisseurs; le jour ils se retirent dans Îles 
câvités qu’ils se creusent dans les berges et ne chassent 
que pendant lanuit, Lorsqu'ilestà l’eau, le Pélobate brur 

10 


LI 


146 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

a l'habitude de s’enfoncer dans la vase qu'il a soin de 
troubler, et comme il recherche avant tout les endroits 
des mares dont le fond est couvert de joncs, dont les 
berges sont excavées, il est fort difficile de le capturer; 
il nage, du reste, très rapidement. Lorsqu'il est à l'eau 
et que rien ne vient le troubler, le Pélobate brun fait 
entendre son chant monotone : les notes qui le com- 
posent sont basses et espacées; les mots crioc, crôoec, 
prononcés lentement et de la gorge, imitent assez bien 
ce chant. » (Brehm.) 

Le liquide sécrété par les glandes du Pélobate est 
un venin assez actif, sans danger pour l’homme, mais 
mortel pour de petits animaux, ainsi que l’ont démontré 
les expériences faites par E. Sauvage : ce venin inoculé 
à une souris la tue en 27 minutes, après avoir produit 
des efforts de vomissement, des tremblotements des 
muscles et des convulsions. 

Cette espèce, rare dans le Midi, se rencontre dans les 
autres parties de la France; elle est assez commune 
aux environs de Paris, dans les mares situées sur la 
rive droite du canal, entre Pantin et Bondy. 

Pélobate cultripède (Pelobates cultriges. 
Dum. et Bibr.,. 

Cette espèce se distingue de la précédente par sa 
tête plus large que longue, insérée courtement sur les 
épaules, par le dessus de la tête entièrement rugueux, 
par ses éperons de couleur noire, par la saillie de ses 
yeux énormes au-dessous du crâne. 

La coloration de la face supérieure du corps est à peu 
près la même que celle du Pélobate roux : d'un brun 
rougeâtre avec les mêmes taches beaucoup plus fon- 


ve 


RÉ rs. 


BATRACIENS ANOURES 147 


cées. Le dessous du corps est d’un blanc jaunâtre, pi- 
queté de brun-roux, les mouchetures étant surtout 
. nombreuses sous la gorge. 

La ponte a lieu dans l’eau et les œufs sont disposés 
en cordons que l’on trouve, au printemps, dans les 
eaux stagnantes, parmi les herbes qui poussent près 
du bord. 

Le fétard a le corps ovoïde, arrondi à ses deux extré- 
mités; la queue est très large; la bouche, dont les 
lèvres se prolongent en avant en un tube large et 
écourté, est armée de deux mandibules cornées fort 
résistantes. La coloration sur les faces supérieures est 

jaune ou rousse, avec des reflets bleuätres. Le ventre 

| est gris blanchätre avec des lignes irrégulières et des 
points nacrés. 
» Ce Pélobate a un chant qui offre quelque ressem- 
| blance avec le gloussement de la Poule et que l’on peut 
rendre par les syllabes cô, cô, 60, émises sur un ton plus 
bas et moins rapidement répétées que ne le fait la 
Grenouille agile. 

« Cet Anoure habite les sables du littoral méditer- 
ranéen. Il se nourrit de Coléoptères, surtout des très 
nombreux représentants de la famille des Mélasomes. 
| Il ne sort que la nuit et, comme il procède par sauts 
» assez étendus, il se trahit lui-même par le bruit qu’il 
_ fait en heurtant les Zphedia, les Eryngium maritimum et 
_ autres plantes coriaces et résistantes. Repu et quand la 
fraicheur se fait sentir, il enfle ses énormes poumons à 
larges vésicules, ferme, en faisant basculer ses os inci- 
_Sifs, les opercules à levier de ses narines, et de ses 
couteaux tranchants se creuse dans le sable fin et 


| RTE 


148 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

meuble de la dune une retraite assurée; car à mesure 
qu’il s’y enfonce à reculons, le sable retombe sur lui et 
le dérobe. À l’aube, on aperçoit encore sur le sol une 
faible dépression, indice accusateur seulement pour 
un œil exercé; puis la brise de mer souffle, les trou- 
peaux de petite race de Pos longifrons passent et repas- 
sent sur sa tête, et l’animal demeure enseveli tout le 
jour dans sa prison. » (A. de l'Isle.) 

Le Pélobate cultripède habite surtout le Midi de la 
France : A. de l’Isle l’a trouvé à Carnou et à Palavas, 
sur le littoral de l'Hérault, ainsi qu'aux environs de 
Toulouse; il habite aussi les Landes et la Gironde ; 
enfin, dans l'Ouest de la France, on le rencontre dans 
la Loire Inférieure, sur les dunes situées entre le Pou- 
liguen et le bourg de Batz. 


Genre Bombinator (Wag!.), Sonneur 


Les animaux composant ce genre sont caractérisés 
par une langue à peu près circulaire, mince, non 
échancrée sur le bord postérieur et adhérente en ar- 
rière comme en avant, l'absence de vessie vocale, la 
pupille triangulaire, quatre doigts libres, les. orteils 
réunis par une membrane, la mâchoire supérieure 
garnie de dents. 

Ce genre, qui établit une transition naturelle entre 
les Raniformes {Grenouilles) et les Bufoniformes {Cra- 
pauds), ne comprend qu'une seule espèce : 

Sonneur igné (PBombüinator igneus. Laur.). 

Ce Batracien a la tête petite, aplatie, convexe dans 
tous les sens, et dont la face supérieure se confond 
insensiblement avec les joues et le museau qui est. 


BATRACIENS ANOURES 129 


court, arrondi et légèrement aplati. La peau est exces- 
À sivement rugueuse et recouverte de pustules assez 
grosses et arrondies, ce qui donne à cet animal l'appa- 
rence d'un Crapaud. Le corps, long d'environ 4 centi- 
| mètres, est allongé, arrondi dans tous les sens; les 
“ yeux sont saillants; la paupière est triangulaire et pa- 
J rait comme une étroite ligne dorée. 

| Tout le dessus du corps est d’un brun terreux uni- 
, 

. 

É 


forme ; le dessous est d’une belle couleur orangée qui 


Sonneur igné. 


» a valu à ce petit Batracien le nom de Sonneur igné ou 
. couleur de feu. On remarque également sur le ventre des 
taches irrégulières de forme et de nombre, d’un beau 
bleu noirâtre, à partie centrale gris-bleuâtre. Le des- 
sous des membres et des doigts est taché comme le 
. ventre; sur les flancs le bleu domine, pointillé de blanc 
_ bleuätre. 

Les femelles déposent dans l’eau, d'avril en juillet, 
des œufs qui sont relativement gros et réunis en une 
douzaine de paquets, contenant chacun de 20 à 30 œufs. 


150 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

Le têlard est très facile à reconnaitre : son corps est 
ovale-arrondi, déprimé, un peu acuminé vers le mu- 
seau; le dessus du corps est gris roussätre, le dessous 
d’un bleu cendré. La queue est courte et parsemée de 
points bruns. 

Le sonneur igné à un chant assez faible et très doux, 
composé de deux notes émises l’une après l’autre et 
répétées sans interruption. Le mot howhou rend assez 
bien l'effet produit par ce chant. 

Ce Batracien recherche les mares, les étangs, les 
fossés couverts de lentilles d’eau. « Il fréquente surtout 
les eaux stagnantes et croupissantes de peu d’étendue, 
se tenant généralement sur leurs bords, et s'y réfugiant 
au moment du danger, à moins qu'ilne se tapisse 
contre la vase, comptant sur sa livrée supérieurement 
obscure pour le dérober. Il nage fort bien, émergeant 
très peu, les yeux et les narines seuls élevés au-dessus 
de l’eau; mais le peu de profondeur des eaux qu'il 
habite permettra de le prendre aisément à l’aide d'un 
petit troubleau, ou même à la main. D'ailleurs il est 
moins méfiant et moins agile que la Grenouille verte.» 
(Lataste.) 

Les pustules qui recouvrent sa peau sécrèlent un 
liquide dont les principes venimeux ne paraissent pas 
aussi actifs que ceux du venin des Crapauds. 

Le Sonneur, d’après Fatio, serait doué d’un certain 
instinct : (Il rejette la tête en arrière, relevant les 
pattes postérieures et se fourrant les poings dans les 
yeux, comme pour ne pas voir le danger; ainsi tordu, 
quelquefois sur le ventre, le plus souvent renversé sur 
le dos, il attend que le danger soit éloigné. » 


BATRACIENS ANOURES 151 


Dans les mares qu’il habite il est souvent victime des 
attaques d’un petit Mollusque bivalve : la Cyclas cornea, 
qui s'attache à ses pattes et les mutile. La Cyclade ne 
lèche prise que lorsque la patte a été gangrenée et 
détruite par l’arrêt de la circulation et on trouve quel- 
quefois des individus dont les membres portent les 
traces des cicatrices provenant de ces mulilations. 

Le Sonneur se nourrit d’Insectes, de Vers et surtout 
de petits Mollusques. Il habite presque toute la France 
et est connu dans quelques départements sous le nom 
de Crapaud pluvial. 


FAMILLE DES BUFONIFORMES 


Les Crapauds, qui composent cette famille, sont des 
Batraciens essentiellement nocturnes, redoutant la 
lumière du jour et ne quittant leur retraite pour se 
mettre en quête de leur nourriture, soit à terre, soit 
dans l’eau, qu’à l'approche de la nuit. 

Cette famille n’est représentée en France que par un 
seul genre : 


Genre Bufo (Laur.), Crapaud 


Ces animaux ont la langue allongée, elliptique, géné- 
ralement un peu plus large en arrière qu'en avant, 
entière, libre postérieurement dans une certaine por- 
tion de son étendue, le palais dépourvu de dents, 
quatre doigts distincts, entièrement libres, cinq orteils 
plus ou moins palmés. 

Les Crapauds se reconnaissent à leurs formes lourdes 
et trapues, aux glandes qui constituent deux amas de 


332 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

chaque côté du cou, à leur bouche largement fendue. 
Ces Batraciens inspirent la répulsion par leurs allures 
disgracieuses, par leur peau froide et visqueuse, par 
leur aspect repoussant; ils sont cependant aussi utiles 
qu'inoffensifs et détruisent un grand nombre de petits 
insectes nuisibles. 

Ils ont été les sujets de fables ridicules : nous ne 
parlerons pas des prétendues pluies de Crapauds qui 
n’ont jamais existé que dans l’imaginalion de ceux qui 
les ont inventées. On a aussi attribué à ces animaux une 
longévité surprenante : 

« L'amour du merveilleux, dit Lataste, est allé jus- 
qu'à prétendre qu'on en avait trouvé au milieu de 
roches anciennes, dans des cavités sans issue, et que, 
par suite, ces animaux, contemporains de la formation 
de ce rocher, étaient enfermés là depuis des milliers 
de siècles. Il n’y a pas lieu de s'arrêter à de pareils 
dires. Mais il est certain (des expériences nombreuses 
l’ont démontré) que les Crapauds et les Batraciens en 
général peuvent vivre fort longtemps séquestrés dans 
les corps poreux et humides. Dans l’état d’inaclion 
forcée où ils se trouvent alors, leur vie, très peu active, 
fait une très petite consommation de substance, et l'air 
qui filtre à travers les pores de la pierre suffit à leur 
respiration peu exigeante ; mais il leur faut une certaine 
humidité, sans quoi ils se dessèchent et meurent rapi- 
dement. » 

Une des causes principales de l’aversion de l’homme 
pour le Crapaud est la posture singulière que prend 
cet animal lorsqu'il est en danger : il voûte son dos, 
se soulève sur ses quatre membres en baissant le 


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BATRACIENS ANOURES 153 


museau. Il ne faut pas voir dans cette attitude une 
menace, mais simplement une preuve d'instinct de con- 
servation chez ce pauvre Batracien : il cherche à pro- 
téger ainsi sa tête en présentant son dos, qui est la 
partie de son corps la plus fournie en glandes et est, 
pour cette raison, la moins vulnérable ; il gonfle en 
même temps d'air ses poumons pour faire distendre sa 
peau et présente une surface ballonnée, sur laquelle 
résonnent les coups que lui porte son agresseur. L’as- 
pect repoussant du Crapaud est une des causes de la 
guerre acharnée qui lui est faite et l'expose à subir 
mille tortures aussi cruelles qu'imméritées : les 
paysans le saisissent et l’empalent sur un échalas où 
il attend une mort lente et douloureuse; les enfants, 
dans les campagnes, le placent sur l'extrémité d’une 
planchette formant bascule et, par un coup vigoureux 
appliqué à l’autre extrémité, le lancent dans l’espace : 
il retombe à plat ventre, les jambes tendues et fait le 
mort dans l'espoir de sauver sa vie. 

Les Crapauds ont, au contraire, droit à notre protec- 
tion pour la destruction énorme qu’ils font de tous les 
insectes nuisibles à l’agriculture ; ils se nourrissent, en 
effet, d'Araignées, de Cloportes, de Fourmis, de Hanne- 
tons et de Charençons ; nous avons donc intérêt à pro- 
téger et à conserver ces Batraciens. 

Le genre Crapaud est représenté en France par deux 
espèces bien connues : 

Crapaud commun (Zufo vulgaris. Dum. et 
Bibr.). 

Cette espèce a la tête courte, large, nullement dis- 
tincte du tronc; le museau est très court et arrondi; 


15% HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
la bouche largement fendue et sans dents, la langue 
elliplique, les yeux gros et proéminents, à paupière 
supérieure épaisse, à pupille horizontale, à iris sablé 
d’or. Le tronc est court, large, déprimé, arrondi quand 
les poumons sont gonflés d'air. 

Chez le mâle toute la surface du corps est d'un roux 
olivâtre, pouvant passer au brun, au verdätre et même 
au rougeâtre : chez la femelle, elle est marbrée de nom 


Crapaud commun. 


breuses taches brunes, jaunes ou blanc sale. Le dessous 
du corps est d’un blanc jaunâtre, uniforme chezle mâle, 
légèrement marbré de taches d’un gris pâle chez la fe- 
melle. 

Celle-ci pond dans l’eau des œufs disposés en deux 
cordons parallèles ; ces cordons, qui ont jusqu’à 3 mè- 
tres de longueur, sont enroulés en lourds écheveaux 
autour des racines submergées et des plantes aqua- 
tiques. 


BATRACIENS ANOURES 155 


Le tétard est petit et atteint à peine 16 à 29 milli- 
mètres; il a le corps ovalaire, sans ligne de démar- 
cation entre la tête et le tronc. La queue est une fois 
et demie plus longue que le corps. Ce têtard est d’un 
noir très foncé en dessus, bleuâtre en dessous. 


Le Crapaud commun ne fait entendre son chant qu'à 
l'époque des amours : c’est un coassement plaintif qui 
peut se traduire par les mots erraa, crraa, queru et qui 
rappelle un peu l'aboiement du Chien. 


« Le Crapaud ne sort guère que la nuit, si ce n’est 
par la pluie et quand la température est douce. Il se 
creuse quelquefois un trou prolongé horizontalement 
sous le sol, à une petite profondeur; mais, paresseux, 
il préfère le plus souvent s'emparer de la galerie d'un 
Mulot ou d’un Rat: il se retire même, au besoin, sous 
une pierre, sous une souche, sous un tas de décombres. 
Il vit en philosophe dans sa retraite passant de longues 
heures dans le recueillement. Quand la faim le presse 
et que le temps lui paraît favorable, ilen sort pour aller 
à la chasse, marchant plutôt qu'il ne saute. Le Crapaud 
s'établit dans les jardins, dans les champs, dans les 
bois, partout où il trouve de l'ombre et de l'humidité. 
Il vit d'Insectes, de Limaces, de Lombrics. On lui re- 
proche de faire la guerre aux Abeilles et de se porter à 
l'entrée des ruches pour happer ces travailleuses au 
passage. » (Lataste.) 


Nous avons dit que le Crapaud faisait une grande 
destruction d'insectes pour sa nourriture : malgré son 
air somnolent, il aperçoit très bien une proie qui se 
trouve à sa portée, il avance alors doucement, ouvre sa 


156 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
large bouche et avec une rapidité merveilleuse lance 
sa langue visqueuse et engloutit sa proie. 

Le Crapaud commun est un des derniers Anoures à 
disparaître à l'approche du froid; il hiverne dans la 
vase, au fond des eaux, ou dans les trous de vieilles 
murailles, sous les décombres et dans les fumiers. 

Cette espèce est très commune dans toute la France. 

Crapaud calamite ou des joncs (Zufo 
calamita. Daud.). 


Crapaud calamite. 


Ce Bairacien assez voisin du Crapaud est toujours 
de plus petite taille; sa coloration offre aussi des 
différences sensibles : une bande jaunâtre ou rou- 
seûtre, tirant quelquefois sur le bleu, s'étend sur le 
milieu du dos qui est d’un vert jaunâtre, semé de taches 
brunes irrégulières et de petits points d’un rouge vif, 
placés généralement au milieu des taches brunes. Le 
dessous du corps est d’un jaune sale et parsemé de 
petites laches brunes irrégulièrement disposées. Le 


BATRACIENS ANOURES 157 
museau est arrondi transversalement et taillé à pic. 
La peau est cribléc de pores sur le pourtour des lèvres, 
le museau et les joues, et partout ailleurs couverte 
d’aspérités. Le dos est parsemé de grosses verrues, la 
peau est granuleuse sur le ventre. 

La femelle pond des œufs en deux cordons, comme 
ceux du Crapaud commun, mais, au lieu d’être dispo- 
sés en série alterne, ils sont placés à la file les uns des 
autres. 

Le têtard ressemble à celui de l'espèce précédente, 
mais il est d’une taille un peu plus grande; le dos est 
d’un brun roussätre foncé, finement chagriné et cou- 
vert çà et là de grosses granulations espacées. 

Le Calamile a un chant composé de vibrations mono- 
tones qui ressemblent beaucoup au chant de l’Engoule- 
vent; son coassement crau, crau, crreu, s'entend de fort 
loin et trompe facilement l'observateur : 

« Le soir, un chœur de Calamites se faisait entendre 
à distance. Ces animaux sont ventriloques : on les croit 
à 200 mètres lorsqu'ils sont à 1500. Je fus trompé, non 
sur la direction à suivre, mais sur la portée et Le point 
de départ de leurs voix. Je les crus dans le lavoir du 
village voisin; le village passé, plus loin dans une 
mare, près du ponceau de la route. Le pont franchi, 
ils chantaient, à n’en pas douter, dans un fossé que 


j'entrevoyais à distance; mais de mare en mare, de 


fossé en fossé, j'arrivai, après une série dillusionset de 
désillusions. au bord d’un pré profondément encaissé 
entre le talus d’un cheminetdes vignes. C'était là, dans 
la mince couche d’eau qui le couvrait par endroits, que 
se trouvaient disséminés ces animaux au nombre de 


mL CL art = 


158 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

plus d’un cent, faisant vibrer comme un clairon leur 
large vessie vocale et appelant d’une lieue à la ronde 
les femelles en état de frayer. » (A. de l'Isle.) 

Ce Crapaud est nocturne et se tient de préférence 
dans les localités marécageuses, où il vit en compagnie 
de ses congénères par bandes de 30 à 100 individus, fl 
creuse le sol au moyen de ses pattes antérieures et 
s’enfouit dans le sable des dunes et dans les berges des 
étangs. 

Lorsqu'il est attaqué et sur le point d’être saisi, il 
contracte sa peau de telle sorte que toutes les glandes 
se vident et qu'il se recouvre d'une humeur blanchà- 
tre, mousseuse, répandant une odeur insupportable 
que Duméril a comparée à l'odeur qu'exhalent les pipes 
dont on a fait un long usage. 

Le Calamite habite à peu près toutes les parties de la 
France; il estcommun aux environs de Paris, 

Le Crapaud vert (Bufo viridis. Laur.) offre une 
grande ressemblance avec le Calamite et a été confondu 
avec lui par beaucoup d’Herpétologistes. Cette confu- 
sion ne permet pas de préciser l'habitat de ce Batracien 
et son existence dans certaines parties de la France 
est contestée. Nous n’en donnons qu'une description 
succincte, afin de bien établir les différences qui exis- 
tent entre ce Crapaud et le Calamite : 

Cette espèce est très variable et diffère du Calamite 
par sa livrée à grand ramage, par sa taille un peu supé- 
rieure, par ses doigts palmés, par la coloration blanche 
du ventre, par sa démarche tout à fait différente : 

« Chez le Calamite, les jambes sont trop courtes pour 
lui permettre de sauter; aussi a-t-il pour habitude de 


BATRACIENS ANOURES 159 


courir très vite en s'élevant sur ses quatre membres; le 
Crapaud vert, un peu mieux favorisé par la longueur 
de ses membres pelviens, saute avec facilité; il ne court 
presque jamais : c’est toujours par petits sauts répétés 
qu'il cherche à fuir. » (Héron-Royer.) 

Il est également nocturne et creuse le sable pour se 
cacher pendant le jour. Il se nourrit de Vers, de petits 
Crustacés, de Mollusques, de Myriapodes et d’Insectes, 

Duméril et Bibron, dans l’Æerpétoloqie générale, ont 
confondu cette espèce avec le Calamite et celte erreur 
a été reproduite dans plusieurs faunes locales. 

« Après de nombreuses recherches dans l'Ouest de 
la France, dit Lataste (1), je crois pouvoir affirmer que 
le Crapaud vert manque dans cette région, tandis que 
son congénère le Calamite y est communément ré- 
pandu, car je n'ai jamais trouvé le premier dans la 
Gironde, ni aux environs de Paris, et J'ai pu me con- 
vaincre qu'il avait été signalé par erreur dans le Maine- 
et-Loire, la Vienne et la Charente-Inférieure. Vers le 
Nord les faunes locales de France et des pays voisins 
n’en font pas mention. Au Centre, les musées de Cler- 
mont-Ferrand et du Puy-en-Velay ne le contiennent 
pas, et de l'Est, où on m'avait affirmé son existence, 
on ne m'a envoyé sous ce nom que des Crapauds 
Calamites. 

« Reste Ie Sud-Est de la France, c'est de ce côté que 
doivent porter les recherches. Si nous avons cette 
espèce, c’est d'Italie qu'elle nous vient, en tournant les 
Alpes et longeant la côte Méditerranéenne. Charvet 


_ (1) Bulletin de la Société d'étude des Sciences naturelles de Nimes, oe- 
tobre 1818. 


160 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
l'indique dans l'Isère, Marcel de Serres dans l'Hérault, 
Crespon dans le Midi, mais ces catalogues compren- 
nent d’autres erreurs de détermination et, pour être 
avérée, l’existence du Crapaud vert sur notre sol a 
besoin d’être confirmée par de nouvelles observa- 
tions. » 

Nous ne saurions donc trop recommander aux Her- 
pétologistes de diriger spécialement leurs recherches 
en vue d'établir sûrement l'existence de ce Batracien 
en France et de savoir s’il doit être inscrit définitive- 
ment dans notre faune. 


BATRACIENS URODÉLES 


Ces animaux diffèrent des Anoures par des caractères 
essentiels : ils conservent une queue pendant toutes les 
périodes de leur existence; c’est pour cette raison qu’on 
les a nommés Urodèles (à queue distincte): ils subissent 
des métamorphoses incomplètes et sont généralement 
aquatiques. 

La forme de leur corps, qui ressemble à celui des 
Sauriens, a conduit les anciens naturalistes à réunir les 
Reptiles et les Batraciens dans une seule et même 
classe, Les Urodèles ont, cependant, une organisation 
particulière qui les distingue des Sauriens : s'ils ont, 
comme eux, un corps allongé, une tête distincte du 
tronc et sont pourvus, le plus ordinairement, de quatre 
membres, ils diffèrent des premiers par des caractères 
bien tranchés : leur corps allongé et le plus souvent 
arrondi est terminé par une queue longue, généralement 


BATRACIENS URODÈLES 161 


comprimée latéralement, qui persiste pendant toute 
leur vie. Ils ont quatre paires de membres, courts et 
éloignés les uns des autres, qui ne peuvent soutenir 
l'animal et ne sont destinés qu’à faciliter sa progression 
sur terre ou dans l’eau. Leur peau est nue, visqueuse et 
dépourvue d’écailles. La tête est plus ou moins aplatie : 
la bouche est armée de petites dents maxillaires et, la 
plupart du temps, de dents palatines. La langue est 
généralement courte, charnue, de forme variable, 

Les Urodèles ne sont pas disposés pour le saut, 
comme les Anoures; leur colonne vertébrale est-longue 
et composée de trente-neuf vertèbres chez la Sala- 
mandre terrestre. Le nombre des doigts est généra- 
lement de cinq. 

Ces Batraciens pondent des œufs ou sont vivipares; 
la ponte a lieu le plus souvent dans l’eau, quelquefois 
sur le sol. Les têtards sont munis de branchies appa- 
rentes au dehors sur les côtés du cou où elles forment 
des panaches divisés en lames frangées; ils subissent 
des métamorphoses plus ou moins apparentes. 

Les Urodèles sont doués de la faculté de reproduire 
les membres ou les parties de leur corps qu’ils perdent 
accidentellement; les expériences de Spallanzani ont 
prouvé que toutes les parties de leur corps peuvent se 
reproduire et qu'après ablation on peut constater non 
seulement l'apparence du membre, mais le membre 
dans son intégrité, avec sa peau, ses muscles, ses ten- 
dons, ses nerfs, ses vaisseaux et ses os; une queue 
coupée repousse complètement et devient en tout sem- 


blable à la queue primitive. Dans les membres up 
tous les os se reproduisent! 


11 


162 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

Les métamorphoses des Urodèles diffèrent complète- 
ment de celles des Anoures : les jeunes Anoures, à leur 
naissance, semblent composés exclusivement d’une 
grosse tête el d’une queue, ce qui leur a fait donner 
vulgairement le nom de queues de poire; les jeunes 
Urodèles, au contraire, ont des formes allongées qui 
rappellent celles des Poissons. Leur tête est surmontée 
de branchies ramifiées qui flottent de chaque côté en 
forme de panaches. Ces rameaux branchiaux persistent 
jusqu'au moment où les poumons viennent les rem- 
placer. Ils se résorbent alors peu à peu, en même Llemps 
que les nageoires caudales et dorsales. Les pattes anté- 
rieures paraissent les premières et l'animal se trouve 
{transformé insensiblement, ne conservant de son 
premier état qu'une cicatrice qui persiste encore quelque 
temps après la disparition des branchies. 

Les Urodèles ont une peau qui sécrète, comme celle 
des Anoures, une humeur liquide et transparente, âcre 
ou astringente, plus ou moins venimeuse et dont 
on à beaucoup exagéré les effets, Cette sécrélion a 
donné naissance à des fables encore généralement 
admises : 

« Plusieurs auteurs anciens, dit Fatio, se sont plu à 
raconter, et bien des gens le croient encore, que la 
Salamandre et le Triton ont également la propriété de 
pouvoir marcher dans le feu sans se brüler. Cette 
croyance populaire qui fait de ces Batraciens des êtres 
diaboliques et dangereux, repose sur une énorme exa- 
gération. Les Urodèles, en général, et surtout la Sala- 
mandre, sécrétent, en effet, abondamment un liquide 
visqueux qui peut leur permettre d'éviter pour un 


) 
- 
| 


BATRACIENS URODÈLES 163 


instant d'être brûlés par le contact de charbons incan- 
descents. Enveloppés d'humidité et capables d’éteindre 
en partie les braises qui les touchent, ils réussiront 
peut-être à se tirer de cette affreuse position, s'ils ne 
sont pas soumis plus d’une ou deux secondes à l'expé- 
rience; mais ils périront grillés ou brûlés, aussi bien 
qu'un morceau de bois, s'ils ne sont pas sortis rapide- 
ment de ce mauvais pas avant que d’avoir épuisé leur 
sécrétion. » 

Les Urodèles sont très voraces et consomment en 
grande quantité des Vers, des Mollusques, de petits 
Crustacés, des Araignées, des Myriapodes, des Insectes 
de toutes sortes et même des Anoures et de petits 
Poissons, Ils sont pour la plupart aquatiques, mais sur 
terre ils recherchent les endroits frais et obscurs et 
s’abritent dans des trous, sous l’écorce d’un arbre, sous 
la mousse ou sous les amas de pierres et de bois. Ils ne 
sont pas organisés pour fouir et se contentent de s’en- 
terrer dans un sol meuble ou dans la vase en se pous- 
sant au moyen de leurs membres et en se frayant un 
passage avec leur museau. 

Chez ces animaux la mue est très fréquente et se re- 
nouvelle plusieurs fois chaque année. 

On admet généralement que les Urodèles n’ont pas 
de voix; cependant quelques Herpétologistes ont re- 
connu qu'ils font entendre dans certaines circonstances 
des sons distincts, et Fatio dit que quelques Tritons 
émettent un petit cri sec et guttural au moment où on 
les saisit ou lorsqu'ils sont tranquilles et retirés sous 
quelque abri. 

L'engourdissement hivernal n’est pas très profond 


164 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
chez ces animaux et, pendant l'hiver, ils profitent, pour 
prendre un peu d'exercice, des jours où la température 
est assez douce. 

On divise les Urodèles en deux sous-ordres : 

Les Perennibranches, 

Les Caducibranches, 
suivant qu'ils conservent pendant toute leur vie des 
branchies, ou qu'ils perdent, en passant à l’état parfait, 
ces organes de respiration aquatique. 

Les Urodèles de France appartiennent tous au sous- 
ordre des Caducibranches et à une seule famille, celle 
des Salamandridées. 


FAMILLE DES SALAMANDRIDÉES 


Les Salamandridées, auxquelles Duméril et Bibron 
ont donné le nom d’Atretodères, ont pour caractères un 
corps généralement allongé, le cou bien distinct, la tête 
plus ou moins déprimée et ordinairement elliptique, la 
queue développée, conique et plus ou moins com- 
primée, deux paires de pattes presque égales, toujours 
plus développées chez les mâles que chez les femelles. 
La bouche est toujours moins fendue que celle des 
Anoures; les dents sont situées sur le bord des mà- 
choires et, la plupart du temps, sur le palais; ces dents 
ne sont destinées qu’à retenir des proies glissantes et 
non à diviser les aliments. La langue est grande, large, 
bien dégagée sur les côtés et en arrière chez les Sala- 
mandres, petite, elliptique et libre seulement sur les 
côtés chez les Tritons. La peau est lisse ou rugueuse 
suivant les espèces. Là coloration varie beaucoup chez 


t . L. uses dnlE OS 


BATRACIENS URODÈLES 165 


une même espèce, selon la saison, le séjour aquatique 
ou terrestre, ou la mue plus ou moins prochaine. | 

Ces animaux, qui sont inoffensifs, sont victimes de 
préjugés absurdes et redoutés des paysans qui, dans 
certaines parlies de la France, les désignent sous le 
nom de Scorpions. 

« On peut comparer, dit Lataste, pour l'habitat ter- 
restre où aquatique nos Salamandres aux Crapauds, 
nos Tritons aux Grenouilles et au Sonneur. C'est, en 
effet, le plus souvent à terre, dans les lieux sombres et 
humides, sous les pierres ou les racines d’arbres que 
l’on trouvera les premières; tandis que les seconds 
seront dans l’eau ou sur la terre, suivant les saisons. 
Les Urodèles vivent de proie vivante et peu agiles, du 
moins à terre, ils s'adressent surtout aux Vers, aux 
Mollusques. A l’eau, ils peuvent s'emparer d'insectes 
mieux doués sous le rapport du mouvement, mais ce 
sont toujours ceux-là qu’ils préfèrent. Très voraces, 
ces animaux dévorent fréquemment leur progéniture 
et se mangent même entre eux. » 

Cette famille est représentée en France par deux 
genres : Salamandra et Triton. 


Genre Salamandra (Laur.), Salamandre 


Ces animaux ont le corps lourd, trapu, assez épais et 
terminé par une queue cylindrique, la tête large, dé- 
primée, arrondie en avant, cinq doigts postérieurs dé- 
pourvus de palmures. 

«Les Salamandres ne vont à l’eau que pour les 
besoins de leur reproduction et vivent d'ordinaire à 


terre, dans les localités ombreuses et humides, sous un 


166 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

abri ou dans des galeries souterraines. Craignant la 
lumière, la sècheresse et les ardeurs du soleil, elles ne 
se montrent guère au grand jour que lorsque la pluie a 
détrempé le sol ou que l'atmosphère est chargée d'hu- 
midité, » (Fatio.) 

Ces Urodèles se nourrissent de Vers, de petits Mol- 
lusques et d’Insectes; ils sont très lents dans leurs 
mouvements. 

Les femelles déposent, soit sur terre, soit sur l’eau, 
des petits vivants qui naissent sous la forme de larves 
ou d'individus parfaits. 

Salamandre terrestre (Salamandra maculosa 
Laur.). 


Salamandre terrestre. 


Cette Salamandre à la tête forte, à peu près aussi 
longue que large et bien détachée du tronc, le museau 
large et plat, les membres trapus, les yeux assez gros, 
la queue d’une longueur moyenne. Au premier abord, 
elle ressemble à un Lézard dont la peau serait lisse 
et brillante sur le dos; mais cette peau est criblée de 


tt” the Out Sn qe té DS Se 


BATRACIENS URODÈLES 167 


pores arrondis qui sécrètent, quand on irrite l'animal, 
un liquide visqueux et d’un blanc laiteux. 

La coloration de la Salamandre terrestre est un noir 
profond et lustré sur le dos, avec des taches d’un jaune 
vif irrégulièrement distribuées et de formes très varia- 
bles. Le dessous du corps est noir bleuâtre avec ou 
sans taches d’un jaune plus päle que celui du dos. On 
remarque généralement une tache jaune à l'origine de 
chaque membre et une autre sur le poignet ou les 
doigts. 

La femelle dépose ses petits dans des flaques d'eau, 
dans les fontaines, dans les réservoirs d’eau pluviale ou 
même dans les ornières des chemins. Les jeunes Sala- 
mandres ont le dessus de la tête, du corps et des mem- 
bres gris roussàtre, avec des taches brunes irrégulières 
el de petits points bruns. Leurs branchies sont courtes, 
ramifiées et ressemblent à une houppe épaisse flottant 
derrière et sur les côtés de la tête. 

« La Salamandre est un animal essentiellement ter- 
restre qui ne va à l’eau qu'au moment de la ponte. Les 
endroits sombres et humides, les vallées encaissées ou 
les épaisses forêts sont les endroits où on la trouve de 
préférence; elle s’abrite pendant le jour entre les ra- 
cines, au-dessous des pierres. Son peu d’activité dans 
le jour la dérobe habituellement aux regards, car elle 
se cache dans les vieilles carrières, à proximité des 
bois et dans les haies. Pendant la journée on ne ren- 
contre cet animal qu’accidentellement, surtout par un 
temps doux et pluvieux. » (Brehm.) 

Cette espèce, dont la longueur, du museau à l'extré - 
mité de la queue, varie de O0 m. 15 à 0 m. 20, se nourrit 


168 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
d'Insectes, de Vers et de petits Mollusques; pendant 
l'hiver elle s'engourdit dans les carrières, dans les 
caves, dans les citernes des maisons de campagne. 

« On a trouvé, dit Duméril, des Salamandres gelées 
au milieu de glaçons solides; leur corps était dur et in- 
flexible ; mais déposés avec soin dans la neige qu'on a 
fait fondre lentement, on s’est assuré que ces animaux 
pouvaient continuer de vivre; de sorte que c’est un fait 
curieux que ce même animal, cette Salamandre, qu'on 
avait supposé pouvoir continuer de vivre dans le feu, 
jouissait, au contraire, de la faculté de résister, plus 
que tout autre, aux effets de la congélation. » 

La Salamandre terrestre est très commune dans 
toute la France. 

Salamandre noire (Salamandra atra. Laur.). 

Cette espèce diffère de la précédente par sa taille 
plus petite, son corps plus effilé, ses formes un peu 
moins lourdes. Ainsi que son nom l'indique, sa colora- 
tion est entièrement noire; sa peau lisse et luisante 
est souvent un peu granuleuse sous la gorge. Sa lon- 
gueur totale est de 0 m. 045 à 0 m. 050. 

Cette Salamandre se plait dans les régions élevées 
et on la trouve en Europe jusqu’à 10,000 pieds d’al- 
titude. 

La femelle ne met au monde que deux petits à la 
fois; ils sont déposés sur le sol libres et toujours dé- 
pourvus d’enveloppes particulières. 

« Cette espèce recherche l'ombre et la fraicheur dans 
les bois et les prairies alpestres. Elle établit, sous les 
racines ou dans le sol, des galeries souvent assez 
longues et complexes et dont l'ouverture est générale- 


Fe 


AE 


BATRACIENS URODÉLES 169 
ment dissimulée sous une pierre ou sous quelque tronc 
renversé. Elle vit d'ordinaire par paires et souvent en 
famille avec ses petits pendant les deux premières an- 
nées de l'existence de ceux-ci. Sa nourriture consiste 
principalement en Vers, Moilusques, petits Crustacés, 
Arachnides, Insectes de diverses sortes et Myriapodes. 
Il est rare de voir promener les Salamandres noires en 
plein jour lorsqu'il fait beau, tandis qu'on les rencontre 
souvent en grand nombre sur les gazons et les chemins 
de la montagne, lorsque le temps est menaçant ou que 
le sol a été peu avant détrempé. Elles cherchent à 
éviter l’éclat et la chaleur du jour et ne sortent guère 
pour se mettre en chasse qu’à la tombée de la nuit. » 
(Fatio.) 

La Salamandre noire n’habite en France que les ré- 
gions alpestres, principalement la Savoie. 


Genre Triton (Laur.), Æriton 


Les Batraciens composant ce genre ont la langue 
charnue, papilleuse, arrondie ou ovale, libre seulement 
sur les bords ; les dents palatines forment deux séries 
longitudinales rapprochées et presque parallèles; le 
corps est allongé, lisse ou verruqueux, le crâne plus 
long et moins déprimé que celui des Salamandres, 
dont les Tritons diffèrent également par la forme du 
cou qui paraît moins rétréci, quoique bien distinct, par 
leurs membres comparativement plus grêles et plus 
allongés. La queue est grande et disposée en forme de 
palelte; c’est à l’aide de cette sorte de rame et au 
moyen d’ondulations latérales du corps que ces ani- 


170 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

maux nagent et plongent avec une grande agilité. [ls 
vivent dans l’eau une grande partie de l’année et c'est 
alors qu'ils revêtent leurs plus brillantes couleurs; si 
on les réduit en captivité, ils deviennent ternes et d’une 
coloration uniforme. 

Les femelles déposent leurs œufs, soit isolés, soit 
réunis en petites grappes, sur les plantes aquatiques 
ou sur des feuilles submergées. 

Les Tritons vivent dans les eaux claires, tranquilles 
et peu profondes dont le fond est tapissé d’une végéta- 
tion qui leur sert de retraite. Pendant l'été, ils sortent 
de l’eau pour chercher à proximité un abri sous des 
pierres ou des racines. Ils se nourrissent de Vers, de 
petits Mollusques, d’Insectes et sont d’une telle vora- 
cité qu'ils dévorent leur progéniture et se mangent 
même entre eux. 

« C'est un spectacle intéressant, dit Lalaste, de voir 
un Triton dans un bocal s'approcher lentement d’un 
Lombric qu’on vient de lui jeter. Il ne perd de vue 
aucun de ses mouvements. Tout à coup il fond sur lui 
comme un trait et le saisit, le plus souvent par un 
bout, entre ses mâchoires. Le ver a beau se débattre, 
il est retenu par les dents aiguës de son vainqueur et, 
entrainé par de nombreux et pénibles mouvements de 
déglutition, il disparait peu à peu dans la gueule et l’es- 
tomac de celui-ci. Jamais l'Urodèle ne se sert de ses 
mains pour redresser une proie mal saisie, ainsi que le 
font la plupart des Batraciens Anoures. Ou il l’avale 
quand même, à grands efforts, ou il la läche pour 
mieux la reprendre. » 

La mue de ces animaux est très fréquente, du moins 


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PBATRACIENS URODÈLES 171 


pendant le séjour aquatique et a lieu à intervalles 
inégaux. 

« Avant que la mue commence la peau devient 
sombre et terne; lorsque le moment est venu pour lui 
de se dépouiller de son épiderme, l’animal cherche, à 
l’aide de ses pattes antérieures, à pratiquer une ouver- 
ture dans la peau vers le niveau de la mâchoire; il 
détache alors la peau de la tête, se contracte latérale- 
ment, tantôt à droite, tantôt à gauche, s'agite fréquem- 
ment el sort la tête hors de l’eau, peut-être dans le but 
d'introduire de l’air sous la peau déjà détachée; par 
des inflexions du corps et gràce à l’intervention des 
pattes antérieures, la bête détache lentement l’épi- 
derme, puis une fois la partie antérieure du tronc 
libre, il saisit la peau avec sa bouche et se dépouille 
alors complètement de son ancien vêtement. La mue 
ne demande parfois pas plus d’une heure à s’opérer; 
d’autres fois, au contraire, il faut plusieurs heures 
pour qu’elle ait lieu. Il arrive parfois qu’un animal 
aide un autre à se débarrasser et avale l’épiderme qu'il 
rejette non digéré. Lorsque la mue a lieu normalement, 
elle ressemble à une toile d’une extrême finesse qui 
moule tous les contours de l’animal; seuls les yeux ont 
laissé deux trous. » (Brehm.) 

Les Tritons n'ont généralement pas de voix; cepen- 
dant, lorsqu'on les saisit, ils émettent un cri rauque et 
de courte durée. Chez ces animaux les mâles sont 
munis, suivant les espèces et les époques, de crêtes 
dorsales de formes variées ou de plis longitudinaux. 

Ce genre est représenté en France par plusieurs 
espèces : 


172 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 

Triton à crête (7rilon cristatus. Laur.). 

Ce Triton a la tête aplatie, beaucoup plus longue 
que large, le museau arrondi en avant et plus ou 
moins déprimé, le tronc allongé, la queue lancéolée, 
haute et comprimée. 

Chez le mäle le dos est orné d'une crête membra- 
neuse, élevée et profondément entaillée en dents de 
scie, qui prend naissance entre les yeux, va en aug- 
mentant de hauteur jusque vers la partie moyenne du 


Triton à creète. 


dos pour s’abaisser ensuite du côté de l’origine de la 
queue. 

La peau est ridée, plus ou moins granuleuse, cou- 
verte de petits pores qui laissent suinter un liquide 
d'une odeur désagréable, comme celui de la Sala- 
mandre terrestre. 

Le dessus du corps est d'un brun noirâtre plus ou 
moins foncé; les flancs sont parsemés de petites granu- 
lations blanches. Le ventre est d’un jaune orangé chez 
les mâles, d'un jaune citron chez les femelles, avec des 
marbrures noires ou bleuâtres. 


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BATRACIENS URODÈLES 173 


On trouve aux environs de Paris une variété qui se 
tient surtout dans les mares et les ruisseaux où l’eau 
est peu courante. Les mâles sont grisàtres, ornés de 
tâches arrondies d’un brun foncé ou d’un bleu violacé, 
semées régulièrement sur toute la longueur des flancs 
et de la queue. 


Les femelles déposent leurs œufs par petits groupes 
sur les feuilles des végétaux aquatiques. Lorsque les 
jeunes ont terminé leurs métamorphoses, ils abandon- 
nent les eaux pour aller mener, le plus souvent pen- 
dant deux ans au moins, la vie d’une Salamandre. 
(Fatio.) 

Le Triton à crête, atteint une longueur de 0 m.12 à 
0 m. 13; il recherche les eaux dormantes, les mares 
croupissantes etse nourrit de Vers, de petits Mollusques 
et d'Insectes. On le trouve dans une partie de la 
France, mais dans l'Ouest il ne descend guère au-des- 


sous de la Loire-Inférieure. 


Triton marbré (7riton marmoratus. Lat.). 


Cette espèce avait été nommée par Lesson Sala- 
mandre élégante; c’est, en effet, le plus beau de nos Tri- 
tons. Sa tête se détache nettement du cou, le museau 
est légèrement busqué, déprimé, large et arrondi, 
la bouche peu fendue, le tronc rétréci au cou et à 
l'épaule, s'élargit rapidement; la queue est fortement 
comprimée, terminée en dessus et en dessous par 
une mince membrane quand l'animal séjourne dans 
l’eau et par un tranchant arrondi en tout autre temps. 


La peau, sur le dessus du corps et sur les flancs, est 
rugueuse et semée de petits tubercules rudes, quoique 


174 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
arrondis et à sommet lisse, le dessous du corps est 
entièrement lisse. 

Sur le dos des mâles, à l’époque de l’accouplement, 
une mince membrane de 5 à 6 millimètres de hauteur, 
formant une crête sinueuse et comme plissée, s'étend 
de la nuque à la queue. La coloration est d’un beau 
vert vif en dessus ; les flancs el les côtés de la queue 
sont ornés d’une bande formée de larges taches brunes, 
moins foncées au centre que sur le pourtour. Le vert 


Triton marbré. 


du dos et de la queue est finement piqueté de brun; la 
crête dorsale du mâle est remplacée chez la femelle 
par une ligne orangée très nette et dessinée en creux. 
Chez le mâle dans tous ses atours, des lignes irrégu- 
lières et interrompues d’un blanc argenté parcourent 
les joues et le bas des flancs. Le ventre est d’un rouge 
vineux semé de petits points blancs et de mouchetures 
noires. 

La femelle dépose, comme l’espèce précédente, ses 
œufs isolés ou réunis en petits paquets dans des feuilles 
repliées ou sur des branches immergées. Le Tétard a 


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BATRACIENS URODÈLES 175 
le dessus du corps gris roussâtre assez clair, avec de 
petites taches d’un brun foncé; les branchies sont rouges. 

Ce Triton, dont la longueur totale est de O0 m. 075 à 
O0 m. 078, vit d'Insectes, de Limaces, de Vers et sort 
généralement la nuit; il hiverne de préférence sur 
terre. 

« C'est surtout au mois de mars qu'on le rencontre 
dans les fontaines, les fossés et les réservoirs d’eau 
pluviale, paré de sa plus brillante livrée. Un petit 
nombre retourne à l’eau à l'automne ; mais durant tout 
le reste de l’année, on le trouve souvent en compagnie 
de la Salamandre tachetée dans les lieux humides et 
obscurs, dans les décombres, sous les pierres et les 
vieilles souches. Ils vont souvent par paires, deux 
jeunes et deux adultes ensemble. » (Lataste.) 

Cette espèce habite toute la France, mais surtout la 
partie méridionale. 

Triton de Blasius (7riton Blasi. À. de l'Isle.) 

Ce triton, qui a été décrit en 1862 par A. de l'Isle, 
est intermédiaire entre les Tritons à crête et marbré et 
n’est peut-être qu'un hybride entre ces deux espèces. 
Il a le corps grand et robuste, la tête assez allongée, le 
museau arrondi, la peau couverte de tubercules serrés 
et saillants sur le dos et les flancs. La crête dorsale du 
mâle est decoupée, d’un brun clair, et bordée d’un mince 
liseré noir, orné de taches oblongues noirâtres. Le des- 
sous du corps est orangé, couvert de taches noires 
arrondies et nettement tranchées. 

Cette espèce recherche les eaux dormantes, les 
étangs, les mares, les fossés où la femelle dépose ses 
œufs sur les feuilles de la Renoncule aquatique. Sa 


176 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
nourriture consiste en Insectes et en petits Mollusques, 
surtout des Cyclades. 

Le Triton de Blasius n’a encore été trouvé que dans 
une partie de la Bretagne, principalement aux environs 
de Nantes. 

Triton alpestre (7rilon alpestris. Laur.). 

Dans cette espèce, la tête est presque aussi large que 
longue, le museau arrondi et légèrement busqué, la 
queue lancéolée, bien comprimée et graduellement 
acuminée. La peau est ridée, plus ou moins lisse ou 


Triton alpestre. 


granuleuse, suivant l'habitat aquatique ou terrestre. 
La coloration est très variable : le corps est généra- 
lement gris, ardoisé, bleuâtre ou noirâtre, avec ou 
sans marbrures plus foncées. Les flancs sont ornés 
de deux ou trois séries de gros points noirs qui se 
divisent souvent sur la queue en bandes transver- 
sales; deux lignes noires s'étendent de l'extrémité du 
museau à la partie postérieure de l’œil. 

A l’époque des amours le mâle est orné d’une bande 
d’un bleu d’azur bordée d’une ligne de couleur aurore 
qui part de la tête et se prolonge jusqu'à l'extrémité de 
la queue ; le ventre est rouge vif et pointillé de petites 


BATRACIENS URODÈLES 171 


taches noires. La crête est jaune et régulièrement mar- 
quée de bandes verticales noires. 

La femelle pond des œufs d'une couleur grisätre et 
les dépose par petits groupes sur les végétaux aqua- 
tiques ou sur des débris flottants. Le Têtard, à sa nais- 
sance, est d’une coloration brune, avec deux bandes 
dorsales sombres; dès qu’il a terminé ses métamor- 
phoses, il quitte l’eau pour chercher un habitat ter- 
restre. 

Ce Triton, qui atteint jusqu’à O0 m. 10 de long, 
recherche les lieux humides et sombres où il s’abrite 
dans les trous, sous les pierres et même sous l’écorce 
des arbres pourris. Il vit, comme les autres espèces, 
d’'Insectes, de Vers et de petits Mollusques. On le trouve 
dans le Centre et le Nord de la France. 

Triton lobé ou vulgaire (7riton lobatus.Otth.). 

Ce Triton a la têle allongée, le museau comprimé 
graduellement depuis les yeux et tronqué en avant, les 
yeux peu saillants, très distants ou tout à fait laté- 
raux, le tronc assez court, une queue haute, bien com- 
primée dans la seconde moitié au moins et d'une 
longueur égale, en moyenne, à celle du corps, y com- 
pris la tête. Sa peau est lisse durant la vie aquatique, 
légèrement granuleuse après un séjour sur terre, 

Le mâle, dans la saison des amours, a la surface du 
corps tantôt d’un gris-jaunâtre ou bronzé, olivâtre ou 
blonde, tantôt brunâtre ou presque noire; le ventre est 
jaune pâle safrané, parfois rougetre, avec de grandes 
taches noires arrondies, régulièrement distribuées. 
Une crête dorsale, large, membraneuse, découpée en 
festons el comme dentelée, se continue ‘sans interrup- 


12 


OR DE 


178 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
tion depuis l'occiput, jusque sur la queue. Sur la tête, 
assez généralement d'un jaune doré, s'étend une tache 
noire longitudinale à laquelle viennent se joindre deux 
lignes de même couleur, naissant en arrière des veux 
et convergeant en forme de V entre les narines; une 
autre bande noire, commençant à l’angle des maxil- 
laires, traverse l'œil et vient rejoindre le museau. 

La femelle est brune en dessus et porte deux lignes 
longitudinales plus foncées; le ventre est jaunâtre à 
reflets dorés, avec quelques petites taches noires plus 


+5 

+ 

% 
# PIB 
Î 


Triton vulgaire. 


ou moins apparentes et une bande médiane étroite 
orangée ou rougeâtre. 

Cette espèce varie tellement dans sa coloration et 
dans ses proportions, non seulement avec l'âge, le 
sexe et les saisons, mais encore suivant les conditions 
d'existence, que des individus examinés dans ces 
diverses circonstances ont été considérés comme appar- 
tenant à des espèces distinctes et décrits comme tels 
sous des noms particuliers : 

Triton vulgaris. (Flem.) 

Triton punctatus. (Dum. et Bibr.) 

Triton parisinus. (Laur.) 

Triton palustris. (Laur.) 

Triton tœniatus. (Leydig.) 


BATRACIENS URODÈLES 179 


Le Triton lobé, dont la longueur totale est de 
0 m. 075 à 0 m. 090, se nourrit de Vers, d’Insectes, de 
Mollusques et de petits Crustacés. 

« Cette espèce s’accouple dans les fossés, les étangs 
et les marais, quelquefois dans les eaux troubles, le 
plus souvent dans les eaux claires. Les œufs sont 
déposés, par petits groupes, sur des végétaux aqua- 
tiques ou des débris flottants, ou quelquefois simple- 
ment abandonnés libres au fond du liquide. Les larves 
terminent leurs métamorphoses quatre mois environ 
après la ponte, généralement dans le courant du mois 
d’août. Les petits quittent les eaux de suite après leur 
transformation et vont vivre dans les endroits ombreux 
et humides, sous les pierres, dans la mousse ou sous 
l'écorce des arbres malades, jusqu’à ce qu'ils soient 
capables de reproduction, pendant deux ans au moins, 
Beaucoup d’adultes se retirent sur terre vers le milieu 
ou, suivant les circonstances, seulement vers la fin de 
la belle saison et se rencontrent alors dans les mêmes 
conditions que les jeunes; quelques autres demeurent 
toute l’année dans les eaux ou s’en éloignent peu. Plu- 

_ sieurs des premiers, les femelles surtout, hiverneront 
sur le sol dans quelque trou; la majorité des seconds, 
les mâles principalement, passeront l'hiver dans la 
vase au fond des mares. » (Fatio.) 

Ce Triton habite toute la France, à l'exception du 

Midi. 
_ Triton palmé ou helvétique (7riton palma- 
tus. Schneid.). 

Cette espèce, facile à reconnailre à sa petite taille 

(6 à 7 centimètlres), a la tête relativement plus forte 


180 HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 
que chez l'espèce précédente, un peu plus longue que 
large, le museau très obtus, tronqué en avant au ras 
des narines, les yeux peu saillants, l'iris doré traversé 
horizontalement par une bande noire, la langue très 
petite, la queue très comprimée et entourée, durant 
le séjour dans l’eau, d’une membrane plus visible en 
dessus qu’en dessous, quoique toujours très peu éle- 
vée ; la peau est lisse, finement chagrinée et légère- 
ment ridée de haut en bas sur les flancs. 

Le mâle, dans la saison des amours, a la tête et le 
dos d'un brun olivâtre; les joues et les côtés de la 


Triton palmé. 


queue passent au jaune métallique brillant; le ventre 
est d’un blanc éclatant sur les côtés et d’un jaune 
orangé sur la partie médiane. Une crête foncée sur- 
monte le dos, qui est parsemé, ainsi que les flanes, de 
taches nombreuses et irrégulières. Sur les côtés de la. 
queue s'étendent deux bandes longitudinales brunes, 
séparées par d’autres bandes bleuätres. Les membres 
postérieurs sont palmés en patte d’oie dans toute leur 
longueur. Chez la femelle le milieu du dos est déprimé 
et d’une coloration orangée; les pieds ne sont pas 
palmés. | 
Cette espèce, comme le Triton lobatus, est très va-. 
riable : à terre le mâle ressemble complètement à la 


BATRACIENS URODÈLES 181 


femelle; son corps est jaune roussätre avec quelques 
fines mouchetures noirâtres; une ligne brune s'étend 
sur les joues et sur les épaules; le ventre est jaune 
paille avec une légère bande de couleur orangée. 

La femelle pond ses œufs par un, deux, trois ou au 
plus quatre dans des feuilles de plantes aquatiques, sur 
des débris flottants, ou encore par petits cordons inter- 
rompus qui tombent au fond de l’eau. 

Ce Triton vit aussi bien dans les eaux claires que 
dans celles des ruisseaux, des fontaines ou des fossés. 
Toutes les eaux courantes ou croupissantes en four- 
millent au printemps. 1l quitte souvent les eaux dans le 
courant de l’été et se retire sous des amas de pierres 
ou de détritus; il se nourrit d'Insectes et de petits Mol- 
lusques et devient fréquemment la proie de nombreux 
animaux : Batraciens, Reptiles, Poissons. 

Le Trilon palmé est très répandu en France; il est 
très commun aux environs de Paris. 


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TABLE GÉNÉRALE 


Pages 
OU BION See er les A ENTER 1 
CODEN POPOSRON AE EEE EE PE NDE N PRE EOEN Re t e 3 
SEL OT CU SRE IS SRE SAS RS RP al EL LE 6 
Principaux ouvrages d’Herpétologie utiles à consulter....... 8 
Recherche des Reptiles et des Batraciens................. ; 9 
Préparation et conservation des Reptiles et des Batraciens.. 21 
maune Herpétologique: de là France:.,.:.::2:::. 000 3) 
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M TOOL CES QU due dr PRE ARTE TRE ARS ETES 35 
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MTACIens ANOUrES:.. hs RER US EU ROIS 122 


— urodèles;2: MSN SLR NE ER NUS pe SSSR . 160 


TABLE 


Pages. 
ACanthodactyle........:.. 6% 
ET LIT EN RRSPRERPERSS . 6% 
Acanthodactylus.....:.... 64 
ÉANHIEATASE 0. 6% 
Moliphodontes...:...... 19 
Mie 2e. PAR PETES 142 
ANACCoOUCHeUT 1... 1. 142 
EX TEE PT PARC RER 142 
A ADpSiCITICANS : 4... 142 
ENTRE TS NS ARR RER 68 
OPA CIS 1. Les. 68 
ÉRPIOURTES de er. 164 
BATBACIENS.:.. /:.:..::.. 118 
NOTES eme. 122 
ee nrodéles: ML: 4: 160 
ÉBOMDiInAlOr 22 un. 1. 148 
VIBTEUS ER. - net. 148 
OR CRC Dh igArenidh 151 
PV AGAlaMITA.: : 201200 20 156 
TA le is ee à 158 
tralearis.. Le 153 
Bufoniformes........... +. (101 
Caducibranches........... 164 
us 0) À 2 NEED NT RE 40 
DAS laniens... 5 1108 die 35 
LT ATARI TRE Er: 38 
CAL CNRS RENE 44 
ES PUTDPE =, -2.: aux 4% 
FEES CRM EME 44 
— Europæa....:...... 4% 


ALPHABÉTIQUE 


Pages. 
Gœlopeltis:-:27%.0720% 101 
— "insignitus...::"..... 00 
Coluber rubens...',.12 96 
Colubridés::. 1:00 79 
Coronelli ER re CERTES 93 
HN AUSTIACA LE 93 
ER TIPUNAICA | 277 URSS 96 
SN HONAPEMULE OCRTE 93 
Corxonelle: foudre 2 ES 93 
—» Bordelaise LC CRSE 96 
RE Te 93 
Coulcuvre à collier........ 86 
22: échelons TT 81 
— à quatre raies...... 83 
—  chersoïde..:..:2"#71 91 
—  d’Esculape.......... 82 
— de Montpellier...... 102 
2. L'maullée tte 102 
22 aHESSeLLeE 2724 NE 92 
— verte et jaune...... 98 
=" wipérine:: 62188 88 
Crapaudas 0... 151 
Crapaid#. HSM 151 
2e calme ee 156 
21 COMENT! LR 153 
—". dés JonCs... 2082 156 
=, pluvial 7.525.807 131 
ns NOTÉE L'EST 158 
Cryplodéres ER. 42 
Diacrantériens ae r.x.s 97 


DES ÉD nn 


TABLE ALPHABÉTIQUE 185 

Pages. Pages. 

La OR #7 ATP CIODAÉER OR IR ET PET TRS 144 
— d’'Esculape.......... dat — ’éulttipés". .%:1:%.1070 146 
4 quatre raies, Mt | Le N ÉUSCUS vou sr ECO 14% 
Elaphis Œsculapui........ 82 |-Pelodyte::£ tt 2e. 208 140 
—  quaterradiatus...... Ba |LT-=0 ponctué 7.2 IAA 140 
ETES, .....,1 totem: F2 Peladytes...r.,:#7432b0F2 140 
RS. M AURA &G) 0 — 'punctatus. ir el 140 
CAN Iens "800 46 | Perennibranches .......... 164 
Grenouilles aquatiques.... 132 | Phanéroglosses............ 126 
AS FOUSBÉS" >. Amen 15 Phirynaglosses :/:5 7. 24e 126 
Prenoullle, “23233402 132 }'Platydactyle.….::.7047%8 47 
Panier; arte 138 — des murailles....... 41 
russe Re ut 1391 Plaiydactylus.- "10008 47 
nn VELÉE 5. 2 SR 18218; murahs,, :.. 22441208 41 
Memydactyle.:: ont. ME Plevrodères. 4e ‘4: 
—  verruculeux ........ DA: 'PolGiles. 02440000 42 
Hemydactylus ......:::.:. H CPsammodromMe,.. V0 63 
— * verruculatus........ 51 =, d'Edwards.::05% 48 63 
ANR Es are 198.57; hispanique, 2:56tE 0 63 
AN OENOEEAL HS ue de 128! Psammodromus ::::4:100 63 
LT TTC PEN ENTE 128 — hispanicus.....4.2:. 63 
TORRES rain à 427 | PSammophidés "1.124002 101 
RONA ENS re du: > 191Raimette. : :.:47: 3204000 128 
M 1 urine DD | 1 verte.. Je asc 128 
— muralis..... a deha GER AN... +577) NE 132 
— .ocellata............. 5. ABUS. 626 ee HERO 138 
SU DIUM 0222 Slt: fe. 1. ne 135 
PA VITIAIS - mister. 57 — temporaria ......... 135 
LL VIVIDASA 2 Jai eA GRIS -Viridis;. - 42 14845 132 
LU ATERS NORRSEERRRR CRE FILTRE 53 Ramformes... 12240 2ÆHE 131 
— des murailles....... OL L'ISEPTIVES. l121 10 39 
— des souches......... DS Rhinechis :. 22/60 79 
AN 2 CARE EC 61 2. à, échelons..:5°1121 81 
nacelle > 22,7 DD Aer scalaris,.". 1er 81 
OC PR EEE Re 57 | Salamandra ..::: 41:00 165 
En: vivViDare . 2.5: 4.4 0e 60 ME 2 1400 MORE 168 
D rréens. 6 Hal = maculosa.., "72778408 166 
Diens 1 Dee 17 UrrSamandre :;:.,1: 708% 165 
Gmistoglyphes..: 1.4.1. 40 101 A4 élégante.r.1.1 72200 173 
RP AN PR D EL ==" n0ie. 4... 7. Den 168 
manier Ne UP —=1-tachetée. 5.220028 166 
M bé... TE PANNE, térrestre. se "2 . 0466 
RS... tue 1%4 | Salamandridées........... 164 
ND: :<..L/e 144 | Sauriens ...............:. 45 
— cultripède.......... 4468) Scincoïdiens ........1,24% 65 


186 TABLE ALPHABÉTIQUE s 
Pages. Pages. 
DDR ea nr mere One 65 T'EMION.. ser ee 20 20 169 
vba lcide, ::5,:4-k 002 67 — “alpostris,:2599.. 176 
ee PCHAIGS reprit, 67 — Blast r::00807,3, 175 
Serpents non dangereux — Cristatub:.J6n66.2 172 
pour l’homme....... 791 — helveticus ..... 179 
#H NERIMEUX. ...... 0% 1031 " —:lobatus...,..224970% 177 
— colubriformes....... 19] — marmoratus........ 173 
Bolénogiÿphes.........,41. 103 |— palmaius.., 76 179 
LLTTTR APR ETES JE8 17 — palusiris 7% Me 178 
| 1 PE OS 148 — parisinus........... 178 
TNA TE PIRE ES ES 40 | — punctatus .......... 178 
Syncrantériens........:... 83| = tœniatus. 07 178 
LEUR NN MRNEPR RER 38| — vulgaris......... 118 
LE ALET re CA SAMU PERS 38 | Tropidonote.......2. à) SR 
Mauriac 21: 29 02 A GOÏIErT 2000 8# 
UT ET re PEMRÉPDPITÉELE 01 —-chersoïde.: :22:192: 91 
(UT TS RER SERRE EEE DV ésselleé. 4210080 92 
2 RC PROPRES RUE A0 T "= Ymipérin Se re 88 
Ales :2 5 420. 42 } Tropidonotus.:..1::,0140 8% 
2 lipalusbrés. too 42 | 1 ‘ichersoïdes..:::7772% 91 
A AErTESEEES. 05e BTE MAIS. url 7 
TE RTS SET EE 38 | :-—- tessellatus.... 220% 92 
7 DOHEUSE.-- 55. EST LE: Peu. Le ER 88 
— grecque ............ J8 1 Viper se. csect..- 0e 105 
ANNE =. rues 45] — ammodytes......,.. 117 
— mauresque.......... 39 |" ASpIS..s 7 Re 110 
Hriton.... LE A nNTe AA 169 l'Vipôre.. use 105 
— alpestre............ 176; — ammodyte...r.3.02 117 
A CPE ee act 112 êe— Aspioiss SREELE 110 
Hide BIASIUS.... 2: 515: péhade:s.:THRRE 115 
= -helyétique.....-..... 119 l'Vipériens. : 222% Dita 105 
HD. euunee re AT EPabenis.; ! 2420 LRUR TRE 97 
EE RanArDTÉ bee de de 473| — vert-jaune.......... 98 
EE palmé.... Lust 179] — viridiflavus......... 98 

— -vulgaire.....…....... 178 
FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE 


PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11. 


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LES FILS D'EMILE DEYROLLE..édileurs, 46, rue du Bac, Paris | 


HISTOIRE NATURELLE DE LA FRANCE 


Cette collection comprendra trente et un volumes in-8° qui formeront une 
Histoire Naturelle complète de la France. Nous donnons ci-après la nomenclature 
des diverses parties de l'ouvrage. 
Les 22 volumes parus sont indiqués en caractères gras. 
4= PARTIE. Généralités, l’'Enchaînement des Organismes, Introduction 
à l'Histoire Naturelle, par GASTON BONNIER, avec 976 figures dans 
le texte, Br. 4 fr., franco 4 fr. 50. ‘ 

2° -— Mammifères, par le D TROUESSART, 360 pages et 143 figures dans A 
le texte. Br. 3 fr. 50, franco 3 fr. 95. 

D .— Oiseaux, par EMILE DEYROLLE, 304 pages, 35 pl. dont 27 en coul. 
et 144 figures dans le texte. Br. 5 fr. 50, franco 6 fr. 40. 

4 — Reptiles et Batraciens, par A. GRANGER. 186 pages, 55 fig. dans 
le texte. Br. 2 fr., franco 2 fr. 30. 


5° — Poissons. 
6° — Mollusques, par A. GRANGER. Céphalopodes, Gastéropodes. 272 p., 
24 fig. dans le texte, 19 pl. Br. 4 fr., franco #4 fr. 40. 
7 — Mollusques, Bivalves, Tuniciers, Bryozoaires, par A. GRANGER. 
256 pages, 15 fig. dans le texte, 18 pl. Br. 4 fr., franco 4 fr. 40. 
8° — Coléoptères, par L. FAIRMAIRE. 336 pages, 27 planches en couleurs: 
Br. 6 fr. 90, franco 7 fr. 10. 
9° . Orthoptères. 
gare — Névroptères. 
40° — Hyménoptères. 
|: | Fes Hémipteres, par L. FAIRMAIRE. 236 pages et 9 planches. Br. 3 fr., 
franco 3 fr. 39. 
142 — Lépidopteres, par BERCE. 206 pages. 27 planches en couleurs. 
Br. 5 fr., franco 5 fr. 45. 
13°  — Diptères, Aptères. 
A4 — Araignées, par L. PLANET. 330 pages, 18 planches, 233 fig. dans le 
texte. Br, 5 fr. franco 5 fr. 50. 
45 — Acariens, Crustacés, Myriapodes, par PAUL GROULT. 248 pag., 
18 planches. Br. 3 fr. 50, franco 3 fr. 90. 
416 — Vers, par REMY SAIXT-LOUP, 248 pages, avec 203 fig. dans le texte. 
Br. 3 fr. 50, franco 3 fr. 90. 3 
47° — Cœælentérés, Echinodermes, Protozoaires, etc. par A. GRAN- 
GER, 390 pages, avec 187 fig. dans le texte. Br. 8 fr. 50, franco 4 fr. 
48: — Plantes vasculaires (Nouvelle flore de MM. GASTON BONNIER et 
DE LAYENS). 2.445 fig. Br. 4 fr. 50, franco 4 fr. 90. 
48°: — Album de la Nouvelle Flore, par GASTON BONNIER, 2.028 pho- 
| tographies directes de toutes les plantes. Br. 4 fr. 75, franco 5 fr. 20. 
49 — Mousses et Hépatiques (Nouvelle flore des Muscinées, par 


M. DouIN). 1.288 figures. Br. 5 fr., franco 5 fr. 40. 

20° — Champignons (Nouvelle flore de MM. COSTANTIN et DUFOUR). 
4.265 fig. Br. 5 fr. 50, franco 6 fr. 

21° — Lichens (Nouvelle flore des Lichens, de M. BOISTEL). 1.178 figures. 
Br. 5 fr. 50, franco 5 fr. 90 


22 — Algues. 
23 — Géologie, par FRITEL. 390 pages, 250 fig. 29 pl. Carte géologique de 


la France. en couleurs. Br. 6 fr., franco 6 fr. G0.. 
TOR 2 Paléontologie (Animaux fossiles), par FRITEL. 379 pages, 27 pl. 
; et 600 figures. Br. 6 fr., franco 6 fr. 60. 
:% vs __  Paléobotanique (Plantes fossiles), par FRITEL. 325 pages, 36 pl. et 
412 fig. dans de texte. Br. 6 fr., franco 6 fr. 60. 
2% — Minéralogie, par GAUBERT. 260 pages, avec 18 planches en coul. 
Br. 5 fr., franco 5 fr. 40. 


| 26° — Technologie {Application des sciences naturelles). Zoologie. 
27° -- Technologie, Botanique. 
| 28° -- Technologie, Minéralogie, Géologie. 


CHAQUE VOLUME CARTONNE TOILE ANGLAISE : 0 Fr. 7 EN PUS 


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RARRENRRATTE [(ANHANINTIT. etat 3à slnloiolelolololcletelelolote/dieiels 
ALAPNTETS RARRAAAAENE] LARAAALARAATA] sine et PERTE EEE Petits st 
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MAAARLAZT LANTA AMANARAAT A) vor pnere ess ononielsle s le spa, 
MAARENNARET ... Toro LT I Ti elles elele lolo /pieleleie/e/eel0 0/0 0 0 nee del tlois eo aie se et, 
PAUUUQUDOUTE re re ssernanme sors érenstroreneusr ss 


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MALINTENTIENEST *revslbolss resserre pue MENT ee pp er rer tes votes (lg 
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